Réagissant à l’appel de l’Ordre des Médecins à entamer des poursuites judiciaires à l’encontre des banques, l’avocat de l’Association des Banques du Liban Akram Azouri a exonéré les établissements bancaires de toute responsabilité dans la crise actuelle, désignant comme responsable le gouvernement Diab pour avoir déclaré le Liban en état de défaut de paiement.

Ce bras-de-fer intervient alors que les banques refusent de permettre aux hôpitaux privés de disposer des sommes transférées auprès de leurs comptes, souhaitant les obliger à payer en liquide leurs employés ou à transférer du liquide toujours en livre libanaise pour payer le personnel hospitalier. Les hôpitaux ont alors répliqué à cette mesure unilatérale en obligeant les employés des banques à payer la totalité de leurs frais hospitaliers en livre libanaise.

Cependant, Maitre Akram Azouri semble avoir oublié plusieurs choses…

D’une part, si le défaut de paiement a eu lieu en avril 2020 a été annoncé par le gouvernement Hassan Diab, la crise de liquidité des banques a, quant-à-elle, débuté dès mars et avril 2019, lors du gouvernement Hariri III, quand les banques locales ont elles-même limité, voire empêché les retraits en devises étrangères. Le facteur “temps” est un facteur cruel qui démontre que cette crise a débuté bien avant déjà le défaut de paiement sur les eurobonds.

On peut toujours discuter sur les causes de la crise financière, comme l’augmentation des salaires de la fonction publique lors du gouvernement Mikati II et du secteur privé lors du gouvernement Tamam Salam, mais le facteur essentiel est monétaire et lié au refus de dévaluer de manière souple la livre libanaise et la surévaluation depuis 25 de la monnaie locale dont la valeur réelle était à l’époque plus proche de 3000 LL/USD avant que la Banque du Liban avec des taux d’intérêts importants dont bénéficiaient avant tout les banques, ces 2 dernières années, augmente de manière importante la masse monétaire, induisant une détérioration brutale de la parité de la livre libanaise face au dollar. La crise que traverse aujourd’hui le Liban est de facto à 70% financière et liée à la Banque du Liban et aux banques libanaises quoi qu’elles prétendent.

Par ailleurs, rien n’obligeait techniquement les banques à investir en bons du trésor, en eurobonds ou encore en certificats de dépôt de la Banque du Liban, sauf la paresse et l’incompétence de leurs dirigeants. Ils auraient dû apprendre à mieux diversifier leurs investissements, à investir sur une économie réelle et non sur de la dette d’autant plus que ce défaut de paiement était devenu inévitable au regard des indicateurs économiques et cela depuis plusieurs années. On a eu le secteur du BTP qui a été impacté par la crise dès 2015, on a eu une inversion des flux financiers dès janvier 2019 et d’autres facteurs économiques ou financiers comme le retrait des banques étrangères du marché local, la nécessité pour la Banque du Liban de mettre en place des opérations d’ingénierie financière pour soutenir les banques constituaient des signaux d’alerte.

Rien n’obligeait les banques locale à transférer les dollars de leurs clients auprès de la Banque Centrale pour acheter en retour des certificats de dépôt en livre libanaise pour ainsi obtenir des taux d’intérêt importants, des taux qui constituent justement une échelle de risque, plus le taux étant élevé, plus le risque l’étant également et cela depuis bien des années, leur permettant d’engranger de manière bien fictive des profits, généralement distribués en dividendes à leurs actionnaires et non réinvestis dans l’économie pour créer des emplois, créer de la véritable richesse.

En effet, sur 60 banques locales, la plupart d’entre elles, à l’exception d’une seule, montrait des taux d’expositions alarmants au risque souverain. Cela constitue une mauvaise gestion type des risques, puisqu’on doit alors diversifier son portefeuille.

Il s’agirait également de leurs rappeler les rapports des agences de notation qui dégradaient les notes des obligations locales de l’état voire même, les notes des établissements bancaires, tout comme encore les rapports des organisations internationales comme le FMI qui s’alarmaient de la situation sans trouver, comme par hasard, le même écho alarmiste officiellement auprès des dirigeants des banques ou encore de la presse locale, spécialisée ou non.

Il faudrait également rappeler à Maitre Akram Azouri, que certains des membres de l’ABL, dès octobre/novembre 2019, en marge de réunions internationales, se trouvaient être en état de panique, jusqu’à évoquer une mise en faillite de leurs établissements et au-delà du secteur bancaire local en entier de manière officieuse, quémandant une aide et ainsi gagner du temps justement pour maintenir un secteur marqué par l’incompétence au détriment des déposants qui étaient abreuvés de promesses jusqu’à ce que la crise soit finalement officialisée par les autorités publiques en avril 2020 seulement.

L’état de défaut de paiement est une conséquence de la crise financière liée au secteur bancaire et non une cause et cela l’ABL ne souhaite pas le reconnaitre pour une raison très simple liée au fait qu’il s’agira alors d’obliger les banques et leurs actionnaires à devenir responsables et devoir porter leur part devenue principale de la restructuration du secteur bancaire.

Déjà, l’ABL était très clair lors de la présentation du plan du gouvernement Diab. Ils avaient annoncé l’activation de leur relais au sein du parlement en vue de minimiser les pertes du secteur bancaire en utilisant un taux de parité de 1507 LL/USD qui était devenu de facto obsolète, amenant à la polémique du chiffrage des pertes des banques, 20 milliards de dollars selon eux, 63 milliards de dollars selon le gouvernement Diab, un chiffre confirmé par le FMI au taux de 3 640 LL/USD. Depuis la situation sur ce point, en raison du temps perdu à la mise en oeuvre du plan Diab s’est aggravée et le taux désormais considéré est à 10 000 LL/USD (selon certaines sources du gouvernement Mikati et indirectement confirmé par un rapport de CitiGroup).

Depuis, ils ont tenté de faire porter aux déposants les pertes du secteur bancaire, via les fameuses circulaires de la Banque du Liban dont la circulaire 154 permettant le retrait de dépôts dollars au taux de 3900 LL/USD, voire même en proposant un haircut sous la table de 80% à leur clientèle.

Aussi aujourd’hui, ils tenteraient, via un gouvernement Mikati III, proche des banques, Najib Mikati étant lui même l’un des principaux actionnaires d’une banque alpha, d’imposer un nouveau plan consistant en un projet de liratification de 70% des dépôts dollars au taux de 10000 LL/USD, les 30% restant étant placés en obligations à long terme en dollar dont il reste à définir la nature et les conditions, notamment en raison de l’absence d’un marché secondaire mature au Liban.

Sur 100 dollars donc, 70 dollars qui sont considérés comme Lollards deviendront 700 000 livres libanaises soit une perte par rapport au marché noir de plus d’un million de livres libanaises, équivalent à un haircut de 66% … sur les sommes en livres libanaises sur l’équivalent de 70 usd ou de 26.25% sur les dépôts totaux en dollar… sans évoquer tout bail-out des actionnaires existants ou encore un bail-out partiel. Ce haircut n’aurait pas eu lieu si le plan Diab avait été appliqué, puisque 12.5% des sommes des comptes dépassant 500 000 dollars auraient été transformés alors en obligation à long terme, contrairement à ce que prétendait l’ABL qui évoquait un haircut de 12.5% sur ces mêmes comptes.

Ainsi le plan serait d’éviter toute restructuration du secteur bancaire, d’avoir toujours plus de 60 banques et non de liquider ou de fusionner ces dernières coupables de mauvaise gérance au mieux pour ne pas évoquer des délits d’ordre pénal. Cependant, ce plan n’est pas conforme à la vision du Fmi ou de la communauté internationale qui souligne que la restructuration y compris avec un bail out des actionnaires actuels des banques est nécessaire.

Ce plan sera probablement refusé par la communauté internationale qui insiste à ce qu’une restructuration profonde du secteur bancaire ait lieu, avec des liquidations, des mises en faillites, des regroupements ou des fusions. Il est en effet hors de question de laisser des personnes incompétentes ou très compétentes aussi dans le détournement d’argent, qui ont mis en place l’architecture de la crise financière décrite comme un véritable schéma de type de fraude dite Ponzi, diriger un secteur aussi essentiel d’un pays.

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