36ème anniversaire du début, généralement admis, de la guerre au Liban.

Qu’ avons nous compris des raisons de ces guerres ?

Qu’ avons nous appris de nos erreurs qui ont été commises au nom de la guerre ?

Que gardons nous comme souvenirs de ces épreuves qui ont fait plus de 150 000 victimes sans compter les disparus et les blessés dans leur chaire et dans leur âme ?

Quelles erreurs ne devraient-elles plus être faites ?

Que retiendra l’Histoire de ces évènements tragiques ?

Nous invitons, si ce n’est déjà fait, chacune et chacun des libanais au Liban et à travers le monde à se les poser.

Car une erreur non comprise sera réitérée.

Une blessure non soignée ne cicatrisera pas et restera béante même si elle est cachée par un pansement.

Pourquoi la guerre, pourquoi ces guerres spécifiquement ?  S’agissait-il de guerres de religions ?

Etaient-ce des guerres libano palestiniennes ou libano syrienne ou libano israélienne ou intercommunautaires : chrétiens musulmans ou inter musulmane ou inter sunnites ou inter chiites ou inter chrétienne ou alors toutes ces combinaisons et bien d’autres à un moment ou à un autre de cette tragédie ?

S’agissait-il des guerres des autres ?

Y avait-t-il et y a-t-il  un problème entre nous ?

Qui parmi nous, parmi vous, a parfaitement compris ce qui s’est passé au Liban depuis 1975 à nos jours ?

Lequel d’entre nous, d’entre vous, est capable de nous dire ce qui s’est réellement passé pour en arriver à 1975 et puis pendant les années de guerre ?

Nous voulons tourner la page de cette période noire mais comment tourner cette page sans avoir compris ce qui s’est passé ?

En France, plus de 65 ans après la deuxième guerre mondiale et la Shoah, sont présentés de manière quasi quotidienne sur les différentes chaînes de la télévision nationale  des documentaires et des témoignages des victimes des horreurs du nazisme. Des commémorations, des stèles, des articles, des livres, sans parler des commémorations de l’armistice du 8 mai 1945. L’histoire de la 2ème guerre mondiale a été écrite. Elle est naturellement enseignée aux lycéens français. Il y a certes toujours des révisionnistes, une très faible minorité qui conteste la version historique des faits.  Il s’agit pour la France d’une lutte permanente contre l’oubli de ces horreurs commises, pour garder les esprits alertes et se méfier de tout ce qui pourrait mener au racisme et à l’antisémitisme. Et pourtant le racisme et l’antisémitisme ne sont pas éradiqués en France.

Le Liban en 1975 a été le théâtre de conflits civils au débutant dans Beyrouth entre les palestino progressistes et les milices chrétiennes. Puis, en multipliant les intervenants, les conflits se sont étendus sur l’ensemble du territoire libanais.Les milices ont toutes été dissoutes à l’exception du Hezbollah qui a réussi à faire sortir sans contrepartie, Israël du Liban au bout de 22 ans d’occupation. Et à ce titre justifie pleinement le qualificatif de Résistance.

La présence, armée ou non, des palestiniens au Liban n’est pas résolue, la question palestinienne ne l’étant pas.

La Syrie s’est retirée inconditionnellement du Liban à la faveur d’un contexte national (assassinat de R Hariri) et international (accord franco américain) particuliers demandant à toute présence armée non libanaise de quitter le territoire libanais.

Israël s’est retiré unilatéralement en mai 2000 à l’exception de quelques territoires (Ghajjar, Shebaa, Kfarchouba) justifiant l’appellation de Résistance accordée au Hezbollah.

La FINUL est présente au Liban depuis 1978, a été renforcée en 2006 après l’attaque d’Israël sur le Liban. Elle a créé la ligne bleue, une sorte de ligne de démarcation, à l’intérieur du territoire libanais, qui n’est pas la frontière internationale.

Le Liban en 2011 est divisé entre camps du 8 et du 14 mars avec majoritairement les sunnites dans celui du 14, les chiites dans celui du 8, les druzes dans celui du 8 et les chrétiens divisés entre 8 et 14 mars. Par cette dichotomie le Hezbollah n’a pu être isolé, le général Aoun y est pour beaucoup.

Des manifestations depuis cette année pour une laïcisation du régime et rompre avec la logique communautaire.

Faut-il oublier ou se souvenir ? Faut-il pardonner ? Faut-il réformer ?

Le Liban que nous voulons doit se fonder sur son histoire ancienne et récente, pour qu’ une coexistence pacifique et définitive entre toutes ses communautés, puisse enfin voir le jour, sans qu’aucun germe d’un nouveau conflit puisse être semé, que ce soit par aveuglement entraîné par l’enthousiasme ambiant (14 mars 2005), par immaturité politique  ou, plus grave encore, par incompétence.

Les leçons du passé doivent nous servir pour reconstruire notre avenir. Il nous faut donc nous souvenir !

Méfions nous d’une solution toute faite pour résoudre nos problèmes. Nous n’avons pas à nous aligner ni sur un axe (américano israélo saoudien), ni sur un autre (axe irano syrien). Nous avons à trouver notre intérêt national et non celui d’une quelconque puissance. Nous n’avons pas su profiter d’un contexte international, hier exceptionnellement favorable, pour tirer vers nous le positif et pour mettre à l’écart tout ce qui pourrait nous desservir et nous diviser (14 mars 2005). Nous nous sommes divisés !

L’unité libanaise se doit d’être la plus large possible, se basant  sur ce qui nous caractérise, pour que nous puissions dire tous, simultanément, ce que nous ne voulons plus voir, ni entendre, ni subir dans Notre Pays.

Nous ne voulons plus voir, ni entendre, ni subir de mensonges, de corruption ou la loi des autres appliquée chez nous.

Le Libanais a profité, a subit ou a été l’exécutant, et s’il est toujours là, a vécu durant ces trente cinq dernières années de pillages, emprisonnements arbitraires, massacres,  bombardements et destructions aveugles, invasions par des armées régulières, que ce soit par l’Est ou par le Sud,  légalisations plus ou moins  officielles de ces présences indésirables par l’Est ou par l’Ouest, nominations arbitraires et  sans aucune représentativité à tous les niveaux de cet état, devenu de facto, fantoche.

Cette manière de mener le pays est une erreur. La réforme est plus qu’indispensable.

Après toutes ces années noires, aucune stabilité nationale ne peut voir le jour sans un préalable, indispensable : la réconciliation. Celle-ci ne peut avoir lieu que si elle est précédée par une notion extrêmement importante : le Pardon.

Ce Pardon ne peut se manifester sans la reconnaissance officielle des crimes commis par tous les belligérants de ces conflits libanais, et c’est peut-être là l’étape la plus laborieuse à réaliser mais certainement la plus essentielle (chrétiens entre eux, chrétiens et Druzes, sunnites et chiites, sunnites et  chrétiens, chiites entre eux ,…) la liste serait longue et certainement non exhaustive.

Ce travail, nous semble-t-il, n’a toujours pas été élaboré en profondeur. L’amnistie n’est pas le pardon.

Nous attendons beaucoup du nouveau Patriarche El Raï.

Pour arriver à vivre ensemble pacifiquement, les arguments du glaive ne doivent plus être supérieurs à ceux du verbe.

Les citoyens doivent pouvoir exprimer leurs divergences de vue, à tous les niveaux de la représentation nationale et sans interdits, non par les armes, qui nous conduisent là où tout le monde situe bien, mais par le moyen démocratique que nous connaissions bien, mais dont on nous a volontairement privé, durant toutes ces années et que nous avons retrouvé.

Le renversement du gouvernement Hariri s’est fait selon les règles de l’art d’un régime démocratique.  Nous attendons que le nouveau gouvernement Mikati ou un autre voit le jour rapidement et aille dans le sens de la réforme. Les libanais ne doivent pas être amnésiques, sinon ils réitéreront les erreurs passées. Le souvenir de ce conflit, qui ne dit pas encore son nom, doit être présent dans l’inconscient et le conscient collectif.

Nos dirigeants, quels qu’ils soient, doivent absolument en tenir compte.

Tant que nous ne sommes pas capables de traiter avec la Vérité, tant que les problèmes essentiels sont remis à plus tard dans un hypothétique espoir de règlement, tant que nous arrangerons la forme aux dépends du fond, le Liban se verra infligé à chaque génération, de sanctions le remettant en question de manière encore plus violente et sanglante.

L’état de guerre au Liban (1975-1990), a ouvert les yeux à la majorité des libanais, sur de nombreuses réalités, ne lui manquant plus que, des circonstances opportunes, des dirigeants courageux et sincères pour se transformer en un courant  politique attitré de la démocratie, du patriotisme et du non confessionnalisme qui gouvernera le Liban.

Il nous semble évident que le Général Aoun réunit toutes ces qualités requises ainsi que Sayyed Hassan Nasrallah. Ils ont su s’entendre sur l’essentiel avec l’ensemble des représentants du 8 mars, mais cette démarche n’aura accompli tout son sens que si elle est partagée par le plus grand nombre (Hariri, les Gemayel, Geagea, et les autres que l’on classe maladroitement dans le camp du 14 mars).

Nous pensons que notre Pays est entrain de renaître maintenant que les forces d’occupation l’ont évacué d’une manière, que nous voulons, définitive.

Recommencer à vivre au Liban, comme si rien ne s’était passé, est un gage pour une récidive d’un conflit ultérieur, au moins aussi sanglant que le précédent, et un reflet d’une incapacité totale à prévoir l’avenir.

Nous ne voulons plus d’un Liban à gestion confessionnelle, clientéliste  et corrompue, tragiquement mis en échec par manque d’unité et de cohésion nationale.  La lutte contre la corruption et la réforme de l’Etat sont vitales !

Mais le confessionnalisme d’Etat ne suffit pas, à lui seul, à justifier l’horreur d’une telle guerre, qui, à nos yeux ne pourrait trouver d’autres buts que de dégoûter ce qui reste comme

« Libanais » de leur nationalité et de leur identité.

Il est de l’intérêt des ennemis du Liban de montrer l’impossible  paisible coexistence et la non moins improbable harmonie multiconfessionnelle au sein d’une même nation, d’un même pays. Il est temps que les libanais retrouvent eux aussi la raison, pour être réalistes et se rendre compte de l’enjeu dont ils ont été, et sont certainement encore, les principaux pions, en mettant en avant leur nationalité et leur drapeau.

C’est avec beaucoup d’émotions que  nous avions cru l’apercevoir et l’entendre, lors des manifestations  à Beyrouth sur la place de la Liberté, des Martyrs, essentiellement le 14/03/2005.

Baisser les bras devant le destin, c’est s’avouer vaincu par autrui car, jusqu’ à nouvel ordre, chez nous destin est lié à autrui.

Prenons bien acte de ne plus jamais bâtir notre avenir sur la bonne volonté d’une quelconque puissance, aussi amicale soit-elle.

Trouver la solution au problème libanais, c’est du même coup sauver le Liban de sa partition officieuse et de son démantèlement sanguinaire officiel.

L’autorité confessionnelle, et non religieuse, est l’unique point de divergence contentant les uns et indisposant les autres.

En revanche les problèmes économiques, sociologiques, des communications, des infrastructures, éducatifs, de santé ne contentent personne et c’est sur ces points là qu’il faudra fonder notre unité.

La faiblesse militaire n’est plus une stratégie militaire mais une vocation de réussite à toute ingérence extérieure et un échec prédestiné à l’unité du pays. Il est interdit à l’armée libanaise d’être correctement équipée, et elle est insuffisamment équipée, pour défendre le territoire de l’ ingérence de l’état hébreu.

A ce jour, la justification de la résistance et de son armement, dont l’utilisation est strictement réservée à l’encontre de l’ennemi israélien, est pleine et entière. Ceci est une réalité dont il faut tenir compte.  La stratégie de défense libanaise comporte en son sein et jusqu’ à nouvel ordre, la Résistance. L’Etat fort que nous prônons réduira les différences culturelles, respectera les croyances de chacun, épanouira les libertés de chacun dans le strict respect de l’unité et de la stabilité nationale.

S’il n’y avait pas de Liban il n’y aurait pas de libanais.

Et si aujourd’hui il n’y a plus de libanais, il n’y aura plus de Liban.

Le Liban ne peut exister sans la tolérance, le respect des croyances de chacun et la liberté.

Dr Riad JREIGE

Montpellier

5 COMMENTAIRES

  1. L’amnesie est ce qui nous reste quand la solution au probleme du citoyen demeure insolvable.
    Malgre toutes les revisions du citoyen sur la mentalite libanaise, la mentalite de la guerre n’a pu etre decalee de son principe fondateur : le progres de la raison humaine. Il faut bien voir dans une guerre l’avancement de la raison humaine, sur le plan des droits de l’homme et du citoyen. Les debats ont aujourd’hui conscience des limites des droits de l’homme sur le plan institutionnel.

  2. « Le renversement du gouvernement Hariri s’est fait selon les règles de l’art d’un régime démocratique »

    Non mais faut pas se foutre de la guelle des gens quand meme! Walid jounblatt allait clairement vote hariri jusqu a la fameuse descente de voyou fanatique en chemise noir dans les rues de beyrouth! Ou est la democratie quand un parti politique detient un armement comme celui du hezbollah? alors garder votre blabla pour vos soiree d aouniste demagogique qui ne savent que se soumettre au hezbollah par peur de se faire bouffer. Cheikh bachir doit vous maudir de la haut! Il aurait honte de voir que des chretiens parlent comme des vrais petits islamiste en maudissant israel et l amerique! a quand les kamikazes aounistes?

    • Monsieur Robert,
      je respecte bien sûr votre position. je ne pense pas la même chose que vous.
      Je pense donc que Cheikh Bachir, que personnellement je regrette profondément, si aujourd’hui était là, aurait eu la sagesse de ne rejeter aucune communauté LIBANAISE et certainement pas les chiites (Hezbollah, Amal et les autres). Il aurait été certainement plus proche de l’ensemble des positions du Général Aoun que ce que vous êtes.

      • Pouvez vous me dire ou es ce que vous avez lu que je rejette la communaute chiite? je rejette leurs armes c est totalement different. En tant que chretien ayant remi mes armes a l etat libanais apres avoir combattu l envahisseur palestinien je ne pourrai jamais accepte de vivre sous la domination des armes du hezbollah.

        Pourtant c est bien de cela que l on parle, quand une partie de la population libanaise est armee et qu une autre est desarme alors il y aura forcement une domination et un sentiment de frustration des communautes non armee. Le liban ne sera jamais une democratie sous l ombrelle des armes du hezbollah et encore pire nous allons tout droit vers une nouvelle guerre civile.
        Nous avons pri les armes contre les armes palestinnienne illegale et nous ferons de meme contre le bras armee iranien au liban si il le faut.
        D’ailleurs n es ce pas votre general qui est alle proner en premier le desermament du hezbollah au senat americain? Alors pourquoi ce changement d avis si ce n est la peur? et qui dit peur dit soumission…

        •  » Les milices ont toutes été dissoutes à l’exception du Hezbollah qui a réussi à faire sortir sans contrepartie, Israël du Liban au bout de 22 ans d’occupation. Et à ce titre justifie pleinement le qualificatif de Résistance. »

           » La faiblesse militaire n’est plus une stratégie militaire mais une vocation de réussite à toute ingérence extérieure et un échec prédestiné à l’unité du pays. Il est interdit à l’armée libanaise d’être correctement équipée, et elle est insuffisamment équipée, pour défendre le territoire de l’ ingérence de l’état hébreu.  »

           » A ce jour, la justification de la Résistance et de son armement, dont l’utilisation est strictement réservée à l’encontre de l’ennemi israélien, est pleine et entière. Ceci est une réalité dont il faut tenir compte. La stratégie de défense libanaise comporte en son sein et jusqu’ à nouvel ordre, la Résistance.  »

          Faudra-t-il que je rajoute quelque chose de plus ?

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