La semaine dernière, a eu lieu plusieurs manifestations réclamant l’instauration d’un Liban laïc et l’occasion s’offre pour y revenir, non pas que j’y suis fondamentalement opposé mais mais que les méthodes ne correspondent pas aux meilleurs moyens d’y parvenir. On a pu voir que les participants à cette manifestation réclamaient plusieurs choses dont la déconfessionnalisation de notre système politique, l’instauration d’une société civile, etc… ainsi qu’à l’image des révolutions dans les autres pays arabes, chose que je n’aborderais ici superficiellement, contre la corruption politique.

Les motifs sont nobles, mais il faut craindre qu’à force d’amalgamer plusieurs points, on finisse par tuer l’ensemble pour un détail non rassembleur. Sous couvert de rassembler large, certains ne pourront plus s’y reconnaitre et j’en fais malheureusement parti.

Pour argumenter sur ce point, il faut aborder les choses logiquement. Le Liban était à la pointe d’un progrès et sur le point de devenir la première société laïque du monde arabe durant le mandat français. Cependant l’instauration du Pacte National  en 1943, a tué la logique de la recherche de la compétence au détriment de la réservation à telle ou telle communauté de tel poste politique avec pèle mêle, la présidence de la république réservée aux maronites, la présidence du conseil aux sunnites et la présidence de la chambre à la communauté chiite. Il n’était à l’époque pas question encore de l’équilibre confessionnel. La mise en place dans les années 50 de circonscriptions à poste réservée à telle ou telle communauté est allée dans le même sens, et la guerre civile de 1975 à 1990 a achevé l’idée d’un Liban laïc au niveau même de la société civile qui s’est trouvée géographiquement et démographiquement morcelée à l’échelle local entre régions chrétiennes, musulmanes et aujourd’hui sunnites et chiites.

Je prioritiserais ainsi:
1 – fin du confessionnalisme politique, avec comme base une circonscription par député sans aucune mention de la religion pour chercher des personnes capables et compétentes, connaissant bien leurs électeurs et non des personnes parachutées. La circonscription unique par député a aussi l’avantage de mettre fin aux partis politiques « corrompus » pour revenir à des convergences d’intérêts, un partenariat en fin de compte. Cela mettra fin à la corruption politique.

Il faudra également rebâtir une véritable société civile libanaise et non avoir des sociétés communautaires chrétiennes, sunnites, chiites, druzes mais revenir à une coexistence totale, même pas une coexistence totale, coexistence signifiant vivre les uns à coté des autres mais vivre les uns avec les autres, ce qui n’est toujours pas le cas 21 ans après la fin de la guerre civile qui a terminé de morceler le Liban.

2- droit de la femme: elle doit être construite avec l’éducation, cela change l’échelle puisqu’il faut éduquer à commencer les jeunes depuis la maternelle. Je m’oppose aux quotas ou à la discrimination positive parce que cette dernière peut être aisément rejetée par un processus logique stipulant que chaque citoyen est égal à l’autre en droit et en devoir. Les femmes doivent donc obtenir certes les mêmes droits mais également les mêmes devoirs quand il s’agit par exemple du cas du service militaire (aujourd’hui inexistant au Liban) à l’image de ce qui se passe au Sud de chez nous.

Plus important, il s’agit de la gestion centralisée de l’état civil, mais on donne ici qu’il s’agit ici de la principale difficulté parce que « fond de commerce » des religieux qui utilisent la foi pour défendre leur gagne pain. Il faut expliquer aux gens que la foi est une chose « personnelle » et qu’elle demeure même si l’état civil est « étatisé » et cela vu, avec ma vision carthésienne et laique française, résultat d’une éducation en France justement, de l’extrémisme religieux au Liban, n’est guère probable pour le moment. Il ne s’agit pas d’une lutte contre la religion des uns ou des autres mais d’une lutte pour que ces religions cohabitent toutes ensembles ne puissent devenir la source de conflits. Je peux me prendre en exemple, je suis et je me ressens comme ayant une certaine foi, mais je pense que ma foi est personnelle et je ne veux pas la montrer, elle est dans mon cœur. Mais combien d’autres ici l’exposent ouvertement avec des colifichets affichés sur leur voiture, voir sur leurs propres personnes avec collier en forme de croix ou la profession de foi musulmane…

Plus encore, certains manifestants le faisaient pour des raisons personnelles, cela peut être lié à un problème d’héritage (chez les sunnites, la femme n’hérite pratiquement rien par exemple) ou d’amour inter communautaire impossible non pas en raison du sectarisme mais en raison de non flexibilité des familles et de l’entourage à accepter. Ce n’est pas la faute là, à la société civile mais à l’entourage lui même. Ils se trompent alors dans le sens de la revendication véritable pour un Liban Laïc, ils manifestent dans un but personnel, mais ce n’est pas la faute du système en lui-même, mais la faute de l’éducation faite au sein même de leur entourage immédiat. Ce n’est pas en manifestant dans la rue qu’ils changeront la mentalité de leur parent ou de leur famille mais en s’exprimant déjà voir en ouvrant un conflit avec leur famille qu’ils pourront changer les schémas mentaux préexistants chez eux.

Il faut également éviter une tentative de récupération politique par quelques personnes et notamment Berri, Al Mouskbal etc…

Le débat est désormais ouvert, et le chemin sera plus long que l’on peut croire, ce n’est pas quelques manifestations qui changeront actuellement quoi que cela soit, puisqu’il s’agit d’une lutte de longue allène contre ce qui a amené à différentes phases du conflit interlibanais par lesquelles se sont « infiltrées » les ingérences étrangères.

d’ailleurs, il s’ouvre de manière intermittente, pour ne pas rappeler la polémique qui a eu lieu dans les années 90 lors de la proposition par Elias Hrawi de l’instauration d’un mariage civil au Liban, sous couvert de lutte politique avec Rafic Hariri. Les hommes de religion s’étaient rapidement opposés à cela.

Le Blog de Frenchy

10 COMMENTAIRES

  1. Le Liban a soif de Démocratie, mais il ne peut réussir sa Révolution vers la Démocratie qu’après celle de la Lybie, puis de la Syrie. Chacun à son tour.

    Taëf : Le Liban c’est la Syrie. Le Liban devient arabe et indissociable de la Syrie.
    1 – Décapiter l’armée libanaise (des milliers de « disparus »)
    2 – Désarmer l’armée libanaise (les armes sont données à l’armée syrienne et au Hezbollah)
    3 – Piller les biens et capitaux des citoyens libanais (les finances serviront à enrichir les chefs syriens)
    4 – Anéantir les civils libanais (par des tortures pour les hommes et des viols pour les femmes)
    5 – Syrianniser et arabiser à outrance le pays des cèdres
    6 – Paralyser ses mécanismes institutionnels de sorte que seule la volonté syrienne soit faite.
    7 – Noyauter et syrianniser tous les rouages de l’Etat et du pouvoir
    8 – Créer une domination sur les libanais (par la terreur, les « disparus » et les charniers)
    9 – Confier toutes les ficelles du pouvoir au Chambellan de la Chambre (qui récupère tous les pouvoirs)
    10 – Retrait de la partie visible des forces syriennes, dès que les forces du Hezbollah auront le pays bien en main.

    Autant admettre que ce joug sera bien difficile à faire tomber.

  2. Décidément, votre lecture des événements est pour le moins étrange. Tayef est une ville SAOUDIENNE où se sont réunis des politiciens pour la plupart sortis des tranchées de la «guerre des autres» comme l’avait appelée Ghassan Tuéni. Faut-il rappeler que Michel Aoun avait refusé d’y aller?

    Faut-il rappeler que c’est à Tayef que fut constitutionnellement consacré le partage confessionnel des trois pouvoirs qui, jusqu’ici, n’avait été qu’une coutume (fortement établie certes. Mais COUTUME tout de même. Il faut le dire. En réalité, le partage constitutionnel des pouvoirs ne se fait au détriment ou au profit que des SEIGNEURS qui président au sort de leurs coreligionnaires, se servant de leur dos courbés comme piédestal de leur trônelet (tout petit trône).

    Dans ce sens, ni les dirigeants chiites ni les dirigeants druzes n’ont rien tiré de Tayef, les seuls gagnants ayant été les élites sunnites (protégées par les Saoudiens et accessoirement les Égyptiens), que les seuls perdants ont été les dirigeants chrétiens?

    Quant au peuple de toutes régions et de toutes confessions, il reste encore uni dans sa détresse.

  3. Jokers, il faut loucher beaucoup ou avoir une vision aussi étriquée que biaisée pour affirmer que «le Liban, c’est la Syrie».

    Ne voyez-vous donc pas Israël (combien de cellules d’espionnages débusquées?), les USA qui torpillent notre système bancaire, l’Égypte où nos fonctionnaires de la sécurité font des pèlerinages, l’Arabie Saoudite (dont la photo du roy trônait au dessus des têtes il y a quelques jours), la France dont les ambassadeurs ont la délicatesse de nous dicter quoi faire…

    Il m’arrive parfois de me dire que la Syrie est un bien maigre contrepoids à toutes ces présences bien «réelles»… Mais si peu eucharistiques.

  4. comme punition: vous recopierez 600 fois:
    La semaine dernière ont eu lieu plusieurs manifestations…
    et non pas a eu lieu plusieurs manifestations…!!!

  5. Comme punition, vous me ferez 600 lignes d’écriture et copierez la phrase « Le Liban, c’est la Syrie ». Et en bas de vos lignes, vous signerez. Vous aurez signé Taêf !

  6. Joker5
    Le Liban a  » commencé  » sa révolution en débarquant les voleurs du grand sérail avec à leur tête , le fils de son père et voleur de première , Saad Hariri dit , le Ali Baba Libanais et ses 40 voleurs .
    Le Liban n’est pas la Syrie , le Liban subit sa révolution de nettoyage et de justice sous le nom de Changements et Réformes , comme les autres pays Arabes , qui , et comme par hasard , utilisent tous ce slogan qui n’est autre que le nom du bloc parlementaire de GMA .
    La corruption est la prochaine étape , après la formation du nouveau gouvernement .

  7. Malheuresement, le Liban n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte, ni même la Lybie…

    Malheuresement, le Liban, c’est la Syrie…

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