L’ancien premier ministre Hassan Diab dont la présence est également demandée par le juge en charge de l’instruction de l’explosion du port de Beyrouth est arrivé ce mercredi au Liban alors que la situation reste tendu. Un mandat d’amené pèse sur lui après qu’il ne se soit pas présenté devant le juge Tarek Bitar, le 20 septembre dernier. Il avait alors quitté le Liban avant ce rendez-vous judiciaire pour une visite privée aux Etats-Unis.

Il est reproché à l’ancien premier ministre d’avoir été informé de la présence de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium en juillet dernier, 2 semaines avant l’explosion du 4 août qui a fait plus de 200 morts et plus de 6500 blessés sans en avoir ordonné le retrait.

Pour sa part, Hassan Diab estime être innocent, estimant ses prérogatives insuffisantes à l’époque pour procéder au retrait de cette marchandise du port de Beyrouth et se retranche derrière l’immunité de principe dont jouissent les anciens premiers ministres.

Pour rappel, le prédécesseur du juge Tarek Bitar, le juge Fadi Sawwann avait déjà demandé à interroger l’ancien premier ministre Hassan Diab qui s’était alors retranché sous l’immunité dont jouissent les premiers ministres, tout comme les anciens ministres des finances Ali Hassan Khalil, des travaux publics Ghazi Zoaiter, 2 proches du président de la chambre des députés Nabih Berri, de l’ancien ministre des transport Youssef Fenianos, ou encore de l’intérieur, Nouhad Machnouk, membre du Courant du Futur de l’ancien premier ministre Saad Hariri.

Cette demande d’interrogatoire de l’ancien premier ministre avait provoqué l’ire de la communauté sunnite qui y voyait là une infraction aux prérogatives attribués au premiers ministres et de ses dirigeants dont les anciens locataires du Grand Sérail, Saad Hariri, Tamam Salam, Najib Mikati qui pourraient également être inquiétés par l’enquête en cours ou encore Fouad Saniora.

L’Histoire d’un navire poubelle dont la cargaison échoue au port de Beyrouth

Tout commence en 2013, sous le mandat du premier ministre Tamam Salam, quand un cargo battant pavillon moldave, le Rhosus avec à son bord 2750 tonnes de nitrate d’ammonium faisait route depuis le port de Batumi en Géorgie jusqu’au Mozambique. Cette marchandise avait été achetée par International Bank of Mozambique for Fábrica de Explosivos de Moçambique. 

L’armateur, qui a en réalité loué le navire, un certain Igor Grechushkin, serait un ressortissant russe résidant à Chypre. Ce dernier avait reçu la somme d’un million de dollars pour transporter cette marchandise considérée comme dangereuse jusqu’au port de Beira au Mozambique. 

Quant au capitaine du navire, il s’agirait un certain Prokoshev qui aurait pris les commandes du navire en Turquie, suite à une mutinerie de son équipage précédent qui n’avait pas été payé. 

Puis Grechushkin aurait indiqué au capitaine ne pas disposer de fonds suffisant pour payer le passage via le canal de Suez. Il aurait ordonné de charger d’autres marchandises à Beyrouth afin de payer cette somme. Ces marchandises ne pourront cependant être mises à bord du cargo. Selon le capitaine, suite à une inspection, les autorités libanaises auraient retiré le certificat de navigabilité du navire et auraient ordonné son maintien au port de Beyrouth jusqu’au paiement des frais d’accostage et de frais annexes. L’armateur du navire Grechushkin, contacté par l’équipage pour assurer le paiement de nourriture, de fioul et d’autres frais annexes sera injoignable. 

Cependant, cette version est contredite par les autorités libanaises qui évoquent une avarie de son moteur, le navire sera d’abord remorqué à Beyrouth le 21 novembre 2013, précise le ministre des Transports d’alors Ghazi Aridi.

6 membres de l’équipage pourront quitter le navire mais 4 membres, le capitaine et 3 ressortissants ukrainiens resteront à bord de ce dernier. Ils ne pourront cependant pas le quitter en raison des restrictions imposées par la loi libanaise et en arriveront à mendier nourriture et eau selon les avocats qui ont pris en charge ce dossier. 

Les avocats du bureau Baroudi and Partners représentant cet équipage ont également alerté les autorités libanaises de la dangerosité de la cargaison. Finalement, ils pourront rentrer chez eux en août 2014 après que Grechushkin ait accepté de payer le voyage du retour de ces derniers et que la cargaison n’ait été déchargée que le 27 juin 2014, sous le mandat de Najib Mikati.

C’est alors que les autorités libanaises ont du prendre en charge la marchandise. 

Quant au navire, il sombrera en 2015. Selon les témoignages de son équipage, ce dernier souffrait dès son départ de Turquie, d’une importante voie d’eau nécessitant de faire marcher ses pompes de manière continue. 

Des responsabilités multiples mais avant tout, la faillite d’un système paralysé

Selon les informations disponibles à l’heure actuelle, les autorités sécuritaires dont celle des douanes et les responsables du port et des douanes se sont adressés à 5 reprises, entre 2014 et 2017 alors que Saad Hariri occupait le Grand Sérail, à la justice locale pour obtenir les autorisations nécessaires pour pouvoir se débarrasser de cette marchandise stockée dans des conditions inadéquates et dangereuses dans l’entrepôt Amber 12 du port, situé entre le 3ème et le 4ème bassin. 

Dès mai 2016, Chafic Marhi, le directeur des douanes d’alors, avait noté sur sa demande qu’il existait “un danger sérieux posé en gardant cette cargaison dans les entrepôts dans un environnement inapproprié.” Dans cette même lettre, il demandait à ce que “l’agence maritime puisse réexporter ce matériel immédiatement”. 

Par la suite, un an plus tard, en 2017 donc, l’autorité de la douane a proposé d’autres solutions, comme la donation de ces tonnes de nitrate d’ammonium à l’armée libanaise, la vente via la compagnie Libanaise pour les Explosifs sans toutefois obtenir une réponse des autorités judiciaires. 

Cette version est confirmée par le directeur général du port de Beyrouth, Hassan Koraytem, a qui la justice libanaise aurait promis que le navire et sa marchandise seraient mis en vente aux enchères, ce qui ne se produira pas… jusqu’à aboutir à la catastrophe du 4 août, une journée funeste marquée par la destruction, outre du port, d’une grande partie de la partie est de la ville de Beyrouth avec le cortège de ses nombreuses victimes. 

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