Les banques libanaises se disent incapables de permettre le retrait du moindre dollar

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Dans une lettre adressée le 3 juin à la Banque du Liban, l’Association des Banques du Liban informe cette dernière que ses membres sont incapables de verser le moindre dollar aux déposants. Cette lettre a été envoyée à la banque centrale, la veille de la publication d’une nouvelle circulaire obligeant les banques locales à permettre aux déposants qui le souhaitent de retirer 400 USD cash et l’équivalent de 400 USD en livre libanaise au taux de la plateforme électronique Sayrafa, soit à 12 120 LL/USD.

Les banques ne sont pas en mesure de fournir des montants en espèces en devises étrangères quel que soit le montant.

Association des Banques du Liban, le 3 juin 2021

L’ABL reconnait de facto la faillite de ses membres par rapport à cette incapacité financière à honorer ses engagements, confirmant par ailleurs les rapports sur l’état de santé du secteur financier et dernièrement publiés par des institutions internationales dont la Banque Mondiale ou les agences de notation internationales.

Ce retrait ne pourrait être assuré qu’en réduisant le taux de réserves obligatoires de 1%. L’ABL rappelle à ce sujet que ces réserves peuvent être mobilisées dans des cas d’urgence “tels celui que traverse actuellement” le Pays des Cèdres. Les banques libanaises concluaient donc leur lettre en demandant à la BdL de sursoir à sa décision jusqu’à l’adoption par le Parlement d’une loi instaurant un contrôle officiel des capitaux. Cette décision a pourtant été adoptée depuis par le conseil central de la Banque du Liban.

Pour rappel, la Banque du Liban a publié ce vendredi 4 juin, une nouvelle circulaire libérant 400 USD des comptes bloqués depuis l’instauration d’un contrôle informel des capitaux par l’ABL, en novembre 2019. Les soldes des comptes de 800 000 clients, soit environ 70 % du nombre de comptes de déposants, sont intégralement libérés au cours de la première année.

Des 400 USD cash, 200 dollars seraient fournis par la Banque du Liban via ses réserves monétaires obligatoires et 200 par les banques libanaises. La circulaire mettait également en garde les établissements bancaires qui refuseraient d’appliquer ces nouvelles dispositions.

L’Association des Banque du Liban indique également que les sommes déposées auprès des banques correspondantes restent négatives à hauteur de 1 milliards de dollars, alors que les responsables de la Banque du Liban se félicitaient de la hausse des fonds propres et des fonds déposés auprès de ces mêmes établissements, il y a 2 mois à peine.

Des banques lourdement impactées par la crise économique 

Les banques libanaises sont, pour leur part, lourdement impactées par la crise économique que traverse le Liban. Cette crise est apparue au grand jour avec les fameuses pénuries de devises étrangères dès mai 2019, d’abord mises sur le dos de problèmes logistiques par la Banque du Liban avant de finalement reconnaitre que les établissements privés faisaient face à d’importantes crises de liquidité. L’ABL avait alors mis en place un contrôle informel des capitaux dès novembre 2019.  

De nombreux incidents avaient alors éclaté dans les succursales bancaires, des déposants exigeant de pouvoir retirer leurs fonds, ce que refusaient les responsables des banques. 

Les autres banques locales ne sont pas en meilleur état, les experts étrangers estimant que par exemple la BLOM BANK nécessiterait une recapitalisation à hauteur de 11.9 milliards de dollars par exemple.

Selon certaines sources, la Banque Audi nécessiterait jusqu’à 11 milliards de dollars pour être recapitalisée en raison des pertes induites par l’état de défaut de paiement sur les eurobonds, le possible état de défaut sur les obligations libellées en livres libanaises mais également le quasi-arrêt des activités bancaires induit par le contrôle informel des capitaux unilatéralement instauré par l’Association des Banques du Liban en novembre dernier.

Au total, les 14 premières banques libanaises à elles-seules nécessiteraient une injection de 65 milliards de dollars, bien au-delà des possibilités d’aide économique estimée à 26 milliards de dollars. Aussi, les haircuts sur les eurobonds ou encore sur une partie des obligations libanaises semblent devenir inévitables, en dépit de la hausse des fonds propres sur décision d’une circulaire de la Banque du Liban.

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