Le siège de l'Association des Banques du Liban (ABL). Crédit Photo: NNA.
Le siège de l'Association des Banques du Liban (ABL). Crédit Photo: NNA.

Le gouvernement Mikati et le Fonds monétaire international (FMI) se sont entendus sur un accord de financement de 3 milliards de dollars sur quatre ans pour aider le Liban à sortir de la crise : 70 milliards de dollars de pertes pour le secteur bancaire, une monnaie nationale ayant perdu 90% de sa valeur et hyperinflation. L’accord final est toutefois conditionné d’une part à la restructuration du secteur bancaire en suivant une stratégie définie par le FMI qui « reconnaît et traite d’emblée les pertes importantes du secteur, tout en protégeant les petits déposants et en limitant le recours aux ressources publiques » comme l’or de la Banque Centrale, l’immobilier de l’Etat et la façade maritime du pays ; et, d’autre part à l’audit des 14 plus grandes banques libanaises.

Le « parti des banques », nom communément donné à la coalition regroupant la Banque du Liban (BDL) et l’Association des Banques du Liban (ABL) ainsi qu’un nombre important de politiciens, de journalistes, d’hommes d’affaires et de magnats des médias, s’oppose à l’accord cadre qui repose sur le plan de redressement financier du gouvernement Mikati adopté le 20 mai et préparé par le vice-premier ministre Saadé Chami. Le plan Chami prévoit que les banques soient les premières à supporter les pertes, suivies par la BDL et ensuite des actifs publics. Les membres du parti des banques souhaitent que l’Etat supporte les pertes. Entre temps, c’est le peuple qui casque : les déposants n’ont pas accès à leur argent, il n’y a plus suffisamment de dollars, la livre a perdu sa valeur, l’inflation est galopante, etc.

Mardi 21 juin, Riad Salamé a accordé une interview à la chaine de télévision LBCI. Durant le long entretien qu’il a livré, le gouverneur de la BDL s’est dit opposé à la suppression du secret bancaire. Il estime que les leviers accordés à la CSI (la Commission spéciale d’investigation) sont suffisants. Selon lui, le FMI n’a demandé la levée du secret bancaire que pour pouvoir contrôlé l’utilisation de l’aide qui sera accordée. Or, le FMI souhaite que le système financier libanais soit plus transparent et obéisse aux standards internationaux. Si les prérogatives de la CSI étaient suffisantes alors le FMI ne réclamerait pas la levée du secret bancaire. Riad Salamé estime désormais à 15 à 20 milliards de dollars le montant de l’aide nécessaire au Liban soit 3 à 5 milliards de dollars de plus qu’en décembre dernier. Il a évalué à 11,8 milliards de dollars (sans compter les 5,03 milliards d’eurobonds ni les 16,8 milliards de dollars d’or) et non 9 milliards de dollars les réserves de devises de la BDL utilisées notamment pour subventionner certaines importations.

Le même jour, Carlos Abadi, banquier spécialisé des marchés obligataires et directeur général de DecisionBoundaries (une société de conseil financier basée à New York qui, pour un million de dollars par an selon Jean Riachi le patron de FFA Private Bank, assiste le cabinet international Global Sovereign Advisory dans sa mission de conseil à l’ABL), a adressé une lettre au FMI. Elle a été rendue publique par Reuters et dans les réseaux sociaux (comme par exemple le compte Twitter d’Henri Chaoul, ancien conseiller du ministre des Finances dans le gouvernement Diab) le lendemain. Dans ce courrier, le conseiller de l’ABL a qualifié d’« illégal » et d’ « anticonstitutionnel » le plan du gouvernement présenté au FMI. Ce conseiller de l’ABL estime que « l’exécution de certaines actions préalables ainsi que certaines étapes du programme sont susceptibles de nuire davantage à l’économie libanaise, probablement de manière irréparable ». Cette lettre accuse le peuple d’avoir imposé une discussion sur des points erronés qui pourraient « priver injustement l’ABL de ses droits ». L’ABL ne prétend donc plus représenter les intérêts des déposants. Elle les attaque. Dans cette lettre, l’ABL refuse à nouveau la hiérarchisation de la répartition des pertes prévue par le plan Chami qu’elle qualifie de solution comptable et non économique et qu’elle considère dénué de vision économique pour le Liban. La réputation prévue est qualifiée d’injuste car la majorité des pertes ont été subies par la BDL. L’ABL propose de mettre en commun les quelque 20 milliards de dollars d’actifs immobiliers de l’Etat dans une société d’investissement, de transformer jusqu’à 30 milliards de dollars de dépôts en livres (ce qu’on appelle la « lirification ») à rembourser sur une période de dix ans, et d’inverser les transactions de change de livres en dollars effectuées depuis le 17 octobre 2019. Selon l’ABL, « l’annulation de ces opérations de change par inscription en compte libérerait (la BDL) de 10 à 15 milliards de dollars de dettes ». Carlos Abadi préconise aussi l’utilisation des quelque 15 milliards de dollars de réserves d’or de la BDL. Il prône aussi la reconnaissance des profits de seigneuriage (générés par la BDL) depuis 2020 (5 milliards de dollars).

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