Comme chaque 3 mai, le Monde célèbre la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse. Au Liban, cette liberté revêt un caractère quelque peu particulier, non pas seulement à cause de menaces à l’encontre des journalistes mais également par le fait même que de nombreux médias locaux – voire même pratiquement la totalité d’entre eux – ne sont pas indépendants – contrairement à ce qu’ils prétendent parfois à grand coup d’annonces publicitaires en vue d’assurer leur financement – que cela soit dans la sphère télévisuelle, de la presse écrite ou encore en ligne.

Il y a quelques années, RSF, en collaboration avec Skeyes, avait publié un rapport concernant les liens entre médias et sphère politique. Il en ressortait un recul sévère d’un secteur qui faisait autrefois la fierté d’un Liban considéré comme phare de la liberté en Orient. Il est clair qu’aujourd’hui le Pays des Cèdres est loin de l’être.

“Les groupes politiques clés mais aussi les clans de familles riches bénéficient d’un cadre juridique faible ou dysfonctionnel reflétant une attitude générale de laisser-faire. Ils ont réussi à maintenir et même à étendre leur emprise sur l’opinion publique tout au long des événements dramatiques qui se sont déroulés dans et autour de notre pays au cours des dernières décennies“, déplorait alors ce rapport dès 2018, à raison.

Précédemment, plusieurs manières ont été mises en place en fin de compte pour contrôler les médias qui ont, en fin de compte, failli à bien informer leurs différents auditeurs de la situation réelle par laquelle le Liban passe. Il ne fallait, souvent pas voir la crise qui se profiler, abreuver et asservir des masses, provoquer des tensions entre partisans de tels hommes politiques contre ceux du camp opposé, non pas rassembler mais au contraire diviser pour mieux régner sur chacun d’entre eux.

Il suffisait parfois même d’acheter quelques emplacements publicitaires pour faire changer d’intonation tel ou tel média, sans même avoir besoin d’en devenir l’actionnaire. ils sont devenus tellement “cheap”. Ils sont d’ailleurs devenu tellement cheap que souvent, ils ne respectent justement pas la législation notamment dans le domaine du droit d’auteur et pris en flagrante faute, accusent les autres

Il ne faut pas s’étonner qu’année après année, le Liban recule sur ce point, se trouvant désormais au-delà de la 100ème place depuis 2019.

Pour savoir apprécier le degré de liberté d’un média, il suffit de s’interroger sur ses propriétaires ou actionnaires, voire même sur ses annonceurs qui sont tous liés à des hommes politiques à quelques exceptions près. Ainsi, comment pouvoir même critiquer telle télévision ou tel journal sans voir que de l’autre côté, cela est pareil, voire même pire. Comment ne pas constater que certains même profitent de monopoles dans des segments précis comme dans la presse écrite francophone, pour imposer leurs pensées au détriment de la diversité. Dans certains pays, on oublie ainsi la presse à mettre un encart à la fin de chaque article au-cas où le sujet ou l’auteur est lié à son actionnaire. Malheureusement au Liban, ces encarts, si on les imposait, occuperaient probablement jusqu’à 50% des pages de certains canards.

La mission d’un média est de favoriser l’esprit critique, cartésien, qui doit justement faire l’objet de discussions et d’un débat et non abreuver des dissensions néfastes. Il doit offrir des informations, mais laisser le lecteur les digérer pour se faire se propre idée et non manipuler ses lecteurs. Tout le Monde est libre d’avoir une opinion mais il ne faut pas qu’elle soit pré-mâchée, pré-digérée. Cette opinion doit être forgée de manière indépendante avec souvent la présentation d’une information brute sans parti pris, par des lecteurs et des auditeurs qui la forment par eux même, quitte ensuite à ce qu’ils la partage de manière très démocratique parfois même dans les rubriques appropriées.

Au Liban malheureusement, on assiste jour après jour, mois après mois, année après année, non plus à la liberté des médias mais à une manipulation de masse avec l’ouverture d’éditos dans les journaux de télévisions qui donnent le ton, par des journaux où souvent le titre est en désaccord avec le contenu, la plupart des gens s’arrêtant justement malheureusement au titre sans prendre la peine de lire la suite, par la faillite de ceux qui représentaient la liberté réelle au détriment d’une presse-système.

Si la presse écrite, audiovisuelle, en ligne – à quelques exceptions près – avait été en fin de compte honnête, le Liban n’en serait justement jamais arrivé à la situation de crise qu’il traverse actuelle et la population se serait mobilisée bien plus tôt pour éviter le désastre qu’on connait aujourd’hui.

La réalité se serait imposée aux gens plus rapidement au lieu d’avoir une situation gravissime aujourd’hui. Les principaux acteurs de la presse ont été malhonnêtes et, probablement en toute connaissance de cause, n’ont pas décrit la situation réelle du pays, jour après jour, mois après mois, année après année, sur le plan financier déjà ou encore sur le plan fonctionnel, parce qu’il font partis tout de même d’une manière ou d’une autre, de ce système – par leurs actionnaires ou leurs annonceurs et commanditaires – qu’ils ont alors protégé.

Ainsi, si les médias sont en crise aujourd’hui, il convient d’en conclure aussi qu’ils y ont aussi une part de responsabilité. Ils n’ont pas su évoluer mais surtout entendre et répercuter la volonté réelle d’un peuple fatigué par une situation qui ne pouvait plus perdurer en raison de leur appartenance à un système déconnecté de la réalité.

En effet, même quand ils se présentaient comme en faveur du peuple, comme étant solidaires face à la crise économique ou à la dégradation de la situation sociale et économique, la réalité était souvent le contraire avec une ligne éditoriale soigneusement choisie, une manipulation des esprits à l’encontre de leurs adversaires, nonobstant par exemple, le fait que des manifestations se déroulaient même dans les régions de leurs adversaires politiques pour les mêmes raisons. Il fallait continuer à diviser et non à rassembler, à attiser la haine et non à converger ensemble sur les mêmes valeurs nationales, à éviter en fin de compte d’aboutir à un changement. Ils ont manqué de sincérité.

Le martyr en fin de compte n’est pas le journaliste, c’est le peuple, celui qui se fait asservir avec cette nouvelle arme qu’on lui impose.

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