Crédit photo le journal libanais Al Akhbar : « A Bas Riad le voleur. A bas le règne du Dollar ». Banderole des manifestants libanais Jeudi 24 octobre 2019 houspillant Riad Salameh, gouverneur de la Banque du Liban. «Riad, le voleur». A bas le règne de la Banque centrale libanaise et le Liban renaitra

Le Liban s’est réveillé aujourd’hui avec une question restée sans réponse à ses lèvres jusqu’à l’heure actuelle : Où-est-donc passé le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, un gouverneur passé du rang de magicien des finances récipiendaire de nombreux prix à sorcier.

Quand on disparait de cette manière, c’est qu’on a quelque chose généralement à se reprocher. Déjà, il était invraisemblable de voir cet homme ne pas se présenter devant la juge Ghada Aoun alors que se multipliaient les dossiers locaux, Affaire Mecattaf, scandale de manipulation du cours de la livre libanaise puis internationaux, avec les procédures judiciaires et plaintes à son encontre en France, Suisse, Allemagne ou encore Luxembourg.

Le gouverneur de la Banque du Liban est arrivé dans les valises de l’ancien premier ministre Rafic Hariri en 1993. Il était précédemment son chargé de compte à la Merril Lynch. Depuis 25 ans ainsi, Riad Salamé est resté à la tête de la Banque du Liban, indétrônable, considéré comme irremplaçable… jusqu’à présent, fort du soutien local de ce qu’on appelle aujourd’hui le parti des banques, des hommes politiques ayant bénéficié d’une manière ou d’une autre de ses largesses. Riad Salamé avait été de toutes les magouilles du système bancaire, avec le rachat forcé de certains établissements dans les années 1990 par Rafic Hariri and close Friends pour ne citer par exemple l’éviction de Roger Tamraz de la banque Al Mashrek qui deviendra le Crédit Libanais repris par Jean Torbay ou encore la faillite d’autres établissements.

De l’affaire Al Madina où le rôle déjà de la Banque Centrale avait été évoqué au début des années 2000 jusqu’à la crise actuelle, Riad Salamé était tout de même adulé par le public, amadoué par des taux d’intérêts élevés mais de nombreuses interrogations relevées par d’autres qui s’interrogeaient au sujet justement des fonds qui finançaient une gabegie publique. 

Ces interrogations n’étaient seulement locales mais aussi internationales, le FMI par exemple depuis 10 ans, critiquant fortement les opérations financières menées par la Banque du Liban insistant sur la dangerosité de ces dernières et soulignant, à juste titre aujourd’hui qu’elles pouvaient mener à l’effondrement du système financier et donc à la crise actuelle.

En effet, la politique monétaire de la Banque du Liban était l’objet de critique dans les milieux économiques indépendants des intérêts des banques depuis de nombreuses années même localement. On prévoyait une crise économique dès les années 2000, crise qui n’a pu être évitée mais seulement reportée via les conférences d’aide Paris II et III et surtout via l’utilisation des fonds des banques privées via la Banque du Liban, qui finira par attirer 70 milliards de dollars de fonds privés via des certificats de dépôt, une somme différente des réserves obligatoires, pour finir aujourd’hui avec des pertes financières qui dépassent les 60 milliards de dollars. Dès 2019, un rapport d’audit confidentiel mais pourtant révélé par une source anonyme démontrait que le gouverneur de la Banque du Liban camouflait l’ampleur de ces pertes par des déclarations unilatérales de profits fiduciaires, c’est-à-dire par des opérations d’impression d’argent, jusqu’à l’équivalent de 6 milliards de dollars au taux de 1507 LL/USD, rien que pour 2018. D’autres interrogations portaient sur l’évalution des biens de la Banque du Liban comme son campus de la Rue Hamra, qu’elle estimait valoir 1 milliards de dollars comme la MEA d’ailleurs.

Dès l’apparition au grand jour de la crise économique et financière de 2019, le mot a fini par être lâché même par le président de la république française : Schéma Ponzi, une première dans le monde au niveau institutionnel tout de même, au Liban on innove.

Pourtant, Riad Salamé était dans le déni officiellement même si officieusement, on peut en douter. Les premières crises de liquidité dès mai 2019 n’étaient induites que par des pénuries de liquidité des banques. Le contrôle des capitaux, voyons, c’était la faute des déposants. La gravité de la crise, voyons, c’était la faute du gouvernement Diab qui n’a eu que d’autre choix que de déclarer un état de défaut de paiement. Les pertes de la Banque du Liban ? Quelles pertes, voyons, elles n’existent pas. 

Il s’agissait alors de gagner du temps, toujours du temps, en dépit d’une monnaie nationale qui dévissait face au dollar, un taux de change officiel qui n’était plus significatif et ainsi de suite.

Dès lors la machine s’est emballée, la forteresse considérée comme jusqu’à présent imprenable de la Banque du Liban s’est effondrée sur elle-même avec des révélations qui dépassaient même le cadre de l’institution elle-même jusqu’à atteindre son dirigeant lui-même et ses proches avec l’ouverture de procédures judiciaires en Suisse, puis en France, puis au Luxembourg et en Allemagne même pour détournement de fonds et blanchiment d’argent. 

Pour les observateurs attentifs du dossier de la Banque du Liban, ces éléments ne constituaient pas une surprise. Loin de là. Ils avaient d’ailleurs été révélés depuis plus de 10 ans par nul autre que Jeffrey Feltman, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Liban, ce qu’on ne peut que constater en parcourant les bonnes feuilles de Wikileaks qui déjà soulignait que les réserves monétaires nettes de la Banque du Liban devaient être négatives et de plus qui soulignait par exemple que celui-ci ne serait pas exempt de corruption y compris avec le régime syrien. Ainsi, chaque billet de banque imprimé pour la Banque du Liban donnait droit à une commission généreusement accordée au frère de Riad Salamé, Raja, et au cousin de Bachar al Assad, Rami Makhlouf.

Aujourd’hui, certains pourtant s’acharnent encore à défendre d’indéfendable, sous prétexte que les accusations qui ne visent ne sont que politiques. Allez donc dire à la justice suisse, française, allemande ou luxembourgeoise qu’elle est sur la coupe du Hezbollah et que l’homme est innocent. Il y a en effet bien de quoi rire. 

La position du gouverneur de la Banque du Liban s’était effritée petit à petit, notamment avec les dernières déclarations de la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva qui soulignait que le FMI n’acceptera seulement qu’un plan global pour le Liban portant notamment sur la lutte contre la corruption, cela alors que plusieurs personnes au sein de la délégation libanaise en charge des négociations elles-mêmes sont accusées au Liban de corruption, comme Riad Salamé. Si les négociations qui constituent la dernière chance du Liban face à la crise économique échouent, il s’agira d’abord de la responsabilité de ces personnes.

Depuis l’instauration d’un contrôle informel des capitaux, le système bancaire et financier construit par Riad Salamé s’est effondré. Les banques elles-mêmes ne sont plus que des institutions zombies qui sont impossibles à sauver, les pertes du secteur bancaire étant trop importantes. Riad Salamé était un sorcier qui a construit un château de carte, donnant l’illusion d’une demeure solide, jusqu’à ce que la réalité de la situation s’impose par elle-même.

Désormais, plusieurs interrogations demeurent sans réponse aujourd’hui. Peut-on encore garder Riad Salamé à la tête de la Banque du Liban, à moins d’en faire un Mehdi des finances libanaises comme ce que semblent réclamer certaines personnes? Finira-t-il par se rendre et révéler au grand jour les détournements de fonds dont il a été le complice ou le témoin? Est-il encore vivant?  

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