Beyrouth parmi les 25 meilleurs villes du monde selon CNN ?

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Ils ont frappé fort cette fois-ci les Américains. Beyrouth 20ème meilleure ville du monde, devançant la Ville Lumière et la cité légendaire qu’on est censé voir et mourir ? Serions-nous le 1er avril ou bien dans un monde à l’envers ?

Le but de ces quelques lignes n’est pas de tourner en dérision notre capitale ni de faire preuve d’un manque de patriotisme accru incitant à dénier toute importance ou tout attrait à notre Sitt ed Dounia*.

Beyrouth des années folles, Beyrouth de l’avant-guerre (civile), celle qu’ont connue nos parents et les générations précédentes et qui réside dans leur mémoire, leurs histoires et leurs albums poussiéreux qu’ils gardent consciencieusement au fin fond d’une armoire, aurait mérité d’être en tête de liste, parmi les cinq meilleures cités du monde.

Beyrouth en ruine de l’après-guerre, celle qui fut désignée par « le plus grand chantier archéologique du monde »** et qui promettait d’être un haut-lieu de pèlerinage archéologique et historique avec ses multiples vestiges insolites phéniciens, perses, hellénistiques, romains, byzantins, enfouis intacts sous terre malgré diverses catastrophes naturelles – mais détruits par la suite de main humaine en vue d’une “reconstruction”– aurait pu être recommandée par les touristes du monde entier à la recherche du Beau et assoiffés de découvertes et d’Histoire.

Beyrouth de l’après-guerre, qui aurait dû être reconstruite selon les normes locales, à l’échelle locale, dans les respects du cachet libanais avec une touche certes moderne pour répondre à la demande de sa population autochtone – aujourd’hui déportée vers d’autres régions libanaises si ce n’est vers d’autres horizons – et pour créer des offres d’emplois aux Libanais et encourager un commerce, une industrie et des services bien locaux et attirer de la sorte toutes les nationalités possibles sans exclusivité aucune, aurait pu, avec ses centres commerciaux, ses génies et son propre charme, devenir un lieu de rendez-vous international à la fois diurne et nocturne.

La réalité qui nous oblige à parler au conditionnel suscite un sentiment destructeur et pessimiste. Beyrouth a perdu plus de deux cents de ces sites archéologiques et le reste ne se compte que sur les doigts des mains. Ses maisons traditionnelles ont disparu, son cœur a été transformé en un grand magasin de luxe et en tours de bétons laides et fastueuses, hors de prix et hors de portée par rapport à plus de 80% du peuple libanais. Ses quartiers sont sectionnés par confessions et par factions où les bombes à retardement chargées de haine et de fanatisme menacent à tout moment.

Beyrouth qui le jour pue les embouteillages, suinte la pollution sonore et empeste le chômage, Beyrouth qui se métamorphose le soir en putain avec une vie mondaine factice et insipide sur les terrasses et dans les boîtes de nuit ; est-ce cette cité qui a détrôné des cités européennes réputées par leurs cachets architectural, traditionnel et culturel, et par leur patrimoine économique, social, et intellectuel ?

Faut-il en rire ou en pleurer ? Ce classement a été noté pour faire monter quelles actions de bourses, pour la vente de quels biens ou pour la promotion de quel secteur qui convergerait avec certains intérêts du pays de l’oncle Sam ? CNN ferait dans de l’humour noir à défaut de rendre à son habitude les réalités encore plus opaques ?

Pourtant, avec toute l’amertume que la lecture d’une telle nouvelle ait pu attiser, mon amour incorrigible et incurable envers mon pays que je partage avec quelques citoyens libanais en voie de disparition, me pousse à croire encore une fois, qu’en dépit de cet état lamentable et catastrophique aux allures irréparables, il reste quand même des bribes d’espoirs, avec un peu de détermination et de bonne volonté de la part de quelques esprits fervents, engagés et bien intentionnés …
(article volontairement mais illogiquement clos sur une note d’espérance pour continuer à répandre une bouffée d’ondes positives envers et contre tout).

Par Marie-Josée Rizkallah

* Titre d’une célèbre chanson de la diva libanaise Magida Roumi, écrite par le poète Nizar Qabbani, désignant Beyrouth par « La Dame de l’Univers ».

** Titre d’un article d’Emmanuel Roux, paru dans LE MONDE,  no 15660, 1995.

Pour rappel :

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Liban : Un patrimoine en proie aux pelleteuses meurtrières

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/