Riad Salameh, governor of Lebanon's central bank, speaks to the Financial Times in his office in Beirut, Lebanon, on October 30, 2017. [Sam Tarling for the Financial Times]

Impliqué dans plusieurs enquêtes pour détournements de fonds et blanchiment d’argent dont l’affaire SGBL/Mecattaf en ce qui concerne la manipulation du cours de la livre libanaise ou encore différents dossiers sur lesquelles les justices suisses, françaises, allemandes et luxembourgeoises enquêtent, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé semble être intouchable, protégé par le patriarche maronite Béchara Boutros Rahi, par une classe dirigeante fortement impliquée dans le système financier et qui a bénéficié des largesses ces dernières années de la Banque du Liban, par le système bancaire proprement dit avec les menaces de certains dirigents d’établissements locaux de “fermer leurs boutiques” et de partir à l’étranger en cas d’arrestation, du soutien de l’ambassadrice des Etats-Unis qui aurait jugé inacceptable pour reprendre ses dires selon le journal Al Diyar, “de voir le gouverneur être remplacé par son adjoint chiite” et dernier en date, du président de la chambre Nabih Berri, qui appelle à ce que des preuves soient publiées publiquement pour permettre son arrestation.

Il semblerait que le président de la chambre, avocat tout de même, ignore que la publication de preuves contrevient au secret de l’instruction et rend justement ces preuves inutilisables dans le cadre d’une mise en examen. De plus, avocat, Monsieur Berri semble aussi ignorer que manquer à 4 reprises une convocation chez le juge est preuve en soi de culpabilité.

L’un des principaux dossiers à charge à l’encontre du gouverneur de la Banque du Liban est connu depuis longtemps. il s’agit même du principal dossier qui repose sur les tables des enquêteurs en Suisse et en France. Il s’agit du dossier Forry Associates dont une partie du contrat a été publié hier dans la presse en ligne libanaise. Cette compagnie est contrôlée par le frère même du gouverneur Raja Salamé.

Selon les termes du contrat, Forry Estate recevait ainsi une commission des 3/8ème des 1% commissions sur l’achat des certificats de dépôts de l’état via la Banque du Liban par les banques privées entre 2004 et 2014. Ces montants qui atteignaient ainsi ensuite plusieurs millions de dollars étaient reversés et redistribués, selon les aveux même de Riad Salamé, en connaissance de la commission centrale de la Banque du Liban.

Cette procédure cependant amène à poser de nombreuses questions comme le choix même d’une entreprise contrôlée par le frère de Riad Salamé, donc un abus de bien social. D’autre part, les autorités judiciaires suisses notent que 300 millions de dollars de cette entreprise ont été recyclées via les établissements bancaires suisses, comme elles l’ont précisé à leurs homologues libanais, lors de l’ouverture de la procédure judiciaire helvétique en 2021.

Quant à Riad Salamé, il se défend de tout détournement de fonds, indiquant avoir mandaté le cabinet BDO Semaan, Gholam & Co, un cabinet fortement décrédilisé au Liban puisqu’il a certifié des comptes de la BdL sur les dires du gouverneur de la Banque du Liban ou encore des comptes de banques privées alors qu’elles sont en quasi-faillite aujourd’hui.

De plus, ces établissements bancaires privés ont également bénéficié des largesses que cela soit de la part de la Banque du Liban ou de Forry associates. En effet, les commissions mises en cause n’étaient non pas reversées sur des comptes de la BdL comme ce qui devrait en être le cas mais sur des comptes de ces établissements qui sont la Banque Audi, la Bank Med, la Banque Saradar, la Banque Al Mawarid, la SGBL et la BLOM Bank, qui, il faut le rappeler, refusent de coopérer avec le juge d’instruction Jean Tannous pour la justice libanaise sous couvert du secret bancaire, un secret bancaire qui ne s’applique cependant pas dans le cadre de suspicions de détournements de fonds. Il convient également de rappeler que le juge Jean Tannous agit à la demande de ses homologues françaises, suisses et luxembourgeois et que le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat qui l’a empêché de se rendre à Paris dans le cadre d’une réunion de coordination ou encore qui l’a empêché d’effectuer une descente afin de saisir les documents nécessaires pour faire progresser la procédure judiciaire a été accusé d’entrave à la justice par les autorités judiciaires étrangères.

Hier, de nouveaux faits ont été révélés via une dépêche de l’agence de presse Reuters: les 3 contrats concernant le paiement des commissions mentionnaient le paiement des 3/8ème des 1% des commissions non pas à Forry Associates mais à la Banque du Liban. Des fonds qui devaient ainsi revenir à la Banque du Liban semblent donc avoir été détournés en faveur d’une entreprise possédant des liens directs avec la Banque du Liban, ce qui, de facto, constitue une preuve, n’en déplaise à Monsieur Nabih Berri à l’encontre du gouverneur de la Banque du Liban. Fait aggravant, les banques locales qui devaient payer ces commissions à la Banque du Liban se retrouvent également sur les bancs des accusés, puisqu’en connaissance du bénéficiaire “légal” mais ayant effectué des versements à un bénéficiaire tiers. Elles pourraient donc également mises en cause par les enquêteurs comme complices.

Il convient aussi de rappeler à la fois à Monsieur Berri et aux Etats-Unis qu’il ne s’agit pas de la première accusation de collusion et de détournements de fonds concernant le gouverneur de la Banque du Liban, mais que la crise économique que traverse le Liban a amené la population libanaise à s’interroger et à être plus sensible face à la corruption qui gangrène les administrations publiques.

Ainsi, le même frère de Riad Salamé, Raja Salamé, avait déjà été accusé de détournements de fonds et d’abus de biens publics par, nul autre, que Jeffrey Feltman dans un câble révélé par Wikileaks ou encore d’abus de biens sociaux en ayant favorisé déjà le cabinet d’avocat de son beau-fils Chafic Abillamah par le passé.

“Salameh,s brother, Raja, is involved in the deal along with former Syrian Vice President Khaddam,s son, Jamal. Raja Salameh earned a commission on the deal then, and continues to earn a commission to date every time new banknotes are printed (as the quality of the paper is not good and the new currency has to be replaced every few years).”

Jeffrey Feltman, Wikileaks 07BEIRUT352_a, 2007 March 7, 16:18 (Wednesday)

Mais probablement que cette autre affaire ne figurera dans aucun dossier. Après tout, outre l’extinction de la procédure induite par les délais de prescription, on ne pourra pas accuser les Etats-Unis d’avoir su et de ne rien avoir fait pour des raisons poliques et notamment par rapport au soutien accordé jusqu’à aujourd’hui à Riad Salamé alors que désormais 82% de la population libanaise vit dans la pauvreté.

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