Alors que la situation économique libanaise continue à se dégrader et que des pénuries se font de plus en plus menaçantes en raison de la fin prochaine du programme de subvention de la Banque du Liban en raison de réserves financières désormais presque épuisées, la population libanaise craint désormais des coupures d’électricité y compris des générateurs privés, des services téléphoniques et même de l’internet, sans évoquer évidemment les difficultés d’approvisionnement en médicaments et notamment ceux à destination des personnes souffrantes de maladies chroniques.

Ainsi, si même la détérioration de la valeur de la Livre Libanaise était attendue, elle atteindrait désormais plus de 90% en 2 ans à peine, amenant à une baisse brutale du pouvoir d’achat de la population, le pire reste encore à venir.

Les nouvelles se veulent affolantes et pour cause… même les administrations publiques et même les hôpitaux vont jusqu’à manquer d’une chose essentielle, à savoir simplement du papier pour imprimer formulaires ou résultats d’examens sans parler de l’approvisionnement en médicaments et autres fournitures médicales et même pièces de rechange.

Les embouteillages se multiplient en raison du manque d’essence. Aux files des voitures devant les stations essence, des heurts entre automobilistes se rajoutent. L’essence ou le carburant, chose essentielle à beaucoup de services publics viennent à manquer avec des menaces de voir les générateurs à leurs tour couper l’approvisionnement en électricité après un service public déjà défaillant. L’arrêt de la distribution de l’EDL menace également, comme un effet domino, l’approvisionnement des pompes du réseau de distribution des eaux ou encore le fonctionnement des centrales téléphoniques dont les services sont pourtant nécessaires en cas d’urgence vitale. Last but not least, Internet pourrait alors se voir être coupé.

L’élément commun à tout cela est le manque criant de liquidité en devises étrangères de la Banque du Liban qui finançait durant 25 ans, une gabegie sans nul nom et que personne ne voulait voir, tant que cela allait bien. Les Libanais étaient comme des cigales, bronzant l’été, vivant au-delà des moyens de leur économie, avec un PIB par habitant de 7 500 USD en 2019 selon la Banque Mondiale et qui s’est brusquement effondré, atteignant désormais un peu plus de 2 500 USD par habitant selon les estimations actuelles soit presque au même niveau que le Népal ou le Sahara Occidental et étant devancé par la Syrie.

Cette détérioration rapide du PIB par habitant a elle-même induit une détérioration rapide du pouvoir d’achat qui était prévisible en raison des mauvaises politiques mises en oeuvre ces dernières années et notamment l’augmentation des salaires sans gain de productivité. Il fallait augmenter le pouvoir d’achat sans augmenter les salaires en rognant des marges des importateurs, chose qui réclame bien du courage jusqu’à aujourd’hui en dépit de l’urgence de la situation.

Jean-Yves le Drian a eu tort quand il a dit que le Liban était  le Titanic sans l’orchestre. Il suffit de voir le déni de certains, dans un sens ou dans un autre.

Certains continuent en effet à vivre dans le déni, exigeant un nouveau gouvernement, comme si on en avait encore le temps. Les lignes rouges ont été franchies, il y a de cela 3 mois sans qu’à l’époque personne ne s’en émeuve. D’autres exigent toujours de retrouver leurs fonds sans comprendre qu’il y en a plus. Ils ont importé, pendant 25 ans, consommé, sans produire de la richesse. Il fallait au contraire investir dans l’économie, produire de la valeur ajoutée, produire des emplois et non produire de la dette qu’elle soit directement publique via les eurobonds et obligations libanaises ou indirectes via les Certificats de dépôts souscrits par les banques privées avec l’argent des déposants auprès de la Banque du Liban qui, à son tour, prêtait à l’état. Quant aux personnes au pouvoir durant 25 ans, il était de leur intérêt, au sens propre comme au figuré d’endetter l’état. Avec une classe politique détentrice de 43% des actions des banques et donc recevant d’importants dividendes liés à cette dette publique. Pour finir, le clientélisme de ces mêmes hommes qu’on ne peut plus qualifier de politiques, amenant à embaucher au sein des administrations publiques, des incapables et des incompétents.

Aujourd’hui, le Liban est en faillite financière de manière indéniable, en dépit des affirmations de certains. Mais cette faillite s’ajoute à plusieurs autres faillites, celle d’une faillite politique d’une part et d’une faillite fonctionnelle à plusieurs niveaux. En fin de compte, le Liban après la guerre civile n’a fait que vivre dans l’illusion d’une coexistence pacifique achetée à coup d’aide internationale et de la dilapidation des dépôts des gens. Un mirage pour éviter les conflits comme ceux qu’on connait aujourd’hui. avec les relents du confessionalisme fonctionnel des institutions sacralisés par les accords de Taëf. La population peine à voir qu’en dépit d’un nombre important de gouvernements ces dernières 25 années, rien n’a changé. Toujours la même politique économique ou financière a été menée. Et pour cause, les ministres viennent et s’en vont mais demeurent les véritables décisionnaires à savoir les fonctionnaires de première catégorie comme le gouverneur de la Banque du Liban, lui-même, Riad Salamé. La refonte de l’état passe non pas par un nouveau gouvernement au final mais par un changement administratif non plus sur la forme seulement mais sur le fond.

L’autre déni est celui de celles et de ceux qui disposent toujours des liquidités suffisantes pour continuer “comme si de rien n’était”, faisant fi de cette crise qui touche les autres, de cette détresse qui ne les touche pas, eux, jusqu’à manquer d’empathie vis-à-vis de la souffrance des autres. Les rats sont les premiers à quitter le navire en fin de compte une fois que le mauvais temps se fera jour et que les pénuries se feront de plus en plus fréquentes que même leur argent ne suffira pas à combler.

En fin de compte, on assiste aujourd’hui à une scène similaire au drame du Titanic, avec son orchestre qui continue à jouer jusque’à ce que les eaux engloutissent le navire. Certains font comme si la situation n’était pas assez sérieuse déjà, déniant jour après jour la gravité d’une crise et d’une situation qui ne peut qu’empirer.

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