« Les maisons traditionnelles de Beyrouth se meurent » Un cri du cœur lancé par la présidente de l’Association pour la Protection du Patrimoine Libanais

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Le constat est terrifiant : jour après jour, Beyrouth n’est plus Beyrouth. Elle a perdu son cachet, ses habitants originels, ses maisons traditionnelles, ses petits métiers, ses artisans mais surtout, son Histoire. Avec la dernière destruction en date dans le quartier de Furn el-Hayek, Pascale Ingea, présidente de l’Association pour la Protection du Patrimoine Libanais s’indigne et lance un appel aux consciences au gouvernement libanais et aux parlementaires, qui passent sous silence la mise en place d’une loi pour la protection des anciennes bâtisses et du patrimoine architectural traditionnel au Liban.

En dépit des promesses faites à l’APPL de la part des comités du ministère de la Culture, un immeuble à Furn el Hayek, à proximité du restaurant Frida, vient d’être détruit. Réclamant des explications de la part d’un membre du comité, Mme Oussama Kallab, cette dernière a commencé par avancer que le ministre a signé un permis de restauration, pour ensuite expliquer que la partie arrière de l’édifice serait démolie, pour finir par affirmer que seule la façade serait conservée pour laisser la place à une nouvelle construction. C’est sous ce fâcheux concept mystificateur de « façadisme » que des permis sont accordés pour ravager ce qui nous reste du patrimoine architectural de la capitale. Un concept ridicule où une minuscule façade de deux niveaux affuble l’entrée d’un monstre en ferrailles et béton.

Un projet approuvé en 2007 par le gouvernement libanais puis revu en 2010, sommeille depuis dans les strates de paperasses d’une commission parlementaire qui n’a même pas procédé à son étude. Et les Libanais iront élire prochainement de nouveaux parlementaires qui passent sous silence des lois primordiales telles que l’abolition de la violence contre les femmes, la protection du patrimoine libanais, et la liste est longue. La parole est accordée à présent à Pascale Ingea, qui lance un cri éloquent du cœur au nom de son association et au nom de tous les Libanais :

« Nos politiciens ont-ils des consciences ? Le peuple a-t-il une conscience nationale ?
Furn el Hayeck, Monot, Sursosck, Abdel wahab el inglizi, Yessouhiye, Nasra…
Toutes ces rues vous disent-elles encore quelque chose ? Des rues, des noms, qui s’effacent à perte de vitesse.
Et maintenant on va ou ?
Que dirions-nous à nos enfants ? Qu’on a eu des individus corrompus au pouvoir, en partant du bas de l’échelle avec le plus petit fonctionnaire pour arriver au directeur, au député, au ministre … Comment leur expliquer que nous faisions partie d’une république bananière contre laquelle nous n’avions pas élevé nos voix ?

En temps de paix, maintenant que la guerre s’est achevée et que les canons se sont tus, les joyaux architecturaux traditionnels de Beyrouth sont plus que jamais menacés de destructions et sont en train de tirer leur révérence pour s’effacer à jamais du paysage urbain, et devenir de simples photos dans les magazines et les livres d’histoire,

Nos politiciens participent activement à la Défiguration, à la Perte de notre mémoire collective, à la Perte de tous nos repères sociaux, affectifs, culturels, artistiques, nationaux, humains…

Le dernier témoignage en date d’un habitant à Furn el Hayeck, face à la main mise et la démolition de l’immeuble du coin remue le couteau dans la plaie :
« Il y a quelques années, je descendais la rue pour aller à mon garage, untel et untel me saluait, ou m’invitait à boire le café, maintenant je descends, personne ne me reconnait, personne ne me regarde. Soit il n y a personne, soit ce sont de nouveaux habitants non originaires de Beyrouth » Et de conclure avec amertume « nous les achrafiotes nous nous sentons étrangers dans nos propres quartiers. »

A l’heure où les politiques parlent de réforme et de changement, qu’attend-on pour éradiquer le fléau de la corruption ????

A la lumière de ces faits et de cette catastrophe quotidienne que subit notre capitale et notre pays, l’APPL :

-          dénonce le laxisme du gouvernement et du parlement à ne pas prendre au sérieux le dossier du patrimoine, perle du Liban, moteur économique de développement durable national et collectif.

-          déplore l’attitude passive du président de la chambre dans la mise en place de la loi qui protège les anciennes demeures et sites traditionnels et dans l’indifférence dans l’application de la révision de la loi des anciens loyers

-          regrette l’attitude indifférente des parlementaires, dont les députés de Beyrouth en général et ceux d’Achrafieh en particulier.

-          dénonce l’irresponsabilité de la municipalité de Beyrouth dans sa mission ratée afin de trouver des solutions et créer un fond monétaire pour les propriétaires des anciennes demeures.

-          signale la corruption mise en place à la direction de l’urbanisme contrecarrant les lois de constructions et d’urbanisme

-          L’APPL met en garde le Ministère de la culture directement concerné, et en la personne de son propre Ministre, et tout futur ministre, pour son rôle passif, négatif, incompétent voir destructeur.

-          regrette le rôle du comité du ministère actuel qui octroie des solutions à la « libanaise », non conformes aux lois que ce soit dans le domaine de l’archéologie ou l’architecture.

Ainsi, face à tous ces dangers qui guettent incessamment notre archéologie et notre patrimoine architectural, l’APPL lance un appel à tous les présidents des ONG libanaises ou personnalités culturelles ou médiatiques LIBRES, à se joindre à nous pour la préparation d’une conférence prochaine.

Prière de nous contacter via le courriel de notre association ».(Pascale Ingea)

Libnanews


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Posted by on 14 mai 2012. Filed under A la Une, Patrimoine. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0. You can leave a response or trackback to this entry

4 Responses to « Les maisons traditionnelles de Beyrouth se meurent » Un cri du cœur lancé par la présidente de l’Association pour la Protection du Patrimoine Libanais

  1. la loi concernant les anciens loyers, par son archaisme et son iniquité, a largement contribué à la destruction des anciennes demeures de Beyrouth. Occupées pendant des décennies par des familles qui transmettent le droit de bail, avec des loyers devenus dérisoires depuis 1985, des familles souvent beaucoup mieux nanties que les propriétaires, ces maisons devenaient souvent une source de frustration pour les propriétaires obligés de payer des indeminités exhorbitantes aux locataires, pour pouvoir loger leurs enfants ou eux mêmes. logique qu’ils préfèrent vendre… souvent à prix d’or…. pour aller ailleurs profiter de leur argent puisqu’ils ne peuvent pas profiter de leurs maisons. j’ai vécu ce problèmes. j’ai vendu une maison occupée sur 3 étages par des méga riches, un avocat connu (qui n’y habitait meme pas), un horloger richissime et un commerçant de produits de luxe… pour les déloger (ils n’attendaient que ça) je devais débourser 500.000$ d’indemnisations plus les frais de justice.  les loyers ANNUELS récoltés étaient de 700.000 LL pour les 3.  J’ai vendu à prix d’or et acheté ailleurs. la maison a été démolie. je n’ai aucun regret. je ne pouvais pas faire autrement. j’ai des enfants à loger et pas d’argent pour acheter ailleurs. La loi m’aurait permis de déloger les locataires, la maison serait encore là, restaurée et habitée.
    j’espère que la nouvelle loi sera bientôt votée!!!!!! pour sauver ce qui reste.

    DEMIS
    24 mai 2012 at 21 h 46 min
    Répondre

  2. C’est pas Beyrouth seulement, le ministère de la
    Culture est drogué et endormi, inertie totale sauf la belle figure du ministre
    et ses bagarres avec tous les fonctionnaires professionnels et consciencieux
    de la Direction générale de la Culture et  de la  Direction générale des Antiquités. Depuis
    quelques jours, une tour du château de la terre de Saïda s’est effondrée ainsi
    qu’un incendie a ravagé tout le secteur des antiquités de Saïda. Les
    archéologues passent leurs temps en voyages à l’étranger au lieu d’assumer
    leurs responsabilités. A Beyrouth, le ministre de la Culture se croit ministre
    des Travaux Publics. Il s’active avec ses conseillers seulement pour démonter
    et détruire les vestiges archéologiques de la capitale : thermes et
    temples romains près de saint Maron, hippodrome et théatre romains de Beyrouth à wadi
    Bou Jmil, port phénicien de la ville près de l’hôtel Phénicia, partie de la
    ville cananéenne près du Nahar,  grands
    bâtiments romains en face « Chez Paul » … et la liste continue . . . 

    Habib
    21 mai 2012 at 13 h 41 min
    Répondre

    • M. Habib,
      La redaction de Libnanews est préoccupée par les infos que vous avancez. Notre équipe est profondément concernée par la sauvegarde du patrimoine – vous pouvez réaliser cela en vérifiant notre section « Patrimoine ». http://libnanews.com/category/art-et-culture/patrimoine/

      Pour cela nous vous prions de nous contacter sur le mail redaction(at)libnanews.com en toute confidentialité pour nous aider a la sensibilisation pour la protection du peu qui nous reste dans ce pays

      Redaction - Libnanews
      22 mai 2012 at 20 h 58 min
      Répondre

  3. cest honteux cest flagrant les libanais ne connaissent plus leur pays et surtout leur capitale sont ils encore libanais et les elections une mascarade avec ees personnes libanaises et qui pensent encore au liban avecd toutes les destructions du patrimoine

    Henri Seropian
    16 mai 2012 at 15 h 40 min
    Répondre

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