Le 9 janvier 2025, Joseph Aoun a été élu président de la République libanaise avec un mandat clair : rétablir l’autorité de l’État et garantir son monopole sur les armes. Dans son discours d’investiture, il a déclaré : « Le monopole des armes appartient à l’État », soulignant ainsi une volonté de rupture avec des décennies de coexistence entre des structures étatiques affaiblies et des milices puissantes. Cependant, cette déclaration, bien qu’ambitieuse, se heurte à une réalité complexe et des défis profondément enracinés dans le système politique libanais.
L’héritage des milices et des guerres civiles
Depuis la fin de la guerre civile libanaise en 1990, la coexistence entre l’État et les groupes armés non étatiques, comme le Hezbollah, est devenue un élément structurant de la politique libanaise. Le Hezbollah, reconnu comme une résistance contre Israël par certains et comme une menace par d’autres, détient un arsenal militaire significatif, bien que sa légitimité soit souvent contestée. Cette dualité a laissé l’État libanais incapable de monopoliser pleinement le recours à la force. La promesse de Joseph Aoun de restaurer ce monopole pourrait remettre en question l’équilibre délicat qui a permis au Liban de maintenir une stabilité relative malgré les crises successives.
Les défis politiques internes
Le paysage politique libanais est marqué par une fragmentation extrême et des alliances fluctuantes. Alors que certains blocs, notamment ceux alignés sur les puissances occidentales et arabes, soutiennent l’idée d’un monopole des armes par l’État, d’autres, principalement alliés au Hezbollah, y voient une remise en cause de leur rôle. La plupart des acteurs politiques reconnaissent l’importance de préserver une souveraineté nationale, mais leur conception de cette souveraineté varie radicalement.
Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée, devra naviguer entre ces positions divergentes. Bien que son expérience militaire soit un atout, elle pourrait également être perçue comme une tentative de militarisation de la politique, suscitant des résistances. Les relations avec des figures politiques comme Nabih Berri, souvent médiateur dans les crises institutionnelles, seront déterminantes pour faire avancer ce dossier.
La pression internationale
L’élection de Joseph Aoun a été largement soutenue par la communauté internationale, notamment la France, les États-Unis et l’Arabie saoudite. Ces acteurs ont exprimé leur volonté de voir le Liban renforcer ses institutions étatiques. Emmanuel Macron a salué « un président prêt à relever les défis de la souveraineté ». Cependant, cette pression extérieure risque d’alimenter les divisions internes, certains partis accusant l’Occident de chercher à marginaliser le Hezbollah et ses alliés régionaux.
De plus, la dépendance du Liban à l’aide internationale complique encore la tâche du président. Les donateurs conditionnent souvent leur soutien à des réformes structurelles, y compris le désarmement des groupes non étatiques. Pourtant, la mise en œuvre de ces réformes pourrait entraîner des réactions violentes de la part des factions concernées, menaçant davantage la stabilité du pays.
Un enjeu de sécurité nationale
Au-delà des considérations politiques, le monopole des armes par l’État est une question de sécurité nationale. Le Liban est confronté à des menaces multiples, allant des tensions avec Israël à l’instabilité régionale due aux conflits en Syrie et dans d’autres pays voisins. L’armée libanaise, sous la direction de Joseph Aoun, a joué un rôle clé dans la sécurisation des frontières et la lutte contre les groupes terroristes. Cependant, l’armée seule ne peut garantir une sécurité durable si des milices continuent d’opérer en parallèle.
Des réformes nécessaires mais délicates
Pour atteindre cet objectif, Joseph Aoun devra s’engager dans des réformes institutionnelles profondes. Cela inclut le renforcement de l’appareil judiciaire pour lutter contre le trafic d’armes, souvent lié à des réseaux de corruption. Il devra également mobiliser un soutien populaire, en insistant sur l’importance du monopole des armes pour garantir la paix et la stabilité. Cependant, ces mesures nécessiteront une coordination étroite avec les partis politiques et les institutions internationales.


