Sous Emmanuel Macron, la France, «puissance d’équilibre» s’est révélée une «puissance en perte d’équilibre».

Madaniya -La France exerce depuis le 1er janvier 2022, pour six mois, la treizième présidence du Conseil de l’Union européenne (PFUE) de son histoire. Il s’agit d’une grande première pour Emmanuel Macron. Avec une différence notable par rapport à la dernière présidence française assumée par Nicolas Sarkozy en 2008 (juin-décembre), celle de 2022 est le premier sommet post-Brexit présidé par un Français, par ailleurs candidat à sa propre ré-élection.

A la veille de sa prise de fonction, l’Élysée a théorisé le nouveau positionnement international du pays, actant le déclassement de la France, en l’enjolivant par cette formule qui n’abuse que les niais: «La France, puissance d’équilibre». Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, avait, auparavant, pris note de la relégation française, par une formule toute en subtilité visant à amortir le choc du déclassement: «La France une puissance moyenne d’influence mondiale».

Sur cette notion, cf. ce lien: 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/12/la-politique-etrangere-de-la-france-de-maxime-lefebvre-cette-vieille-nation-puissance-moyenne-d-influence-mondiale_5509416_3232.html

Dans les deux définitions, le constat s’impose dans toute sa cruauté, à savoir que la France a cessé d’être une grande puissance pour se fondre dans la cohorte des puissance moyennes, au même titre que la Turquie, –l’ancien partenaire de la France dans la guerre de destruction de la Syrie mais désormais son rival tant en Syrie, qu’en Libye, qu’en Mer Égée et en Afrique, qui dispose de surcroît de la première armée de terre de l’OTAN–, voire du Brésil, de l’Afrique du Sud et du Pakistan, –trois membres de plein droit du BRICS–, le nouveau contrepoids indispensable à l’équilibre du Monde au terme de six siècles d’hégémonie absolue occidentale sur le reste de la planète.

Retour sur ce borborygme lexical français et sur le bilan diplomatique de la mandature Macron.

Réactualisation d’une intervention à l’Académie Géopolitique Internationale de Paris –Amphithéâtre Cauchy, La Sorbonne– 23 juin 2016

De la politique arabe à la politique sunnite à la politique wahhabite, à la caution à un prince héritier criminel de la lignée Ben Salmane.

En un demi siècle (1967-2017), la diplomatie française en direction de la rive méridionale de la Méditerranée a subi des infléchissements successifs pour déboucher sur une alliance contre nature avec le pays le plus antinomique de son héritage politique, passant ainsi, par dégradés successifs de la politique arabe, à la politique sunnite à la politique wahhabite.

Depuis cette intervention de l’auteur de ces lignes, le post gaulliste Nicolas Sarkozy, le post socialiste François Hollande , -et le «en même temps» post gaulliste et post socialiste- Emmanuel Macron ont amplifié cette dérive pour conduire la France à cautionner «en même temps» et la branche Ben Salmane de la dynastie wahhabite et le criminel prince héritier du Royaume saoudien Mohamad Ben Salmane, au mépris des règles de la morale et de la succession saoudienne, régie par la Loi de la Primogéniture.
L’amplification de cette dérive s’est produite, parallèlement, au déclassement de la France dans les rangs de la hiérarchie mondiale, de l’aveu même des dirigeants français, passant, là aussi par dégradé successif, du rang de «grande puissance», au rang de «puissance moyenne d’influence mondiale» (Hubert Védrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, à «puissance affinitaire» dans la guerre de Syrie, enfin au rang de «puissance d’équilibre», selon l’expression d’Emmanuel Macron.

Le «printemps arabe» (2011-2016), le saccage des atlantistes philo sionistes, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Cinquante cinq ans après l’agression tripartie de Suez contre le chef mythique du nationalisme arabe, le président égyptien Gamal Abdel Nasser, en 1956, la France était à nouveau saisie d’un prurit belligène ravageur contre les pays arabes à structure républicaine. Avec une différence de taille toutefois: Si l’agression tripartite de 1956 avait coalisé le Royaume Uni et la France, -les deux puissances coloniales majeures du Moyen orient à l’époque- avec leur créature Israël, l’aventurisme belliciste de 2011 aura fédéré les anciennes puissances coloniales reconverties dans l’honorabilité de «grandes démocraties occidentales» et les régimes les plus obscurantistes de la planète, les pétromonarchies du Golfe et leur traditionnel chair à canon, les groupements terroristes islamistes. Une combinaison fatale à la France. La nouvelle équipée coloniale franco-britannique, en 2011, a visé tout à la fois la Libye et la Syrie, deux pays sans endettement extérieur, de surcroît, deux alliés de la Russie et de la Chine, les deux puissances contestataires de l’hégémonie occidentale sur la planète.

La Libye.

Percée de la diplomatie gaulliste dans la décennie 1070, la Libye a été détruite et le pré carré français en Afrique durablement déstabilisé, 40 ans plus tard, par Nicolas Sarkozy un post gaulliste, « le premier président de sang mêlé» de France, tel qu’il s’est défini avec ce terme de grande ambiguïté, sans préciser la nature de ce métissage: Franco hongrois? Ou Judéo chrétien?
Menée contre un pays sunnite à structure républicaine en coalition avec les pétro-monarchies wahhabites, la guerre contre la Libye a marqué un nouvel infléchissement de la «politique arabe du Général de Gaulle», réduite désormais à une solidarité avec les pays musulmans sunnites d’obédience exclusivement wahhabite, à structure monarchique.
La Libye a en effet scellé la nouvelle politique arabe du pouvoir français dans ses deux versions -post gaulliste et socialo-motoriste. Une politique de substitution. Une politique d’alliance avec le wahhabisme (Arabie saoudite, Qatar) et le néo islamiste turc Erdogan en substitution à la politique sunnite, prolongée par une solidarité avec la droite israélienne au point que le socialo motoriste François Hollande ira même jusqu’à assurer Benyamin Nethanyahu dans sa cuisine qu’il dénichera toujours une «chanson d’amour pour Israël».

Palestine/Emmanuel Macron: Les Palestiniens en catimini.

Le président Emmanuel Macron a effectué les 22 et 23 janvier 2020 la première visite officielle en Israël de son quinquennat à l’occasion de la commémoration du 75e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau.

Un déplacement caractérisé par un traitement en catimini des Palestiniens avec une visite nocturne à Ramallah, siège de l’autorité palestinienne, pour un bref entretien avec M. Mahmoud Abbas, une photo en pénombre de leur rencontre et l’absence de la moindre mention des droits des Palestiniens dans ses nombreux discours en Israël.
Le plus jeune président de la V me République française s’est contenté d’évoquer l’acceptation de l’«autre» comme s’il s’agissait d’une entité anonyme et non de la population originelle de la Palestine, évoquant à diverses reprises Jérusalem, sans spécifier le cas de Jérusalem Est. Sa gesticulation dans l’enceinte du couvent Sainte Anne, qui se voulait un remake de la gestuelle chiraquienne, n’a abusé personne, sauf ses laudateurs.
Le déplacement du président français en Israël a été précédé, un mois plus tôt, le 3 décembre 2019, par l’adoption par l’Assemblée Nationale française, à l’initiative de «La République en Marche», le parti présidentiel, d’une proposition de résolution assimilant la critique du sionisme à une forme d’antisémitisme.
Dans ce texte controversé, adopté à une très faible majorité, son auteur, le député LRM, Sylvain Maillard, a proposé au Parlement français l’adoption de la définition de l’antisémitisme telle qu’elle est formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

Une législation d’autant plus mal venue alors que l’organisation non gouvernementale américaine Human Right Watch accusait l’état hébreu de commettre «un crime d’apartheid».

Pour aller plus loin sur ce thème : 

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/01/12/pour-la-premiere-fois-une-organisation-israelienne-b-tselem-denonce-un-regime-d-apartheid_6065937_3210.html

Le Jupiter de France subira d’ailleurs un brutal rappel à l’ordre avec la pluie de roquettes palestiniennes qui s’est abattue sur les villes israéliennes, le 12 Mai 2021, réduisant à néant sa jonglerie diplomatique en Terre Sainte, en confirmant de manière indubitable la centralité de la question palestinienne dans la géopolitique du Moyen Orient.

Faisant date dans l’histoire du conflit israélo-palestinien par sa forte charge symbolique et son intensité, la riposte balistique du Hamas au grignotage israélien du secteur arabe de Jérusalem a mis un terme à la lévitation diplomatique du balnéaire du Touquet, apportant au passage la démonstration que le ciel israélien est devenu une passoire devant des roquettes de fabrication artisanale, plaçant en porte à faux le leadership sunnite arabe à la suite de sa reptation collective devant l’État Hébreu.
La Légion d’Honneur pour un ancien dirigeant du Bétar.
Circonstance aggravante, Emmanuel Macron décernera, dans la promotion du nouvel an 2022, à la veille d’un semestre préludant à sa campagne pour sa réélection présidentielle, la médaille de Chevalier de la Légion d’Honneur à Francis Kalifat, Président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France). Cette distinction récompense en principe les citoyens pour leur engagement et leur mérite.
L’engagement de Françis Kalifat, voire son mérite, est d’avoir été un ancien militant de l’organisation juive d’extrême droite «Le Bétar», dans une démarche qui s’apparente à un contre feu électoraliste à la candidature présidentielle d’Eric Zemmour, le juif pied noir revanchard, coqueluche de l’ultra droite.
Son prédécesseur post gaulliste, le «sang mêlé» Nicolas Sarkozy s’était refusé à se rendre à Ramallah pour éviter de se recueillir devant le mausolée du chef du combat palestinien Yasser Arafat, convoquant son successeur à Jéricho, qualifiant la bande de Gaza, de Hamastan, par dérision envers le plus grand camp de concentration à ciel ouvert. Un acte d’une grande désobligeance qui fut fatale à sa longévité politique.

Liban: Le Tribunal Spécial sur le Liban et l’Affaire Georges Ibrahim Abdallah

Emmanuel Macron a voulu célébrer le 1er septembre 2020, en grande pompe, le premier centenaire de la proclamation du «Grand Liban», dans une démarche incantatoire, passéiste, nostalgique d’une grandeur flétrie d’un pays jadis à la tête d’un des deux grands empires mondiaux, relégué désormais au rang de 7eme puissance économique mondiale.

Et, sur le plan local, réduit à sa portion congrue au Liban du fait des ravages du confessionnalisme, –une création française–, qui a gangrené la vie politique libanaise, de même que de sa politique erratique en direction du Monde arabe.
La visite de solidarité d’Emmanuel Macron à Beyrouth, le 6 août 2020, au lendemain de l’explosion dévastatrice de la capitale libanaise n’a pu gommer de la mémoire du peuple libanais le comportement hideux de son ancienne «tendre mère» à son égard; A savoir la mise sur pied du Tribunal Spécial sur le Liban, (Tribunal Hariri), et le déni de droit commis par la «Patrie des Droits de l’Homme» dans l’affaire Georges Ibrahim Abdallah.
Tribut de Jacques Chirac à son pensionnaire posthume, le milliardaire saoudo-américain, ce drôle de tribunal a été crée en vertu d’une imposture juridique- la théorie de la «responsabilité induite de la Syrie et du Hezbollah»- afin de criminaliser la Syrie et le Hezbollah, dans une démarche qui s’est apparentée à une sorte de la «reconnaissance du ventre» du président français à son pensionnaire posthume, son ami le milliardaire assassiné, chef du clan saoudo-américain au Moyen-Orient.
Plutôt que de s’en démarquer, comme pour s’exonérer des dérives de ce montre juridique, Emmanuel Macron a, au contraire, promu au poste stratégique de Directeur de la DGSE, Bernard Emié, l’ancien pro consul français au Liban du temps du duo Hariri Chirac, dont Le forcing diplomatique a été à l’origine de la mise en place d’un Tribunal Spécial sur le Liban.
Une plaisanterie de très mauvais goût de la part d’un pays qui se prétend «grand ami du Liban» dont la boursouflure intellectuelle a néanmoins empoisonné la vie politique libanaise pendant deux décennies et grevé la trésorerie libanaise d’un pays impécunieux de plusieurs centaines de millions de dollars. Drôle d’ami.
La déambulation de M. Macron à Gemayzeh, dans le secteur chrétien de Beyrouth, dont l’artère principale porte le nom anachronique du Général Gouraud, a marqué incontestablement du «retour du refoulé» dans le subconscient français en ce qu’elle visait à exalter la splendeur nostalgique des temps du mandat français au sein d’une population plongée dans les affres d’un désespoir sans fin.

Une démarche d’une démagogie consommée pour un président qui a ordonné la répression de ses propres «gilets jaunes» à coup d’une arme sublétale, le LBD (Lanceur de balles de défense» (LBD), incompatible avec la connivence manifestée par le président français avec les révoltés libanais.

Pour aller plus loin sur ce thème, cf: 

https://www.middleeastmonitor.com/20200816-hands-off-lebanon-macrons-self-serving-new-pact-must-be-shunned/

Autre tortuosité française à l’égard du Liban: La non moins hideuse manipulation de Manuel Valls, lequel, –obéissant aux injonctions américaines–, avait refusé de signer l’ordre d’expulsion de Georges Ibrahim Abdallah, bloquant la libération du militant communiste libanais, laissant du même coup la France s’empêtrer dans un imbroglio juridique inextricable.
Novice, Emmanuel Macron avait formulé une offre à proprement parler ahurissante, à savoir que l’«Emmuré de Lannemezan» fasse acte de contrition, alors que le doyen des prisonniers politiques en Europe avait été condamné pour un crime qu’il n’avait pas commis et qu’il avait accompli sa peine d’une manière exemplaire, qu’il avait purgé au delà de la durée légale pour laquelle il a été condamné.
La fréquentation assidue des ruelles du Touquet ne prédispose pas assurément à une assimilation pertinente des règles du combat politique. Georges Ibrahim Abdallah est déjà entré dans l’histoire, figure inoxydable du combat contre l’arbitraire, alors que qu’Emmanuel Macron ne figurera tout au plus que dans les annales des pensionnaires de la Ve République.
Mèche à combustion lente, l’affaire Georges Ibrahim Abdallah carbonise désormais, insidieusement mais sûrement, la relation entre la France et le Liban.
Dernier et non le moindre des arguments: Au delà des considérations humanitaires, la précipitation d’Emmanuel Macron au Liban a répondu de manière sous-jacente au souci de la France de marquer son territoire dans son ancienne chasse gardée face à la Turquie, sur fond d’une épreuve de force entre Ankara et Paris en Méditerranée pour la prospection des richesses énergétiques offshore, alors que la France a déjà perdu la Syrie et que la gangrène néo ottomane gagne le nord Liban sunnite et que le président Erdogan vise à établir une ligne démarcation de sa zone d’influence allant de Tripoli (Libye) à Tripoli Liban).

Dans cette perspective, l’amputation du district d’Alexandrette de la Syrie et sa cession à la Turquie, -l’ennemi de la France lors de la 1 ère guerre mondiale et le massacreur des Arméniens-, prend rétrospectivement une saveur particulière.
Le face à face franco turc contemporain prend une saveur d’autant plus piquante lorsque l’on songe que Paris et Ankara ont été les principaux partenaires de la destruction de la Syrie au début de la séquence dite du «printemps arabe», en 2011.
Ce parcours chaotique, cahoteux, n’a suscité la moindre interpellation de la représentation nationale, ni le moindre justificatif gouvernemental. Une parfaite illustration du fonctionnement de la démocratie à la française…. et de la rationalité cartésienne.

François Hollande

Auparavant, l’homme qui avait mené deux batailles au Mali et en Syrie, avait renoncé à livrer bataille sur le plan intérieur pour défendre son bilan. Pour un foudre de guerre sur la scène internationale, ce renoncement a retenti comme une capitulation en rase campagne. Une implosion en plein vol. Pis! Accueilli en grande pompe par Benyamin Netanyahou, dès son atterrissage à Tel-Aviv, François Hollande entendait visiblement faire honneur au «tapis rouge» que le premier ministre droitier avait annoncé dérouler pour la visite du président français. Au point de le clamer, en hébreu dans le texte: «Je resterai toujours un ami d’Israël».

Une déclaration qu’aucun des présidents français n‘avait osé faire auparavant, pas même Nicolas Sarkozy, qui passait jusqu’à présent comme le plus philo-sioniste des dirigeants français. Chapeau l’artiste socialiste tel qu’en lui-même l’éternité le figera. L’ancien socialiste ira même jusqu’à avouer se proposer de chanter d’une chanson d’amour pour Israël. Sa connivence avec le premier ministre israélien représentant la tranche la plus extrême du populisme et de la xénophobie, tranchera avec le morceau de bravoure de son prédécesseur socialiste, tançant la représentation nationale israélienne, et, du haut de la tribune de la Knesset, plaidait pour la nécessité de la création d’un état palestinien.
CF: Le «chant d’amour» de François Hollande «pour Israël et ses dirigeants». «JE RESTERAI TOUJOURS UN AMI D’ISRAËL» «Tamid esha’er haver shel Israel !»
Tant François Hollande que son ancien ministre de l’économie, «Le traître et le néant» Emmanuel Macron, -pour reprendre le titre d’un ouvrage de deux journalistes du journal Le Monde Fabrice Lhomme et Gérard Davet-, se situent à des années lumières de la «politique arabe de la France» initiée par le Général de Gaulle.

La Syrie

La Syrie apparaîtra rétrospectivement comme l’ultime expédition post coloniale d’un pays en déclin. Un fait acté par son déclassement au rang de «pays affinitaire» par les États Unis alors qu’elle faisait office de chef de file de la coalition internationale dans la guerre de destruction contre un pays, anciennement sous son mandat.
Au terme d’une double décennie calamiteuse, le pays de la laïcité et de la loi sur le séparatisme, apparaît ainsi comme le grand perdant de la mondialisation, le grand perdant de l’européanisation du continent sous l’égide de l’Allemagne, le grand perdant de la bataille de Syrie, de Libye et de Crimée, le grand perdant de la pandémie du Covid et de l’Afrique.
Un bilan d’autant plus consternant que la France est ainsi le seul pays membre permanent du Conseil de sécurité à n’avoir pas réussi à produire un vaccin contre le Covid, alors qu’un petit pays de l’importance de Cuba a pu réaliser cet exploit. C’est dire l’ampleur de la déconfiture.

Un Moyen Orient sous la coupe atomique d’Israël

Dans son discours prononcé mercredi 24 avril 2018 devant le Congrès américain, M. Emmanuel Macron se proposait d’aménager un Moyen orient placé sous la coupe atomique d’Israël. «L’Iran n’aura jamais d’arme nucléaire.

Ni maintenant, ni dans cinq ans, ni dans dix ans», a déclaré le président français, s’engageant en outre à réduire la capacité balistique de la République islamique iranienne de même que son influence régionale au Yémen, en Irak et au Liban, sans accompagner cet engagement d’une mesure de réciprocité concernant le désarmement nucléaire d’Israël.
Dindon de la farce, Emmanuel Macron a dû donner un violent coup de barre à sa politique moins d’un mois après sa profession de foi pour éviter le ridicule, en ce que l’idylle Macron Trump tant célébrée par la presse française a finalement débouché sur une fracture transatlantique sur fond d’une guerre commerciale potentielle des États-Unis contre l’Union Européenne du fait du retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien.
Pis, le sommet du G7, le 10 juin 2018, a viré lui aussi au fiasco avec un tweet rageur de Donald Trump qui a complètement torpillé l’accord final. Avec dédain, la Russie a d’ailleurs refusé de réintégrer le barnum occidental préférant se tenir à distance du capharnaüm, qui s’est déroulé en toile de fond du sommet tripartite de Shanghai (Chine, Russie, Iran). Anormalement négligé par la presse occidentale, ce sommet, tenu le même jour que le G7, a mis au point la stratégie de riposte de l’axe de la contestation à l’hégémonie atlantiste, par un soutien multiforme à l’Iran.
Au delà du psychodrame occidental, la posture diplomatique de Jupiter de France a ainsi révélé les objectifs inavoués de la diplomatie française sous sa mandature: Un Moyen orient dénucléarisé, à faible capacité balistique iranienne, placé sous la coupe atomique d’Israël. Un pays qui dispose pourtant d’un arsenal de près de deux cents ogives à charge nucléaire, soustrait à tout contrôle international. Mais ce fait là, le petit génie de la vie politique française feint de l’ignorer.

Le Trafalgar diplomatique dans le Pacifique

De surcroît, le Trafalgar diplomatique que lui ont infligé dans le pacifique ses deux meilleurs alliés occidentaux, les États Unis et le Royaume Uni, en éjectant sans ménagement la France du marché des sous marins pourtant conclus avec l’Australie, aura achevé de sanctionner cette évolution. L’accord AUKUS (pour «Australia», «United Kingdom» et «United States»), mis en place pour contrer la Chine, -une alliance entre ces trois «démocraties maritimes»-, signifie de fait une marginalisation de la France et de l’Europe dans l’espace indo-pacifique, un vaste espace maritime, allant de la côte est de l’Afrique à la façade Pacifique des États-Unis.

Une région clé du XXIe siècle.

Hubert Védrine, ancien conseiller diplomatique du président socialiste François Mitterrand (1981-2005) et ancien ministre des Affaires étrangères (1997-2002)-, autrement dit un hiérarque au cœur du pouvoir décisionnaire de l’État français pendant 19 ans – avait acté le déclassement de la France, qualifiant son pays de «puissance moyenne d’influence mondiale». Un oxymore, sans doute pour amortir le choc psychologique du déclassement en ce que la France n’était plus qualifiée de «Grande puissance».

Le Golfe : La France «puissance d’équilibre» ? Vraiment ?

En route pour le Golfe, en décembre 2021, Emmanuel Macron a théorisé la nouvelle fonction stratégique et diplomatique de la France, en soutenant contre toute vraisemblance que la France se positionnait en «Puissance d’équilibre». Soit, mais alors comment expliquer la vente de 80 rafales aux Émirats Arabes Unis, un pays agresseur du plus pauvre pays arabe, le Yémen, en toute impunité, en tandem avec son compère saoudien, sans le moindre succès militaire?

En sept ans de guerre, jamais la France n’a songé à forcer le blocus qui frappe le Yémen pour assurer une assistance humanitaire à un pays ravagé par la soldatesque pétro monarchique. A croire que l’ingérence humanitaire- une notion pourtant bien française- se défile dès lors que se profile la perspective de rétrocommissions à l’horizon.

Puissance d’équilibre? Soit, mais alors comment expliquer le fait de rencontrer en Arabie saoudite le prince héritier saoudien Mohamad Ben Salmane, le réhabilitant alors que l’équarrisseur du journaliste saoudien Jamal Kashoggi, est frappé d’ostracisme par la communauté internationale y compris par Joe Biden, président des États Unis, le pays qui constitue le meilleur allié du Royaume saoudien dans le monde?

Mohamad Ben Salmane, l’ordonnateur de la guerre contre le Yémen en vue de consolider sa position de Prince héritier, ainsi absous de tous ses crimes de guerre contre son pays voisin, alors que la France traque sans répit les criminels de guerre de Syrie,– les Syriens alliés du régime baasiste s’entend et non la caste académique ni la classe politico médiatique française–, responsable au premier chef d’une déroute qui a réduit durablement l’influence française dans la zone au profit de ses rivaux la Russie, l’Iran et la Chine.

Puissance d’équilibre? Soit. Sauf à exercer une fonction de nuisance, ou une posture de boursouflure, de quel poids va peser la France au sein de l’Union Européenne, face au géant économique allemand, la véritable locomotive économique de l’Europe, alors qu’elle est, selon l’expression de l’historien Marcel Gauchet, le grand perdant de l’européanisation du continent sous l’égide de l’Allemagne ?
Voir à ce propos: Marcel Gauchet in «Les quatre failles d’une présidence», Le Monde en date du 1er octobre 2013, article de Françoise Fressoz, page 6.

En phase d’essoufflement au Mali après sa décision de mettre fin à l’opération Barkane, dans le prolongement de la percée russe au cœur du plus grand pays musulman d’Afrique occidentale, en phase de reflux du Proche Orient, tant en Syrie qu’au Liban, longtemps le point d’ancrage de la France au Levant, en crise systémique avec l’Algérie, le plus grand réservoir de la Francophonie sur le versant sud de la Méditerranée, la revendication du titre de «puissance d’équilibre» vise-t-elle à camoufler l’état d’un pays phase de trébuchement? D’une puissance en «perte d’équilibre»?

Équilibriste en diable, Emmanuel Macron a-t-il voulu jongler avec le statut de la France: suggérer son maintien au rang des grands décideurs de la planète, et, «en même temps» acter son déclassement ? De quel crédit peut se prévaloir la France en se révélant forte avec les faibles et faibles avec les forts, comme a tendu à la démontrer son adoubement du prince héritier saoudien ?

Le tropisme sélectif occidental à l’égard de l’Islam

Le tropisme sélectif occidental à l’égard de l’Islam conduira en France chaque notabilité intellectuelle à disposer de sa minorité protégée, comme la marque de la bonne conscience chronique de la mauvaise conscience, comme une sorte de compensation à un trop grand désintérêt pour les Palestiniens, compensant une hostilité aux revendications du noyau central de l’Islam, la Palestine et le Monde arabe, par un soutien à l’Islam périphérique.
Il en est ainsi du philosophe André Glucksmann pour les Tchétchènes, quand bien même son nouvel ami le président Nicolas Sarkozy, est devenu le meilleur ami occidental du président russe Vladimir Poutine. Il en est aussi de Bernard Kouchner, pour les Kurdes, ces supplétifs des Américains dans l’invasion de l’Irak, pour le Darfour, le Biafra et la Birmanie. Il en est enfin de l’héritier Raphaël Glucksmann pour les Ouïghours.
Au point qu’un journaliste anglais Christopher Caldwell en déduira dans la prestigieuse revue London Review of Books que cette prédilection pour les zones pétrolifères stratégiques de «l’humanitarisme transfrontière asservit les intérêts de la politique étrangère française à ceux des États-Unis et que l’humanitarisme militarisé du transfuge sarkozyste n’est qu’une forme de néo conservatisme larvé».
Il en est enfin de même de Bernard Henry Lévy, pour le Darfour, quand bien même son entreprise familiale est mentionnée dans la déforestation de la forêt africaine.
Le fait de privilégier le Darfour et non l’enclave palestinienne de Gaza, -un cas de figure en tout point transposable à la province sécessionniste du sud Soudan-, trouverait sa justification médiatique et non morale par le fait que le Darfour a fait office de contre feu médiatique au prurit belligène d’Israël contre le Liban et la Palestine.

Épilogue

L’erreur d’Emmanuel Macron, voire son malheur, aura été son absence d’empathie cognitive pour la quasi totalité des protagonistes des conflits du Moyen orient et son étonnant alignement sur un atlantisme exacerbé, alors que ce pur produit de l’intelligentzia française aurait dû pourtant se livrer à cet exercice qui consiste à se mettre intellectuellement à la place de l’autre pour comprendre les enjeux. Cela lui aurait épargné les avanies, alors qu’il se savait héritier d’une décennie diplomatique calamiteuse, du fait d’une double mandature présidentielle chaotique du post gaulliste Nicolas Sarkozy et du socialo motoriste François Hollande.

Au rythme où vont les choses, Emmanuel Macron pourrait très aisément rejoindre au Conseil Constitutionnel, ses aînés, –le post gaulliste Alain Juppé et le post socialiste Laurent Fabius, les plus capés de la méritocratie française–, mais néanmoins les fossoyeurs de la diplomatie.

Marcel Gauchet: Le quinquennat d’Emmanuel Macron

L’historien et philosophe Marcel Gauchet a estimé le 12 janvier 2022, à moins de cent jours de l’élection présidentielle que le quinquennat d’Emmanuel Macron est « un échec ». Selon lui, la France en est « au même point qu’en 2017 », et le chef de l’État aura du mal à rejouer la carte de « la grande ambition » pour 2022.

« L’échec ne se juge que par rapport à une intention initiale. Emmanuel Macron a été élu par irruption dans un jeu politique en déclarant l’impuissance de ce système d’alternance droite-gauche qui paraissait épuisé. Il promettait un nouvel élan pour la France, un remède à ce malheur français et qu’en reste-t-il à l’arrivée?

Un échec parce que le programme qui nous était annoncé et dont la clef de voûte était la refondation de l’Europe, se révèle à peu près inaccompli dans toutes ses dimensions », a -t-il poursuivi lors de son intervention sur Europe 1.

Selon Marcel Gauchet, la France est « au même point qu’en 2017 ». « Peut-être va-t-il nous rejouer la grande ambition mais il aura du mal parce qu’il est devenu plutôt le candidat de l’ordre et non pas du mouvement comme il était en 2017», a conclu l’historien.

Sur les autres aspects du bilan diplomatique d’Emmanuel Macron, cf ce lien : 

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René Naba | Journaliste, Ecrivain Français d’origine libanaise, jouissant d’une double culture franco arabe, natif d’Afrique, juriste de formation et journaliste de profession ayant opéré pendant 40 ans au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe, l’auteur dont l’expérience internationale s’articule sur trois continents (Afrique Europe Asie) a été la première personne d’origine arabe à exercer, bien avant la diversité, des responsabilités journalistiques sur le Monde arabo-musulman au sein d’une grande entreprise de presse française de dimension mondiale.