Lorsqu’on me demande de quel pays je viens, je réponds que j’habite le pays de la langue. Née citoyenne du monde, Claire , est polyglotte. Elle  se  sent bien dans de multiples langues étonnamment inscrites dans son milieu naturel, dans sa peau,  et son palais composé d’arcades polylobées , vibre  à bien des amplitudes. 

L’arabe littéral, proche du sémitique ancien avec un taux élevé de gutturales, l’hébreu, tous deux sémitiques, appartiennent à la grande famille des langues sémitiques, au même titre que l’akkadien, le phénicien, et l’hébreu. 

Le rameau occidental confinant à lui,  des langues germano-européennes telles l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le français, et l’italien. Elle passe d’une langue à l’autre au mépris du lecteur qui risque de se perdre.

Enfin, le japonais, plus exactement en transcription rōmanji  ou lettres latines, constitue avec les autres langues autant de ponts , de passerelles linguistiques , de ports , qu’elle décline, pour voyager et appréhender le monde.

Avec cette interjection, YA!, issue du parler libanais, mot autonome, dans sa forme exclamative,  l’auteur lance un appel à la ville de Beyrouth, pour exprimer son émotion  avec regret . Derrière la capitale du Pays des cèdres, un théâtre d’ombres chinoises, se mêle aux épisodes biographiques, traumatismes historiques, souvenirs de la guerre civile, et assiége l’auteur  dans ce témoignage.

Une traînée de poudre, une allumette qu’on gratte et la mémoire-feu se propage,  s’enflamme, en perd sang et âme, à travers des scènes qu’elle pensait enterrées, au fond de son être, mais qui renaissent pour la hanter sans cesse.

Avec cet épisode de confinement covidal, Claire replonge à l’époque où la guerre au Liban poussaient les libanais à se confiner dans les caves, à s’exclure de l’espace public, à se terrer dans les entrailles de la terre, à se cacher pour se protéger des éclats des obus de mortiers, des rafales de tirs. Aujourd’hui, il n’est point nécessaire d’attendre le vaccin contre le corona en 2021, puisqu’elle est déjà vaccinée par des années de guerre, sans répit. Le cataclysme que vit Beyrouth, dans ces déflagrations, ces milliers de victimes, ces morts, ces familles sans-abri , ces bâtiments effacés, ville et vies soufflées, je ne peux que m’incliner , demander le pardon au nom de toutes les victimes et crier ma douleur ‘’ YA BEYROUTH’’.

YA LUBNAN !

L’auteur parle tout seul, mais peu l’écoutent. 

Cela ne tient qu’à vous lecteur de la suivre.

Ma foi, tant pis, elle aime se perdre dans les ruelles de la guerre, les dédales de sa mémoire, dans une collection à laquelle personne n’a accès dont ce livre est la clef. 

Ecrits en 2007,  ‘’Les petits poèmes en gnose ‘’ vont retrouver vie en cette période de la covid -19. Avec ce confinement, qui lui semble dérisoire comparé à la guerre qui a sévi au Liban et qu’elle a subi, revenir en arrière a été un jeu d’enfant, cruel mais amusé , de sang et de papier.. 

Puisque le ciel est muet, le temps figé, le pays suspendu, la vie étranglée, les ourlets du soleil défaits, les coutures de la mémoire se sont ouvertes laissant place à un champ miné de souvenirs parfois amers, en français, perdus en anglais sur une réalité de treize ans toujours d’actualité.

Le vent souffle et sème à tout vent, des maux sans remède, des mots sans masque, des postillons d’histoire que la langue brode pour dire les lignes de la vie.  Avec YA BEYROUTH ! et YA LUBNAN ! , Claire compte neuf publications, toutes dédiées au Liban , et continue d’espérer que la poésie, portera sa voix , en écho à celle du peuple libanais meurtri, pour  que notre  ‘’homme malade  du XXI è  siècle‘’se rétablisse rapidement , retrouve sa dignité, sa gloire d’antan et une place honorable. 

Cette voix dans le désert, qui crie , se veut fervente, éloquente, et prophétique, nous invite à nous transformer intérieurement dans notre libanité profonde, enracinée en la foi d’un pays  éternel, ruisselant de lait et de miel, afin de retrouver la vie, aspirer à un désir d’avancer, coûte que coûte…

Claire Aoun

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