Une nouvelle installation d’art public permanente de l’architecte et artiste libanaise Nayla Romanos Iliya, a été dévoilée le mercredi 20 octobre. Intitulée « ON THE OTHER SIDE OF TIME », l’installation spécifique au site se déploie sur la place publique adjacente à l’église Saint Elie, Minet El Hosn, Beyrouth.

Inspirée de la Divine Comédie de Dante Alighieri (Divina Commedia), dont on célèbre cette année le 700e anniversaire de sa mort, évènement célébré dans le monde entier et auquel le Liban consacre un hommage remarquable, l’installation a été inaugurée en partenariat avec l’Istituto Italiano di Cultura di Beirut et en présence de S.E. l’Ambassadrice d’Italie au Liban, Nicoletta Bombardiere.

L’absence de financement gouvernemental pour l’art public a fait en sorte que le projet a résulté d’une collaboration heureuse entre trois protagonistes : Romanos Iliya, qui a contribué au concept et à sa mise en œuvre ; un mécène généreux et anonyme, qui a bénévolement financé tous les coûts de production, et la paroisse Saint Elie qui a lancé le projet et y a apporté un soutien indéfectible durant toute la durée de sa réalisation.

L’inauguration incluait une performance artistique musicale présentée par l’Ensemble à cordes de l’Université Notre-Dame de Louaizé, P. Khalil Rahme, directeur artistique, Mario El Rahi, répétiteur ; Extraits de la “Dante Symphony” de Franz Liszt, adapté par Ramzi Kandalaft, et de danse, présentée par Yara Boustany et Nader Bahsoun, spécialement conçue pour l’occasion.

Durant l’inauguration, l’ambassadrice Bombardiere a declaré : « Je suis heureuse de ce que cette belle création artistique nous rappelle quant aux puissantes et toujours actuelles significations et inspirations présentes dans le chef-d’œuvre de Dante. La Divine Comédie est une profonde recherche dans l’âme humaine, à travers l’illustration de ses vices et de ses vertus, de sa misère et de sa grandeur. »

L’installation fait écho au thème et à la structure du poème, qui raconte les voyages de Dante à travers l’enfer, le purgatoire et le paradis. C’est une allégorie du voyage de l’homme à travers la vie et vers le salut, célébrant universalisme et bonté comme idéaux, tout en soulignant les conséquences du péché et les gloires du Ciel. L’installation, qui occupe un espace de 50m2, comprend trois parties, une pour chaque volume du poème, à savoir « Inferno » (Enfer), « Purgatorio » (Purgatoire) et « Paradiso » (Paradis).

Le profond symbolisme du thème est extrêmement pertinent au Liban, où des décennies de négligence, de corruption et d’impunité ont mis à rude épreuve les consciences, individuelle et sociale.
Sur le versant non artistique une certaine ironie affleure, car « enfer » est le mot qui décrit le mieux la situation actuelle du peuple libanais, à la différence près que cet enfer particulier leur a été imposé plutôt que mérité.
La comédie a ainsi viré à la tragédie, mais bien que le paradis paraisse très loin encore, l’installation veut instiller l’idée qu’il y a toujours une petite lueur d’espoir.

Visible de loin, l’installation offre différentes perspectives selon qu’on l’aperçoive de la voiture en passant, qu’on s’en approche à pieds ou qu’on l’explore de l’intérieur.
La relation du spectateur avec l’œuvre est évolutive et multiple comme l’a expliqué Romanos Iliya : « Les réactions et les interactions peuvent se produire aux niveaux visuel, physique, émotionnel et intellectuel ». « De plus, les interprétations et hypothèses initiales du spectateur peuvent changer au fur et à mesure qu’il se déplace dans l’œuvre et interagit avec elle, ce qui, nous l’espérons, déclenchera une incitation à s’impliquer et à réfléchir.
Elle a conclu en disant qu’elle tenait à rappeler au public que l’art fait partie de l’histoire commune d’une nation, l’aidant à définir son évolution culturelle et sa mémoire collective, mais que, par-dessus tout, il devrait être possible à tout le monde d’en jouir et de se l’approprier.

L’événement a eu lieu dans le cadre de la 21e Semaine de la Langue Italienne dans le Monde, sachant que cette année l’Italie célèbre mondialement Dante, le père de la langue italienne.

À propos de ON THE OTHER SIDE OF TIME

L’installation spécifique au site, occupant la place, fait écho à la fois au thème et à la structure du poème à travers une composition symbolique multicouche.
« Inferno » (Enfer), représenté par Dante comme un abîme en forme d’entonnoir, se développe en neuf cercles sans cesse décroissants. Ce thème est illustré dans l’installation par un cylindre en Corten, acier résistant aux intempéries, comportant un miroir à sa base et terminé par une vitre circulaire permettant au spectateur de regarder à l’intérieur de la structure. Le message inquiétant « Lasciate ogne speranza, voi ch’entrate » (Abandonnez tout espoir, vous qui entrez) est gravé autour de ce hublot, en référence à la sinistre inscription qui accueille les pécheurs impénitents passant par la porte de l’enfer.
« Purgatorio » (Purgatoire) est décrit comme une montagne striée de terrasses, dont la forme est une inversion de celle de « l’Enfer » car, selon Dante, c’est la chute de Lucifer qui aurait créé l’abîme de l’Enfer. Cet abîme aurait déplacé la terre de l’autre côté du monde, créant le mont Purgatoire. Dans son installation, Romanos Iliya a interprété « Purgatorio » sous forme de 10 cylindres en béton de dimensions variables. Une fois emboîtés les uns dans les autres, leur volume total correspond exactement au vide de la structure en Corten autour de laquelle ils sont positionnés.
« Paradiso » (Paradis), la dernière étape du voyage de Dante, est représentée par une composition de sphères célestes, avec la terre au centre. Les âmes bénies, vivant dans le bonheur sur neuf sphères mobiles, se déplacent de l’une à l’autre, atteignant à des niveaux progressifs de pureté au fil de leur voyage vers l’Empyrée. Situé dans la dixième sphère céleste, celui-ci est la demeure de Dieu, immobile et intangible, hors de l’espace et du temps, mais néanmoins accessible. Sur la place, face à l’église, une composition monumentale et dynamique de neuf anneaux en acier brossé inoxydable de différents diamètres s’élève du sol. Couvrant la zone où sont positionnées les structures représentant « Inferno » et « Purgatorio », les anneaux se connectent, se soutiennent, et l’ensemble culmine avec un grand halo en acier miroir inoxydable reposant sur le dessus, se fondant avec tout ce qui l’entoure et se lovant dans le ciel.

A propos de Nayla Romanos Iliya
Nayla Romanos Iliya est une architecte et une artiste libanaise dont les nombreuses réalisations dans le domaine englobent des projets d’architecture d’intérieur, de rénovation ainsi que d’architecture.
Elle quitte son pays natal vers la fin de la guerre civile et s’installe à Paris, puis à Londres, Hong Kong et Dubaï. Durant cette période, Nayla a sillonné le monde, s’imprégnant de l’art et de la culture de chaque ville qu’elle a visitée, sachant qu’elle développe, très tôt, un grand intérêt pour l’art.
En 2011, elle s’adonne à la sculpture, et elle en devient rapidement passionnée, se consacrant alors entièrement à cet art.
Sa quête permanente d’identité ont fait que Nayla s’est intéressée à la civilisation phénicienne et plus particulièrement à l’alphabet phénicien ; Durant son séjour à Dubaï, elle a créé sa première série de sculptures, initiées par le pouvoir du langage lui-même et inspirées par la forme, le sens et le symbolisme des lettres.
Au Liban, dans sa série « Flower Power », elle réfléchit sur la guerre civile dans la mémoire libanaise, tout en sensibilisant à la question de la durabilité durant une période où la crise des déchets sans précédent reflétait un des problèmes d’un état dysfonctionnel.
Influencée par sa pratique architecturale, elle aborde ses sculptures comme telles, remplaçant la fonction par l’intuition. Ses créations ont des échelles radicalement différentes, variant de l’art public monumental à une série d’éditions limitées de petites pièces créées pour les boutiques de musées, ou encore des sculptures qui peuvent être portées comme des bijoux.
Ses sculptures font partie de collections privées et publiques au Liban ainsi qu’à l’étranger. Actuellement, Nayla vit et travaille à Beyrouth.

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