Une fille arborant le drapeau libanais à l'entrée de l'Oeuf, structure en béton du Centre ville de Beyrouth. Photographie circulant sur les réseaux sociaux. Crédit Photo: DR (droit réservé)
Une fille arborant le drapeau libanais à l'entrée de l'Oeuf, structure en béton du Centre ville de Beyrouth. Photographie circulant sur les réseaux sociaux. Crédit Photo: DR (droit réservé)

Aux politiciens du Liban depuis 1975 : à vos partis, à vos sbires, à vos cadres partisans, et surtout aux responsables qui ont été là, qui n’ont rien fait, et qui se sont tus devant ces innombrables crimes contre mon pays et son peuple, je dédie ces mots qui sortent du tréfond de mon être…  

Parce qu’à la fin de la guerre civile, les prisonniers de guerre auraient dû être libérés et rapatriés sans délai après la fin des hostilités … jour après jour, trente ans après, silence radio. Aucun effort pour en savoir plus et finir par dévoiler le sort de ces 17000 Libanais portés disparus dont les familles sont pétrifiées tant sur le plan sentimental que sur le plan légal, pour ainsi clore le chapitre de la guerre.

Parce que les larmes des mères dans la tente de l’Escwa n’ont jamais cessé de couler sur leurs visages flétris et leurs cœurs endoloris. Parce que vos noms ou celui de vos partis est directement ou indirectement lié dans la disparition de ces Libanais, le plus souvent au Liban avant d’atteindre la Syrie. 

Parce que vous avez offert sur un plateau d’argent mon pays au plus offrant. Parce qu’un jour, un homme qui se croyait plus grand que son pays n’a pas seulement vidé Beyrouth des Beyrouthins et anéanti les maisons et les sites locaux au détriment des gratte-ciels sans goût ni saveur en les vendant aux Saoudiens et Emiratis, mais a également présenté la clé de la capitale à un certain Ghazi Kanaan, laissant ainsi celle qui fût un jour la Mère des lois, une orpheline aux droits bafoués et sans défense. 

Parce que vous avez progressivement violé l’identité de mon pays en vendant ses terres, en ôtant le cachet libanais de notre manière de vivre, de nos marchés, de notre assiette et de tous les médias pour laisser place aux Arabes du golfe, aux Syriens et aux Turcs.  

Parce que sans mot dire, vous avez signé la destruction de nos marqueurs historiques millénaires et de nos maisons libanaises traditionnelles, foulant aux pieds des investisseurs et de vos comptes en banque notre patrimoine, notre histoire et notre identité. Vous avez délivré des permis de démolition, touché des commissions, et vous demeurez jusqu’à l’instant impunis.

Parce qu’il y a des régions où l’être humain vit dans la misère ne pouvant manger à sa faim, alors que vous orchestrez des noces à vos rejetons, chiffrées à des millions de dollars, que vous célébrez à l’étranger par-dessus le marché, pour que le pays ne profite pas de ses propres sous perdus. 

Parce que depuis les incidents de Deniyé, vous n’avez jamais châtiés les terroristes qui tuent nos soldats, mais vous les avez amnistiés, et transportés dans vos voitures de luxe vers des endroits sécurisés. Tripoli, Abra, Ersal, Behnine, Nahr el Bared, et tant d’autres lieux qui ont été témoins des morts tragiques de nos militaires… et la vie continuait pour vous, comme si de rien n’était. 

Parce que jour après jour, nos jeunes, nos cerveaux ont quitté le pays … vous avez séparé des familles, des destins, perdu la vraie richesse du pays, parce que vous leur brisez leurs rêves, vous les empêchez de vivre décemment, et vous confisquez toutes les opportunités d’agir et d’évoluer en les réservant à vos sbires et votre public incompétent contre leurs votes serviles, que ce soit dans le secteur privé comme dans le secteur public. 

Parce qu’après trente ans au pouvoir, vous n’avez rien fait pour assurer au citoyen ses droits de bases pour une vie digne : une eau propre, de l’électricité, une éducation et des services de santé accessibles à tous, une infrastructure correcte, un logement à la portée de tous, un air que l’on respire sans mourir de mille et une tares, et la liste est très longue… 

Parce que vous vous êtes construit des empires financiers en pompant l’argent de l’Etat, en appauvrissant le Libanais, en anéantissant la classe moyenne, en vous créant des privilèges sans fins, en transformant le citoyen en un serf qui mendie ses acquis pour que vous perdurez sur vos sièges. 

Parce que vous avez transformé les institutions publiques en des cavernes d’Ali Baba où prévalent les pistons et les bakchichs, avec une majorité de fonctionnaires incompétents et véreux, détenant leurs postes parce qu’ils font partie de votre cour, empêchant les fonctionnaires honnêtes d’évoluer ou d’avoir un poste bienséant. 

Parce que vous êtes des cas désespérés qui ne peuvent en aucun cas diriger un pays, et même en vous qualifiant d’ordures pour la piteuse qualité de vie que vous avez infligée aux Libanais, nous serions en train de vous porter aux nues, parce qu’au moins les déchets peuvent servir à quelque chose lorsqu’ils sont recyclables. 

Parce que, parce que, parce que … je ne m’arrêterais jamais ! Je n’ai même pas parlé de vos crimes contre l’environnement ça ferait une longue tirade à elle seule, mais je veux m’arrêter là, parce qu’en écrivant ces lignes, ma haine envers vous, que vous avez vous-mêmes nourrie et entretenue par vos politiques mafieuses et votre conduite exécrable, ne fait que s’amplifier, et mon seuil de tolérance envers votre existence est plus que négatif, et ceci depuis des décennies …

Pour toutes ces raisons, un jour, lorsque le spectre de la mort arrivera pour vous, seul espoir en vue d’en finir avec vos tyrannies perpétrées contre ce pays, eh bien ce jour-là, l’Histoire même n’accepterait peut-être pas de vous jeter dans sa poubelle tellement vous êtes putrides … et de mon côté, j’irai un jour cracher sur vos tombes …

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Marie-Josée Rizkallah est une artiste libanaise originaire de Deir-el-Qamar. Versée dans le domaine de l’écriture depuis l’enfance, elle est l’auteur de trois recueils de poèmes et possède des écrits dans plusieurs ouvrages collectifs ainsi que dans la presse nationale et internationale. Écrivain bénévole sur le média citoyen Libnanews depuis 2006, dont elle est également cofondatrice, profondément engagée dans la sauvegarde du patrimoine libanais et dans la promotion de l'identité et de l’héritage culturel du Liban, elle a fondé l'association I.C.H.T.A.R. (Identité.Culture.Histoire.Traditions.Arts.Racines) pour le Patrimoine Libanais dont elle est actuellement présidente. Elle défend également des causes nationales qui lui touchent au cœur, loin des équations politiques étriquées. Marie-Josée est également artiste peintre et iconographe de profession, et donne des cours et des conférences sur l'Histoire et la Théologie de l'Icône ainsi que l'Expression artistique. Pour plus de détails, visitez son site: mariejoseerizkallah.com son blog: mjliban.wordpress.com et la page FB d'ICHTAR : https://www.facebook.com/I.C.H.T.A.R.lb/

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