Le Parlement Libanais. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés
Le Parlement Libanais. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés

Aucune majorité claire ne se dégage désormais à l’issue du scrutin législatif du dimanche 15 mai marqué par la présence historique de 16 parlementaires issus de la société civile qui pourront jouer un rôle pivot dans la chambre à venir.

Le premier test sera l’élection du prochain président de la chambre des députés alors qu’à l’exception de Jamil Sayyed, tous les députés chiites appartiennent soit au mouvement Amal, soit au Hezbollah. Si les Forces Libanaises ont déjà indiqué qu’ils n’accorderaient pas leurs voix à Nabih Berri, seul candidat. Il reste à savoir comment se placeront ses alliés ou encore côté opposé les parlementaires du Bloc du Courant Patriotique Libre. Pour l’heure, aucune majorité ne peut se dégager pour cette élection.

Viendra ensuite la constitution d’un premier ministre puis d’un nouveau gouvernement. S’il est attendu qu’une majorité relative suffise à nommer le prochain locataire du Grand Sérail, le jeu des nominations reste ouvert. Cependant, il est trop tôt pour identifier de possibles candidats.

La constitution d’un nouveau gouvernement pourrait cependant prendre plus de temps alors que le temps manque aujourd’hui face à la crise économique que traverse le Liban.

Une majorité parlementaire difficilement trouvable

En effet, s’il faut revenir aux chiffres eux-mêmes, la coalition menée par les Forces Libanaises peut compter entre 49 à 51 députés, celle menée par le Hezbollah entre 56 à 61 députés et 16 députés sont donc indépendants. Le premier constat est donc que si la coalition Amal/Hezbollah/CPL a effectivement perdu la majorité absolue à la chambre, elle garde un léger avantage sur la coalition désormais menée par les Forces Libanaises au niveau des chiffres. Il lui serait techniquement plus facile de débaucher entre 4 et 8 députés indépendants – même s’il y a que ses adversaires qui devront débaucher entre 13 et 15 parlementaires indépendants au niveau des chiffres eux-même.

Des majorités difficilement imaginables

Cependant, il semble difficile pour les candidats issus de la société civile de rejoindre l’un ou l’autre bloc, par exemple il est inimaginable que 3 d’entre eux dont les communistes et l’unique député Sabaa élu au Nord du Liban puissent voter en faveur des Forces Libanaises ou que 8 députés qui ont basé une partie de leur programme sur le rejet du système politique ne puissent former une coalition gouvernementale avec Amal/le Hezbollah et le CPL.

L’un des principaux échecs des partis dits de la classe politique traditionnelle a été celui de la surenchère sur les armes du Hezbollah au lieu d’aborder la question de la détérioration des conditions sociales et économiques. Les résultats des sondages circulant avant le scrutin démontrait que la population était avant tout préoccupée par la crise économique à hauteur de 95% au lieu des armes seules du mouvement chiite. La percée des candidats de la société civile s’explique aussi par le rejet justement d’un système politique clientéliste et lié à des intérêts bancaires.

Ainsi, deux figures parmi les candidats, d’une part l’ancien ministre Marwan Kheireddine propriétaire de la Banque Al Mawarid ou encore l’ancien vice-président de la chambre Elie Ferzli, actionnaire de Banque et qui s’était illustré notamment par des propos très concertant concernant la nécessité pour les députés de mentir concernant l’état du système financier ont perdu face à des candidats indépendants et qui critiquaient justement ces liens.

Il est fort probable que ces candidats de la société civile ne pourront composer avec les partis actuels dans la constitution d’un nouveau cabinet.

Vers un cabinet d’union nationale des partis traditionnels et une opposition des députés de la société civile?

À ce niveau, il serait presque plus envisageable aujourd’hui de voir être constitué un gouvernement d’union nationale formé des mêmes partis qui nous gouvernent excluant alors les 16 candidats de société civile qui se retrouveront alors dans l’opposition, avec un deal sur les élections du président de la chambre et du prochain président de la république mais cela nécessite une entente préalable de la part de partis qui ont mené une importante surenchère électorale ces derniers mois. Ce type de gouvernement a nécessité d’intenses et longues négociations par le passé, équivalent même parfois à un accouchement, 9 mois comme ce fut le cas pour le gouvernement Saad Hariri II.

Si cela va à l’affrontement sur la question des élections, il est fort probable de voir Nabih Berri tout de même retrouver son perchoir, cette fois-ci avec une majorité relative au 3ème tour du scrutin comme prévoient les procédures à ce sujet. Cependant, cela aura un coût politique important puisqu’il s’agira du plus faible pourcentage de voix recueilli par Nabih Berri depuis sa première élection comme président du Parlement en 1992. Il en fera payer le prix politique à ses adversaires en retardant d’autant le processus de négociation.

Des retards probables en dépit de l’urgence économique et sociale

En effet, la situation économique et l’effondrement à venir faute d’un gouvernement fonctionnel capable de finaliser un accord final avec les instances internationales comme le FMI pourraient amener à une explosion sociale et économique comme le démontre la brusque détérioration de la parité de la livre libanaise face au dollar suite au scrutin et l’augmentation liée des prix comme ceux du pétrole ou encore l’arrêt probable et prochain des subventions accordées au pain comme cela est déjà le cas pour les médicaments y compris pour les personnes souffrant de maladies chroniques ou de cancers.

Nous n’avons plus le temps d’attendre la constitution d’un nouveau gouvernement face à cette crise sauf à vouloir mener à un effondrement social et économique encore plus grave que celui qu’on a connu ces 3 dernières années.

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