Le séquoia de Chine, l’arbre derrière le fossile

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Serge Muller, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) and Germinal Rouhan, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

Tout comme le ginkgo, la welwitschia et le pin de Wollemi, le séquoia de Chine appartient au groupe des gymnospermes, dont les graines sont souvent protégées dans des cônes, comme c’est le cas pour les sapins et les épicéas. Les gymnospermes, à la différence des sophoras ou des catalpas par exemple, ne sont donc pas des plantes à fleurs (appelées, elles, angiospermes).

La diversité des gymnospermes a été maximale au Mésozoïque (-250 à -66 millions d’années) avant de fortement régresser. Il n’en subsiste aujourd’hui que mille espèces environ, surtout répandues dans les régions boréales et montagneuses.

Certaines lignées de gymnospermes ne sont plus représentées que par une seule ou quelques espèces, souvent considérées comme « reliques » de ces groupes anciens.

Le séquoia chinois – qui n’a été découvert comme arbre vivant qu’au milieu du XXe siècle alors qu’il venait d’être décrit comme arbre fossile éteint – fait partie de ces « espèces reliques ».

Comment reconnaître le séquoia de Chine ?

Le séquoia de Chine, ou métaséquoia du Sechuan (Metasequoia glyptostroboides Hu & W.C. Cheng) est un arbre conifère de la famille des Cupressaceae, tout comme les thuyas et les cyprès.

C’est un arbre à croissance rapide, qui peut atteindre dans ses stations naturelles jusqu’à 50 mètres de hauteur, avec un tronc de 2 mètres de diamètre. Cultivé dans des conditions idéales, il atteint 30 mètres de hauteur en 50 ans !

Il a un port conique, avec une silhouette trapue et ramifiée dès la base. Le tronc est caractéristique, en particulier chez les sujets plus âgés, en montrant des dépressions en forme d’aisselle sous chaque départ de branches ; celles-ci se terminent par des rameaux courts portant deux rangées d’aiguilles opposées, paripennées et plates, d’un vert tendre, longues de 2 à 4 cm. Tout comme les mélèzes (Larix decidua L.) des Alpes, les feuilles de métasequoia sont caduques, et tombent à l’automne après avoir pris des teintes cuivrées de toute beauté.

L’arbre prend de magnifiques teintes cuivrées à l’automne. Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

L’espèce est monoïque, les cônes mâles et femelles sont donc séparés en étant portés par des branches différentes mais sur le même arbre. Les cônes mâles constituent des panicules pendantes à l’extrémité de rameaux feuillés. Les cônes femelles pendent au bout de longs pédoncules et sont les plus fréquemment observables, en particulier chez les jeunes arbres qui ne produisent leurs premiers cônes mâles que des années après les premiers cônes femelles.

Cônes femelles (à gauche) et mâles (à droite). Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Comment il a été « découvert »

Metasequoia a d’abord été décrit en 1941 comme un genre d’arbres fossiles éteints depuis la fin du Pliocène (-2 millions d’années). C’est le paléobotaniste japonais Shigeru Miki, de l’université de Kyoto, qui le premier le caractérisa en étudiant des fossiles de gisements de l’île japonaise de Honshu. Les fossiles d’espèces attribuables au genre Metasequoia sont en fait beaucoup plus nombreux et attestent d’une répartition très large de ces arbres en Amérique du Nord et Eurasie depuis le début du Crétacé supérieur… il y a plus de 100 millions d’années !

Fossile de métaséquoia datant du milieu de l’Éocène (-56 à -33,9 millions d’années). California Academy of sciences geology, CC BY-NC-ND

Quelques années après la description du genre d’arbres fossiles éteints Metasequoia, les botanistes chinois H.H. Hu et W.C. Cheng révèlent au monde, en 1948, la découverte dans le Sud-Est de la Chine d’un arbre bien vivant, morphologiquement identique au Metasequoia fossile décrit par Miki !

La découverte du premier peuplement forestier de métasequoias est publiée la même année dans le journal Science. Mais ce ne sont là que quelques courts chapitres d’une longue saga autour de cette découverte majeure et de la communication qui s’en est suivie. La chronologie de tous les échanges épistolaires scientifiques et des expéditions de terrain suscités par cette découverte a été établie par Jinshuang Ma en 2003.

5000 sujets dans la vallée de Xiahoe

Un état des lieux de sa distribution a été publié en 1987 par l’arboretum Arnold de l’Université Harvard suite à une expédition sino-américaine au cours de l’été 1980.

L’espèce est actuellement limitée à environ 5000 arbres mâtures localisés dans la vallée de Xiahoe, dans le Sud-Est de la Chine. Elle présente une faible régénération naturelle in situ, et est menacée par la fragmentation et la destruction de son habitat.

Ainsi, l’espèce est en danger d’extinction selon la liste rouge des espèces menacées de l’UICN. Elle aurait bien pu disparaître avant même d’être connue de la science ! C’est pourquoi l’un des principaux objectifs des premières expéditions dans la forêt relique à métasequoias était de récolter des graines pour assurer la conservation ex situ de l’espèce.

En parallèle, de nombreuses autres études ont été menées sur l’espèce et son habitat ; un colloque scientifique a été entièrement consacré à la connaissance et la protection de l’espèce en 2005.

Où voir des séquoias de Chine ?

Du fait de sa découverte récente, le séquoia de Chine n’a pu être diffusé dans les jardins botaniques qu’à partir de la fin des années 1940, après l’expédition de récolte de graines menée par l’arboretum Arnold.

Métaséquoia du Jardin des plantes de Paris. Serge Muller/MNHN, CC BY-NC-ND

Les arbres les plus âgés hors de Chine ont donc environ 70 ans. C’est le cas du métasequoia du Jardin des plantes de Paris, planté en 1948 dans le « jardin alpin », où il bénéficie d’une relative fraîcheur et se développe de manière impressionnante puisqu’il a déjà atteint une hauteur et une circonférence remarquables.

Le métaséquoia est une espèce rustique sous climat tempéré, qui s’acclimate facilement en culture dans les jardins. Il est désormais largement planté comme arbre d’ornement dans les parcs du monde entier. Il a un aspect très gracieux avec ses feuilles d’un vert tendre présentant des teintes flamboyantes à l’automne. Plusieurs cultivars ont été sélectionnés depuis les années 1980 et sont proposés à la vente par les pépiniéristes.

À Paris, la base de données de la ville mentionne 88 arbres plantés, dont 32 en jardins, 29 en alignement (dont 18 dans la seule rue Watteau du XIIIe arrondissement) et 22 en cimetières. À Bordeaux, ce sont actuellement 9 arbres qui figurent dans la base de données de la ville.

À une autre échelle, certains arboretums, comme le Dawes Arboretum (États-Unis), ont développé de véritables programmes de conservation en cultivant plus de 300 arbres provenant tous de graines sauvages et représentant une grande diversité génétique.

Qui sont ses « voisins » ?

L’espèce Metasequoia glyptostroboides (Hu & W.C.Cheng) est la seule espèce actuelle de métaséquoia, alors que ce genre a probablement connu son apogée il y a 100 millions d’années, dans des forêts tempérées et même dans les régions actuellement polaires où ces arbres ont formé des forêts marécageuses.

La famille des Cupressaceae, telle que définie aujourd’hui, inclut l’ancienne famille des Taxodiaceae et environ 150 espèces. C’est la famille du cèdre du Japon (Cryptomeria japonica), des thuyas et des cyprès (dont le cyprès chauve de Louisiane, Taxodium distichum).

Au parc national de Séquoia (Californie). ArtTower, CC BY-NC-ND

Le genre Metasequoia porte bien son nom puisqu’il est morphologiquement et évolutivement le plus proche des Sequoia et Sequoiadendron, deux genres d’arbres respectivement les plus grands et les plus volumineux au monde qui se trouvent en Amérique du Nord.

Serge Muller, Professeur, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (UMR 7205 ISYEB, CNRS, MNHN, SU, EPHE), Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) and Germinal Rouhan, Maître de conférences, chercheur à l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), botaniste systématicien, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

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