Le 5 mars, à Bkerké, au siège du patriarcat maronite, se tenait le lancement officiel du synode consacré aux femmes, en présence notamment de Sa Béatitude, le cardinal Bechara Rahi, et du nonce apostolique, Mgr Joseph Spiteri. Pour mettre en lumière cette première historique dans les Églises orientales, Libnanews donne la parole à deux intervenantes majeures de l’événement : le professeur Mirna Abboud Mzawak, coordinatrice du Bureau pour la Pastorale de la femme à la curie patriarcale, et le professeur Souraya Bechealany, ancienne Secrétaire générale du Conseil œcuménique des Églises du Moyen-Orient, membre du mouvement marial La Libanaise-Femme du 31 mai, co-fondé par Jocelyne Khoueiry. Jocelyne Khoueiry dont la présence planait sur cette manifestation.

Jocelyne Khoueiry sur l’écran projeté derrière les intervenants.
Reproduction du panneau de l’événementon. On trouve de gauche à droite, le Pr Souraya Bechealany, Chiraz Aouad la Présidente de La Libanaise – Femme du 31 mai, et le Pr Mirna Mzawak.

Dr Mirna Mzawak

« Ce synode sur la femme est une première : il n’y en a jamais eu dans les Églises orientales en général, et dans l’Église maronite en particulier. Le projet de lancement d’un synode spécial consacré à la présence et à la mission des femmes a été approuvé en juin 2021 par le synode des évêques maronites qui nous en a confié la préparation. Le but est que la femme prenne sa place, qu’elle vive sa vocation de porteuse du message d’amour et de sainteté. Aujourd’hui, elle est en train de le faire dans certains domaines, mais pas dans tous.

Quand nous avons commencé à travailler, du temps où Jocelyne Khoueiry était encore vivante, nous avons relevé que, dans nos Églises orientales, il n’y avait aucun texte sur la femme, d’où notre engagement. Puis, toujours avec Jocelyne Khoueiry, nous avons considéré qu’il ne fallait pas seulement un texte fondateur sur la femme – qui serait certes la base –, mais un processus synodal à travers lequel apparaîtraient tous les défis que la femme est en train de vivre au Liban et dans le monde entier. Ainsi, toutes les instances de la société, civile ou ecclésiale, seraient impliquées.

Au niveau de la représentativité et du travail sur le terrain, nous sommes œcuméniques (catholiques, orthodoxes, évangélistes) et nous touchons les écoles, les universités, les ONG, les mouvements apostoliques. Concernant les diocèses, en revanche, seuls les diocèses maronites sont concernés pour l’instant. La démarche se déroule par étapes : nous avons fondé des comités diocésains de femmes, mis en place beaucoup de formation, etc., jusqu’à parvenir à ce processus synodal. L’enjeu est que toutes les femmes se mobilisent.

J’évoque Jocelyne Khoueiry, car elle est à l’origine de cette initiative : elle a été le levain dans la pâte. L’esprit synodal existait dans notre Bureau, de même que la structure synodale dans la façon de travailler. Mais le fait de commencer avec un texte fondateur, et que ce texte ait une dimension synodale, nous le devons à Jocelyne.

Au cours du synode nous voulons lui consacrer une journée. Il faut penser cela avec  son mouvement, La Libanaise-Femme du 31 mai, parce que nous ne voulons pas quelque chose de formel fait simplement de discours. Nous souhaitons que cette journée s’intègre dans le processus synodal comme l’une des étapes. »

Dr Souraya Bechealany

« Le département de la Pastorale de la femme a fait appel à moi et à plusieurs personnes afin d’accompagner le processus synodal. Nous avons créé une équipe de 9 experts : un comité stratégique œcuménique constitué de théologiens, biblistes, anthropologues, philosophes. Dans la phase actuelle du processus synodal, nous sommes en train de rédiger un document qui sera soumis au synode des évêques et au patriarche en juin 2023 pour ratification et validation. Le but de ce document est de lancer la deuxième phase du processus qui consiste en la mise en place de structures et de stratégies qui permettent à la femme d’avoir réellement voix au chapitre, et d’affirmer son rôle dans l’Église et dans la société, tant dans la gouvernance que dans la décision, selon le charisme que le Seigneur lui a accordé.

Le texte que nous élaborons est soutenu bibliquement, théologiquement, anthropologiquement, philosophiquement, de même que par les questionnaires et enquêtes de terrain réalisées auprès du peuple de Dieu. Ce n’est pas un texte féministe au sens occidental du terme, mais en faveur de la femme, selon les aspirations du pape François. Nous voulons que ce texte soit profond et consistant.

Enfin, nous espérons qu’il sera reçu « activement » dans les diocèses maronites du monde entier, qu’il sera accueilli œcuméniquement, co-signé par d’autres Églises (notamment catholiques), et nous avons l’ambition de le soumettre également à l’inter-religieux dans la région. »

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