Monsieur le Président,

Ce qui s’est passé au Liban ces derniers jours est loin de représenter une menace réelle contre la stabilité du pays. Même si je comprends votre réticence à le croire, voyant la spirale infernale dans laquelle le pays nous a habitué à le voir pris et souvent pour des raisons bien moindres.

En effet, faire tomber le gouvernement Hariri par une action démocratique et légale (démission de 10 ministres de l’opposition + 1 ministre = 1/3 des ministres)  n’est rien de plus normal pour une démocratie, dès lors qu’un désaccord de fond n’ayant pu être résolu des mois durant au sein du gouvernement d’union nationale issu des accords de Doha.

Il s’agit en premier lieu de l’ embarrassant dossier des faux témoins à la base de l’acte d’accusation désignant le Hezbollah comme responsable de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et le deuxième concernant la corruption généralisée dans ce pays en pointant notamment le devenir de 11 Milliards de $ disparus des caisses de l’État sur une dette extérieure de plus de 60 Milliards de $. Les USA et l’Europe en général, étant donné votre trop grande proximité de l’État d’Israël et votre incapacité à faire cesser les colonisations en Cisjordanie, ne représentez plus pour l’opposition des interlocuteurs fiables.

Vous soutenez à bout de bras et coûte que coûte Saad Hariri déchu pour sa très mauvaise gestion des affaires économiques et sécuritaires du pays depuis 2005 et surtout depuis qu’il est Premier ministre, ainsi que pour son implication dans le dossier des faux témoins. La politique intérieure libanaise doit être résolue de l’intérieur. Saad Hariri est loin d’être le seul représentant de la communauté sunnite du Liban capable d’endosser la charge de Premier ministre, il faut le savoir.

Ni les USA, ni la France, ni l’Europe, ni la Syrie, ni les autres pays arabes, ni l’Iran n’ont à s’immiscer dans les affaires intérieures libanaises. Il s’agit d’un problème politique libanais à résoudre entre les différents chefs politiques libanais sous la houlette de Michel Sleiman le Président de la république : Saad Hariri (ancien PM), Amine Gemayel (ancien Président de la république), Samir Geagea (ancien chef de milice), Walid Joumblatt (chef incontesté de la communauté druze), Michel Aoun (chef du courant patriotique libre), Nabih Berri (Président du parlement), Hassan Nassrallah (secrétaire général du Hezbollah) et d’autres.

Que je sache, le combat mené durant cette crise est verbal, l’arme de la démocratie par excellence,  sans effusion de sang. Votre initiative bien que louable ne me parait pas représenter un gage de sérieux suffisant vis-à-vis des interlocuteurs libanais, ne jouissant plus de la confiance nécessaire auprès de l’opposition. Le Liban n’a pas besoin d’aide identique à celle des USA en Irak avec son cortège de désolation et d’exacerbation de communautarisme crée de toute pièce par une politique qui prétend vouloir voir appliquée la démocratie. L’assainissement de l’économie, la justice basée sur la vérité donneront la stabilité.

La corruption, l’injustice et le mensonge donneront l’instabilité. Si vous montrez votre capacité d’éponger partiellement ou en totalité, d’une manière ou d’une autre,  la dette extérieure du Liban ce sera un début de réponse à la stabilité, sinon il faut laisser les libanais s’attaquer sans tarder et sans appui extérieur aucun à la corruption qui ronge en profondeur le système économique du pays. Croyez le bien Monsieur le Président, ma lettre n’a d’autres prétentions que de vous éviter certaines fausses pistes qui pourraient dé crédibiliser la France dans cette partie du monde où la parole compte autant que le geste.

Dr Riad JREIGE   le 15/01/2011