Je ne sais plus par où commencer. Les événements se précipitent tellement que nous n’avons plus le temps de les lire, encore moins de les commenter et, surtout d’en tirer les conclusions.
Nous pouvons quand même reconnaître que, depuis 1990, l’hyper puissance américaine commence à descendre et même dégringoler, de plus en plus rapidement, après avoir franchi la  ligne des crêtes de son pouvoir au Moyen-Orient. Que s’est-il donc passé et pourquoi ?
La défaite de Nasser et du nationalisme arabe.

En 1967, L’Egypte de Nasser était au sommet de sa puissance ; Israël semblait pris au piège et assiégé par des ennemis puissants ; les troupes égyptiennes se renforçaient au Sinaï tandis qu’elles menaient des combats au Yémen pour y asseoir une république, menaçant ainsi l’Arabie saoudite et le pétrole américain.

Israël attaqua tous ses ennemis sur tous les fronts et les défit un à un en quelques jours. Nasser ne se remit jamais de sa défaite et mourut quelques années après. Il fut remplacé par Anouar el Sadate qui ne tarda pas à entrer dans le jeu américain, après une guerre ou un semblant de guerre, contre Israël, qui lui permit de faire une paix séparée, avec l’ennemi des Arabes et l’occupant, sous protection occidentale et surtout américaine, des terres sacrées palestiniennes.

Il fut assassiné et Hosni Moubarak le remplaça.

Depuis, l’Egypte passa du camp arabe au camp israélo-américain, entraînant derrière elle tous ceux qu’on appelle aujourd’hui les gouvernements « modérés » arabes.


Une question de vocabulaire.

Les événements de ces derniers jours montrent bien que le terme ‘modéré’ possède ici un autre sens que celui que nous pouvons trouver dans les dictionnaires, car tous ces gouvernements sont dictatoriaux, sauvages, inhumains, corrompus, fanatiques même, et massacrent leurs populations, pour peu qu’elles leur désobéissent et manifestent pacifiquement leur désaccord.

En fait, dans ce contexte, on devrait changer, dans les dictionnaires, la définition de cet adjectif comme suit :

« Gouvernement modéré veut dire gouvernement qui obéit au doigt et à l’œil au gouvernement américain, même si cela comporte d’affamer un population assiégée de 1,5 millions de Palestiniens, même si on doit fermer les yeux sur toutes les agressions israéliennes contre le Liban, les Palestiniens des territoires occupés et tous les voisins d’Israël, même si on doit accepter toutes les humiliations que comporte la collaboration avec un maître qui vous achète et vous manipule, ainsi que la trahison de votre peuple ».

Ce fut ainsi que les peuples arabes, surtout égyptien, ont compris ce que veut dire le terme ‘modéré’. Parmi ces gouvernements dits ‘modérés’, on en trouve qui sont complètement fanatiques et intégristes, interdisant, dans leurs pays,  tous genres de libertés, dont la religieuse, et finançant l’intégrisme partout dans le monde.

D’autres s’amusent ou se sont amusés à faire sauter des Eglises en secret, pour se présenter comme les seules défenses contre l’intégrisme et le terrorisme musulmans.

D’autres ont des lois anti-blasphème, qui leur permettent de jeter en prison et même de condamner à mort les personnes qui déplaisent, musulmanes ou non.

D’autres, comme ce fut le cas au Liban, furent installés par leur roi du pétrole, pour endetter le pays et le faire obéir au doigt et à l’œil aux intérêts américano-israéliens.

Les causes du renforcement de l’intégrisme et du terrorisme dans les pays du Moyen-Orient.

La défaite de Nasser et du nationalisme arabe a renforcé les Frères musulmans en Egypte, tandis que leur oppression, par ses remplaçants, a entraîné leur métastase dans tout le monde musulman surtout arabe.

Mais cela n’est rien à côté du génie du mal, de l’imagination israélo-américaine, personnifié par Henri Kissinger.

Il fallait résoudre, en même temps, la question palestinienne et défaire l’Union soviétique de l’intérieur, car on ne pouvait pas la battre autrement, à cause de l’équilibre de la terreur.

Quoi de mieux et de plus facile qu’une série de guerres religieuses au Liban, permettant ainsi d’y remplacer les chrétiens libanais par les Palestiniens musulmans et montrant au monde que la vie avec l’Islam est impossible :

Israël pourrait ainsi avoir son Etat confessionnel juif, les Palestiniens « coupables » du « génocide » des chrétiens libanais perdraient ainsi toute sympathie occidentale, tandis que les guerres confessionnelles au Liban exciteraient les fanatismes dans tout le Moyen-Orient jusqu’aux frontières des républiques soviétiques musulmanes, engendrant ainsi les divisions à l’intérieur de cet Empire.

Américains et Israéliens, heureux de leur découverte, ne s’arrêtèrent pas là. Ils renforcèrent la résistance islamique en Afghanistan en y envoyant Ben Laden et Al Qaeda avec financement saoudien et appui pakistanais, transformant ce dernier Etat, jusqu’alors passablement démocratique en pays islamique fanatique.

Entretemps, l’Arabie saoudite, forte de la remontée vertigineuse des prix du pétrole et de l’appui américain, finançait l’islam intégriste dans le monde entier, éveillant la crainte des populations locales, surtout européennes et américaines, crainte nécessaire à générer leur appui à un  Israël, pays « démocratique confessionnel » toujours plus agressif, dominateur, conquérant et colonisateur, mais « excusable car vivant au milieu des terroristes religieux islamiques ».

Entretemps, les populations arabes asservies, affamées, volées et humiliées par leurs gouvernements, installés, protégés et manipulés par l’Occident, observaient ces mêmes gouvernements signer, un à un, des paix honteuses séparées avec Israël.

Ce dernier devenait ainsi libre d’opprimer, agresser, bombarder, voler et chasser les populations conquises en Palestine ou dans les états avoisinants.

Les populations arabes désespérées  n’avaient que Dieu vers qui se tourner pour réclamer justice. Beaucoup se jetèrent alors dans le terrorisme. L’islam fut accusé, bien que le terrorisme a toujours été l’arme du faible et des peuples asservis, à quelque religion qu’ils appartiennent, même ceux qui n’en ont pas, comme les athées communistes.

Tout cela a été possible, à cause de la transformation des démocraties occidentales en ‘corporatocraties’, dirigées par les corporations multinationales, alliées aux puissants lobbies pro-israéliens, profitant de la culpabilité de l’Occident, et contrôlant ensemble les médias.

Ascension et chute des corporatocraties.

Après la seconde guerre mondiale, l’Amérique était devenue la protectrice incontestée du monde, dit libre, et l’héritière de ses colonies qu’elle gouverna par l’intermédiaire des Nations Unies et des institutions internationales qui en dépendaient, dont le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale.

L’Europe était détruite par la guerre et criblée de dettes à l’Empire américain, tandis que le Japon, l’Allemagne, l’Italie étaient en plus occupées par les troupes de l’OTAN. C’était une ère d’expansion transformant les compagnies américaines en multinationales juteuses, contrôlant les marchés pétroliers, les BTP, l’armement et autres industries, par la technologie et surtout par les médias qui étaient devenus extrêmement coûteux.

Après avoir remplacé les anciennes puissances coloniales alliées dans leurs anciennes colonies, l’Amérique voulut contrôler les marchés agricoles, du pétrole, des matières premières, de l’armement…

Il lui fallait donc contrôler les gouvernements de ce qu’on appelle le monde libre et des pays en voie de développement.

Dans ces derniers, la meilleure façon de le faire était d’y installer des dictatures obéissantes et corrompues, par la voie d’emprunts énormes impossibles à rembourser, emprunts faits sur conseils qui ne peuvent qu’être crédibles car venant d’institutions internationales, comme le FMI ou la Banque Mondiale, toutes sous l’influence presque exclusive des Etats-Unis ou de ses alliés obéissants.

Quant aux gouvernements « démocratiques » des Etats-Unis et d’Europe, ils avaient besoin, pour être élus, des médias et des grands lobbies pro-israéliens, tous deux sous les ordres des corporations ou d’Israël qui avait intérêt à recevoir toute l’aide américaine et/ou européenne que leurs gouvernements ne pouvaient plus lui refuser, de peur de ne plus pouvoir être élus.

Ainsi, tout était pour le mieux : les gouvernements « démocratiques » obéissaient aux corporations et à Israël, par l’intermédiaire des médias et des lobbies pro-israéliens, les gouvernements dictatoriaux, installés dans les pays musulmans et ceux du tiers monde, leur obéissaient, car endettés, corrompus et ayant besoin de protection, car haïs par leurs propres populations qui se jetaient dans la religion, le fanatisme et même le terrorisme, car « ils ne savaient plus a quels saints se vouer ». Si, par contre, ils désobéissaient, ils étaient assassinés, comme ce fut le cas pour le Premier Ministre libanais, Rafiq Hariri.

Cela faisait le jeu des corporations, des gouvernements et d’Israël qui se targuaient d’être la seule défense des populations du monde libre « contre le fanatisme et le terrorisme musulmans » qu’ils soient chiite ou sunnite.

Tout a une fin.

« On peut tromper tout le monde, un moment ; on peut tromper quelques uns, tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps » et, avec la découverte de l’internet, on ne peut plus tromper grand monde, par les médias et la propagande, car les médias n’ont plus le monopole de la vérité.

Ce fut ainsi que les peuples arabes se soulevèrent ; les médias, Israël et les gouvernements qui leur sont tributaires tentèrent de soutenir les gouvernements qui dépendent d’eux en invoquant en vain le spectre de prises de pouvoir par des groupes islamistes. Car, il est vrai que dans les pays d’Occident, on a la liberté d’opinion, mais avec le monopole de l’information, on ne pouvait pas la publier. Or, il leur a fallu se rendre à l’évidence, une évidence qu’avec l’internet, création américaine, supposée les aider à avoir un contrôle global sur le monde, avec cet internet, les Américains et leurs protégés israéliens avaient perdu le contrôle de l’information et ne pouvaient plus cacher la vérité derrière leur petit doigt, car « tout fut dévoilé », comme l’affirmait la prophétie.

Ce fut ainsi que Thomas Friedman finit par écrire, dans le New York Times, média par excellence, représentant à la fois le pouvoir des corporations et des lobbies, que (je résume) : « Que faisons-nous à dépenser 110 milliards de dollars par an pour appuyer des régimes corrompus et impopulaires, en Afghanistan et au Pakistan, et qui sont presque identiques aux gouvernements, pour le renversement desquels nous applaudissons les peuples arabes ?  Depuis le 11/9/2011, l’Ouest espérait que le monde musulman défierait l’idéologie radicale islamique violente de Ben Laden et d’Al Qaeda, mais cela n’arriva jamais car les régimes, installés par l’Ouest, trouvaient que l’extrémisme était un repoussoir utile à leur continuité. De plus, leur comportement abusif et leur vicieux étouffement de toute liberté incitaient encore plus à l’extrémisme. Maintenant les peuples eux-mêmes, sans avoir besoin de l’aide occidentale, ont pris leur sort entre leurs mains et lancent un sérieux défi à toute idéologie intégriste et extrémiste. Ils ont trouvé leur réponse à Ben Laden ; elle s’appelle démocratie. Ils ont encore beaucoup de chemin à faire avant d’y arriver, mais ils ont entrepris sans aide leur marche vers la modernité…

« En fait, l’Inde a la seconde plus nombreuse population musulmane du monde, devant le Pakistan. Pourtant, il n’y a pas de musulmans indiens incarcérés à Guantanamo, car l’Inde est un pays démocratique. »


Une (ou la) vérité.

J’ai titré, ‘une’ vérité et non ‘la’ vérité car personne ne possède ‘la’ vérité, comme ont voulu nous faire croire les médias, possédés par les corporations et dont nos gouvernements sont tributaires et tributaires des lobbies pour pouvoir être élus.

Une vérité donc, est que les corporations ont besoin de guerres pour travailler et enrichir leurs dirigeants. Les guerres leur sont utiles pour vendre des armes, reconstruire ce qui a été détruit, vendre ce qui est cassé, apeurer les émirs du pétrole et autres dictateurs, pour leur offrir leur « protection », leur vendre des armes (120 milliards de dollars pour la seule Arabie saoudite). Ces derniers le leur rendent en leur conservant le monopole du pétrole et des minéraux des sous-sols des pays qu’ils accaparent, sans oublier des faveurs politiques, comme l’implantation des Palestiniens au Liban, la destruction de la résistance libanaise ou une paix séparée et injuste en faveur d’Israël.

Tout cela les enrichit et leur donne le pouvoir de contrôler les élections des pays dits démocratiques, les nominations dans les organismes internationaux, dont les tribunaux, comme le Tribunal Spécial pour le Liban et les dictateurs du monde en développement (sic). Pour cela, n’en déplaise à Thomas Friedman et à ceux qui font le même travail, les 110 milliards de dollars par an en Afghanistan, ne sont pas de l’argent perdu pour tout le monde, c’est de l’argent gagné au centuple par les corporations multinationales.

De même, la paix au Moyen-Orient n’a jamais été leur but ni celui d’Israël ; la paix au Moyen-Orient, comme dans le monde, est un de leurs mensonges, car ni les corporations y trouvent leur intérêt, ni Israël ne voudrait arrêter son grignotage de la Cisjordanie et ses agressions contre les terres et montagnes libanaises qu’il convoite, pour leur eau, leur fertilité et leurs sommets, permettant de tout observer et détecter de la frontière égyptienne jusqu’en Turquie.

Pour tout cela, les guerres de religion sont si utiles, surtout dans leur berceau moyen-oriental.

Seulement, ces jours-ci, il y a eu un hic, dans ce si beau plan, et ce hic, c’est l’internet, création américaine, création de ces mêmes corporations américaines qui déforment la vérité pour leur plus grande fortune.

C’est comme si, n’en déplaise aux non croyants, il y avait un Dieu qui détournerait la « sagesse des sages, pour en protéger les petits et les pauvres ». Ce Dieu, supposé inexistant, a quand même affirmé des vérités qui se réalisent aujourd’hui : « tout ce qui a été dit au fond de l’oreille sera proclamé au haut des toits » et « tout  ce qui a été caché sera dévoilé au grand jour », tandis que les religions chrétienne et musulmane ont en commun aujourd’hui deux martyrs de la même cause des libertés religieuses au Pakistan : le musulman Salman Taseer, gouverneur du Punjab, et le chrétien Shahbaz Bhatti, ministre des minorités pour le gouvernement du Pakistan.

Leur sacrifice commun, ainsi que les révoltes pour la liberté et la démocratie arabes, surtout celle égyptienne, communes aux chrétiens et aux musulmans, montrent bien que le plan des guerres religieuses y a échoué. Nasser devrait sourire d’aise, lui qui avait toujours utilisé le symbole du clocher embrassant le minaret, pour bien montrer que tous les citoyens sont égaux quelle que soit leur religion.

« Qu’est-ce que la vérité », avait demandé, Ponce Pilate, un autre sage puissant et calculateur, à l’Innocent qu’il allait sacrifier à la raison d’Etat et qui allait être adoré par plus d’un milliard de personnes.

Par Roger Akl
Libnanews