Le Conseil de la Choura de l’État a rendu une décision arrêtant la mise en œuvre de la circulaire de base émise par le gouverneur de la Banque du Liban le 24/03/2021 sous le numéro 13318. Pour rappel, cette circulaire permettait aux banques libanaises à retirer leurs devises étrangères en livre libanaise à hauteur du taux de parité de 3 900 LL/USD.

Selon la décision qui a été rendue, les banques locales sont dans l’obligation de permettre le retrait des sommes déposées sur des comptes dollars ou devises étrangères avec cette devise et non en livre libanaise.

Pour rappel, la Banque du Liban avait publié le 9 octobre dernier, 2 circulaires, l’une permettant le retrait de fonds de comptes existant libellés en dollars pour l’équivalent en livre libanaise au taux dit du marché, soit 3900 LL/USD “sous réserve de consentement du déposant” et “selon les procédures et les limites approuvées par la banque concernée” et une deuxième adressée aux banques et aux personnes désirant déposer des devises étrangères. Cette dernier permet à un individu de déposer une somme en devise étrangère créditée au taux officiel, c’est à dire à 1507 LL/USD.

Pour l’heure, les banques libanaises n’ont pas encore réagi à cette décision. Cependant certaines sources ont indiqué s’attendre à ce qu’elles fassent appel, le retrait des comptes dollars en devises étrangères les amenant à être insolvables en raison du fait qu’une majorité des fonds déposés en devise étrangère (à hauteur de 83% des dépôts totaux) ayant été transférés à la Banque du Liban en contrepartie de produits financiers libellés en livre libanaise ou sous forme d’obligation locales également en livres libanaises. L’écart entre taux officiel et taux officieux de la livre libanaise face au dollar augmenterait ainsi les pertes du secteur financier aujourd’hui considéré comme insolvable par de nombreux acteurs indépendants mais chose récusée par la Banque du Liban et les actionnaires des banques locales.

Certains scénarios laissent à penser que le coût de recapitalisation des banques libanaises pourrait même dépasser les 100 milliards de dollars comme le notant un rapport publié par l’agence de notation S&P la semaine dernière, soit plus de 2 fois le PIB en 2018, amenant à un nécessaire bail-out des actionnaires existants et un bail-in d’une partie des déposants, ainsi que d’une décôte qui pourrait aller jusqu’à 63% des sommes déposées, soit le taux le plus important au monde, en dépit des propos qui se voulaient rassurant du gouverneur de la Banque du Liban qui annonçait parallèlement vouloir permettre aux déposants de retirer jusqu’à 50 000 USD sur 3 ans d’ici le mois de juin. Cette annonce intervenait pourtant alors que la Banque du Liban annonçait la fin du programme de subvention à l’achat des médicaments.

Les auteurs du rapport S&P accusent les autorités monétaires d’avoir fait assumer aux déposants ces pertes et non aux actionnaires des banques via la circulaire 154 qui appelait à une hausse des fonds propres des établissements.

Des banques lourdement impactées par la crise économique 

Les banques libanaises sont, pour leur part, lourdement impactées par la crise économique que traverse le Liban. Cette crise est apparue au grand jour avec les fameuses pénuries de devises étrangères dès mai 2019, d’abord mises sur le dos de problèmes logistiques par la Banque du Liban avant de finalement reconnaitre que les établissements privés faisaient face à d’importantes crises de liquidité. L’ABL avait alors mis en place un contrôle informel des capitaux dès novembre 2019.  

De nombreux incidents avaient alors éclaté dans les succursales bancaires, des déposants exigeant de pouvoir retirer leurs fonds, ce que refusaient les responsables des banques. 

Les autres banques locales ne sont pas en meilleur état, les experts étrangers estimant que par exemple la BLOM BANK nécessiterait une recapitalisation à hauteur de 11.9 milliards de dollars par exemple.

Selon certaines sources, la Banque Audi nécessiterait jusqu’à 11 milliards de dollars pour être recapitalisée en raison des pertes induites par l’état de défaut de paiement sur les eurobonds, le possible état de défaut sur les obligations libellées en livres libanaises mais également le quasi-arrêt des activités bancaires induit par le contrôle informel des capitaux unilatéralement instauré par l’Association des Banques du Liban en novembre dernier.

Au total, les 14 premières banques libanaises à elles-seules nécessiteraient une injection de 65 milliards de dollars, bien au-delà des possibilités d’aide économique estimée à 26 milliards de dollars. Aussi, les haircuts sur les eurobonds ou encore sur une partie des obligations libanaises semblent devenir inévitables, en dépit de la hausse des fonds propres sur décision d’une circulaire de la Banque du Liban.

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