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Liban: Le patriarche présente son projet de neutralité

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Le patriarche maronite Béchara Boutros Rahi a présenté, au cours d’une conférence de presse depuis le siège patriarcal de Dimane, son “mémorandum du Liban et de neutralité active”.

“Dans le sermon du 5 juillet 2020, j’ai lancé un appel à l’Organisation des Nations Unies, lui demandant de” travailler sur la restauration de l’indépendance et l’unité du Liban, à la mise en œuvre des résolutions internationales et déclarer la neutralité du Liban.

La neutralité du Liban est la garantie de son unité et de son positionnement historique, en particulier dans cette phase de changements géographiques et constitutionnels. La neutralité du Liban est sa force et la garantie de sa stabilité. Un Liban neutre est également en mesure dà contribuer à la stabilité de la région, à défendre les droits des peuples arabes et à la cause de la paix, et à jouer un rôle dans le tissage de relations saines et sûres entre les pays du Moyen-Orient et d’Europe, en raison de sa situation sur la côte méditerranéenne.

Notre proposition de neutralité a été largement soutenue par diverses communautés et partis, et il y avait un grand nombre d’articles à l’appui, bien que certaines réserves et questions aient été émises.

C’est pourquoi j’ai jugé nécessaire de publier ce mémorandum “Le Liban et la neutralité active”. J’aborde cinq points:

  1. les exigences de cette proposition,
  2. le concept de neutralité,
  3. son importance en tant que source d’indépendance et de stabilité du Liban,
  4. les avantages pour le Liban et son économie qui en découlent,
  5. et la conclusion.

1 – Les obligations

Peut-être la neutralité du Liban, en tant que système constitutionnel, n’était-elle pas présente dans l’esprit des fondateurs de l’État du Grand Liban, mais elle était présente comme une politique de défense et étrangère que cette petite et nouvelle entité suivrait pour établir son existence et maintenir son indépendance, sa stabilité, son unité et son identité.

Lors de la rédaction de la constitution libanaise en 1926, le haut-commissaire français, Henri de Jouvenel, a demandé à son gouvernement de lui envoyer une copie de la constitution de la Suisse, car il la trouvait adaptée à la composition libanaise.

Cette tendance s’est confirmée en 1943 lorsque le gouvernement indépendant a déclaré que le Liban était attaché à la «neutralité entre l’Est et l’Ouest», et l’a souligné en 1945 lors de la rédaction de la Charte de la Ligue arabe, qui rendait les décisions de la Ligue non contraignantes même si elles étaient prises à l’unanimité.

Les travaux préparatoires de cette charte et les interventions ont affirmé que «le Liban est un pays de soutien, pas un État de confrontation». Ce serait donc un élément de solidarité entre les Arabes, pas un facteur de démantèlement et d’alimentation des conflits arabes, et un départ de la solidarité arabe au profit de stratégies qui servent des régimes étrangers et ne servent pas les intérêts arabes communs.

L’idée de neutralité a été répétée dans diverses expressions dans les discours des présidents de la république, dans les déclarations ministérielles et dans chaque déclaration nationale émise par la Commission de dialogue jusqu’au 12 juin 2012 avec la «Déclaration de Baabda» qui a été approuvée à l’unanimité et comprenait clairement l’expression «la neutralisation du Liban».

Cette «déclaration» a été envoyée à l’Organisation des Nations Unies et elle a été distribuée en tant que document officiel du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale (voir les documents: A / 66/849 et S / 2012/477). Le 19 mars 2015, le Conseil de sécurité a publié une déclaration appelant les parties libanaises à respecter ce qui est stipulé dans cette «déclaration».

Grâce à cette sage politique, le Liban a pu préserver son intégrité territoriale malgré les projets d’unité arabe et malgré toutes les guerres arabo-israéliennes. Tous les pays frontaliers d’Israël (Syrie, Jordanie et Égypte) ont perdu une partie de leurs terres à l’exception du Liban. Et si la neutralisation relative du Liban face aux conflits de la région entre 1943 et 1975 conduisait à la prospérité, à une croissance accrue, à une augmentation du revenu par habitant et à une baisse du chômage, jusqu’à ce que le Liban soit appelé la «Suisse de l’Est».

Cette époque a été marquée en 1958 lorsque le président égyptien Gamal Abdel Nasser a tenté d’inclure le Liban dans l’unité transitoire égypto-syrienne. Cependant, les Libanais ont rapidement surmonté cette épreuve, se sont réconciliés et ont achevé la construction de l’État. L’équilibre libanais s’est détérioré avec l’entrée du facteur palestinien dans l’équation interne, le lancement de l’action armée palestinienne au Liban, et la prise du parti, qui a conduit au déclenchement de la guerre en 1975.

Face à la scission chrétienne / islamique qui a suspendu le gouvernement, l’État libanais s’est conformé et a accepté de renoncer à sa souveraineté. En 1969, il a signé l ‘«Accord du Caire» qui permettait aux organisations palestiniennes de mener des actions militaires contre Israël depuis le sud du Liban.

Elle a évoqué le parti pris de l’Etat et des factions libanaises envers les conflits idéologiques, politiques, militaires et sectaires au Moyen-Orient. Israël a occupé le sud du Liban (1978/2000) et les organisations palestiniennes ont pris le contrôle de la partie restante jusqu’au centre de Beyrouth (1969/1982). Puis les forces syriennes sont entrées au Liban (1976/2005), et le Hezbollah est né avec le projet de la République islamique d’Iran dans ses aspects religieux, militaires et culturels (1981 / …).

Tous ces événements se sont produits en raison du départ du Liban de la politique reconnue de neutralité sans texte constitutionnel. Ainsi, l’État a perdu son autorité interne, l’entité a sa souveraineté frontalière, le pays a son rôle politique et la formule est son équilibre et la société a sa particularité culturelle. En raison de ce déséquilibre, les conflits internes internes n’étaient pas moins féroces que les guerres principales. Le Liban est actuellement ébranlé entre l’unité et la division.

Ainsi, l’expérience des cent ans (1920/2020) de la vie de l’État du Grand Liban a révélé que le Liban ne peut pas être la patrie du message sans adopter un système de neutralité. Le parti pris pour les conflits des pays et des peuples du Moyen-Orient blâme la formule du partenariat entre chrétiens et musulmans dans ses aspects spirituels, patriotiques et humanitaires. Le Liban s’est désintégré et toutes les solutions et tous les règlements ont échoué et ne sauve plus son unité, son indépendance et sa stabilité, sauf pour la neutralité. C’est parce que les différences d’intensité et de profondeur menacent l’entité, pas seulement l’État.

La déclaration de neutralité du Liban est un acte fondamental comme la déclaration de l’État du «Grand Liban» en 1920 et la déclaration de l’indépendance du Liban en 1943. Le premier acte a été d’empêcher le peuple libanais de se dissoudre dans l’unité arabo-islamique et de lui accorder son système parlementaire démocratique et sa coexistence. Le deuxième acte a donné la souveraineté au pays émergent et a établi son rôle indépendant dans le système national. Le troisième acte, que nous nous efforçons de réaliser, empêche la division du Liban, le protège des guerres et préserve sa vie privée. La neutralité est le «contrat de stabilité» après des décennies d’existence et de souveraineté.

2 – Le concept de neutralité militante

Le Liban, avec sa neutralité militante, a trois dimensions interdépendantes, complémentaires et indivisibles.
La première dimension est la non-entrée catégorique du Liban dans les alliances, les axes, les conflits politiques et les guerres aux niveaux régional et international, et le refus de tout État régional ou international de s’ingérer dans ses affaires, de le dominer, de l’envahir, de l’occuper ou d’utiliser ses terres à des fins militaires, selon l’accord de la deuxième Conférence de La Haye (18 octobre 1907). Et tous les accords régionaux et internationaux ultérieurs.
Le Liban a le droit de rester un membre actif de la Ligue arabe et des Nations Unies, contribuant à enrichir l’idée de solidarité des peuples et leur travail pour la paix et la renaissance des peuples.

La deuxième dimension est la sympathie du Liban pour les questions des droits de l’homme et de la liberté des peuples, en particulier des peuples arabes, sur lesquels leurs pays et les Nations Unies sont unis. Ainsi, le Liban continuera à défendre les droits du peuple palestinien et à œuvrer pour trouver une solution pour les réfugiés palestiniens, en particulier ceux qui se trouvent sur son territoire. Le Liban neutre peut remplir son rôle et sa «mission» dans son environnement arabe, dans lequel l’exhortation apostolique du pape Jean-Paul II, «Un nouvel espoir pour le Liban» (paragraphes 92 à 93), qui comprend des initiatives de réconciliation et de rapprochement entre divers pays arabes et régionaux et de règlement des conflits, est simplifiée. L’avantage du pluralisme religieux, culturel et civilisationnel du Liban en fait l’arbitre de la terre de rencontre et de dialogue entre les religions, les civilisations et les cultures, conformément à la résolution des Nations Unies à la session de septembre 2019, qui a déclaré le Liban «Académie humaine pour le dialogue des religions et des civilisations». Le Liban, avec sa situation au bord de la Méditerranée, est un pont culturel, économique et civilisationnel entre l’Est et l’Ouest.

La troisième dimension est de renforcer l’État libanais pour qu’il soit un État militairement fort, avec son armée, ses institutions, sa loi, sa justice, son unité interne et sa créativité, afin d’assurer sa sécurité intérieure d’une part, et de se défendre contre toute agression terrestre, maritime ou aérienne venant d’Israël ou d’autres d’autre part. Le Liban neutre exige que les dossiers frontaliers avec Israël soient traités sur la base de la ligne d’armistice, et les frontières avec la Syrie sont également tracées.

3 – Le système de neutralité est la source de l’indépendance et de la stabilité du Liban.

La neutralité assure la sortie de l’état des conflits, des guerres et des événements internes successifs qui ont suivi la création de l’État du Grand Liban: 1958, 1969, 1973, 1975. En
référence aux causes historiques des conflits, on trouve trois types de base:
A – conflits internes entre les composantes Groupes religieux et sectaires aux loyautés multiples, fondés sur un fond nationaliste et idéologique et un désir de modifier le pouvoir du gouvernement dans le pays et de servir les intérêts d’autres pays.
B – Conflits politiques, géographiques et nationaux dans les pays voisins qui ont eu des répercussions pour nous.
C – Le manque de clarté de la relation de la Syrie avec le Liban en termes de territoire, d’autorité ou de frontières internationales. Il s’agissait souvent de différends.
D – régresser l’émergence de l’Etat d’Israël sur le Liban, en particulier sa sécurité nationale, frontalière et intérieure, et faire venir des réfugiés palestiniens.
Ces différends ont fait l’objet de solutions superficielles et temporaires jusqu’à ce que la constitution soit amendée après l’accord de Taif en 1989, avec le transfert de l’autorité exécutive de la présidence de la République au Conseil des ministres collectivement et en adoptant l’équité numérique au sein du Conseil représentatif. Tous ces règlements politiques et constitutionnels ont mis fin à la guerre, mais ils n’ont pas arrêté le conflit. Au contraire, il s’est aggravé après chaque règlement, car les colonies contenaient en son sein les germes de conflits futurs. Le Liban est devenu une patrie dont les éléments ont contesté leur rôle dans sa domination et une arène pour «les guerres des autres» sur ses terres.

Si les causes de ces conflits ne sont pas traitées en profondeur, alors les conflits et les guerres continueront, et nous arrivons à l’un des trois cas: soit une secte prend le pouvoir sur les autres par la force des armes et met la main sur l’État et menace ses voisins et l’équilibre régional, soit le Liban reste un État défaillant, légitime et en perte de poids et de stabilité, soit il décide. D’autres reconsidèrent l’entité libanaise dans le contexte des changements au Moyen-Orient, contrairement à notre volonté de nous unir et de vivre ensemble. Nous avons donc proposé un système de neutralité pour éviter ces situations et instaurer souveraineté et stabilité.

4 – Le Liban et son économie bénéficiant du système de neutralité

a – Le Liban bénéficie du système de neutralité dans deux domaines fondamentaux:
1 – La neutralité sauve l’unité de la terre et du peuple libanais et ravive le partenariat national islamo-chrétien qui s’est fracturé en de nombreux endroits. Avec la neutralité du Liban, ses dix-huit sectes retrouvent leur sécurité et leur stabilité, se font confiance à l’écart des conflits et contribuent à la stabilité régionale et à la paix dans le monde.
2 – La neutralité rend la participation de toutes les composantes libanaises plus flexible et positive, car elle perturbe les préjugés et les tendances dans l’exercice des pouvoirs et de l’autorité, quelle que soit l’identité politique et sectaire du fonctionnaire.
B – L’économie libanaise profite à plus d’un secteur: la
neutralité renforce l’économie grâce à la stabilité, la sécurité et les capacités des Libanais en termes de culture, d’expérience et de créativité. Nous mentionnons ici sept secteurs spécifiques au Liban qui dynamisent son économie:
1- Les capacités bancaires et financières et une longue expérience dans ce domaine font du Liban la trésorerie du Moyen-Orient. Parce que la stabilité et la sécurité engendrent la confiance.
2 – Niveau médical et hospitalier élevé, et le matériel médical est de haute qualité. Le Liban est plus proche du Moyen-Orient que l’Europe et les États-Unis d’Amérique, et la langue arabe est une composante essentielle. Par conséquent, le Liban est un centre médical pour le Moyen-Orient, et il dispose d’une chaîne d’hôtels qui permet aux familles des patients de les accompagner.
3 – Le Liban est un centre touristique pour le Moyen-Orient et le monde, si la stabilité et la sécurité y sont assurées. Les caractéristiques touristiques du Liban en font un centre attrayant. C’est en plus des hôtels, des stations balnéaires et de montagne et des restaurants.
4- Le Liban est un centre d’éducation et d’éducation au Moyen-Orient grâce à son haut niveau traditionnel, notamment au niveau universitaire. Les Arabes préfèrent le Liban à l’Europe et aux États-Unis d’Amérique. À ce titre, le Liban contribue à répandre l’esprit de compréhension et de paix.
5- Le Liban, avec sa stabilité et sa sécurité, incite les dispersés à revenir et à investir dans divers projets. Ce faisant, ils fournissent des emplois, de la croissance et une qualité de vie qui ont dominé le Liban entre les années 50 et le début des années 70.
6- Le Liban bénéficie de la neutralité grâce à son appartenance au monde arabe, à sa situation au bord de la Méditerranée, à son rôle historique et à sa civilisation.

Grâce à tout cela, le Liban devient l’axe de l’Union méditerranéenne et le lieu où se croisent les intérêts de toutes les parties. Le partenariat européen et l’Union méditerranéenne sont des projets vitaux pour le Liban. L’idée de l’Union méditerranéenne est au cœur d’une vision d’avenir, et cette «union» porte une réelle capacité à créer un nouveau système de valeurs et une puissance politique, économique, culturelle et de navigation dans cette région stratégique du monde. Elle rend également l’Europe plus connectée au monde arabe, plus soucieuse de ses intérêts et donc moins désireuse de défendre Israël.

5 – Ce dont nous avons besoin

Sur la base de tout cela, nous appelons la communauté arabe et internationale à comprendre les raisons historiques, sécuritaires, politiques, économiques, culturelles et civilisationnelles qui poussent la majorité des Libanais à adopter une «neutralité active», et que les Nations Unies reconnaissent en temps opportun le système de neutralité avec ses trois dimensions:
Premièrement, le Liban est né et a suivi la ligne de neutralité et de non-alignement depuis sa fondation jusqu’en 1969 avec l ‘«Accord du Caire» qui permettait aux réfugiés palestiniens de posséder des armes lourdes et de combattre Israël depuis le territoire libanais, et l’émergence ultérieure de forces militaires libanaises et non libanaises en dehors de l’État.
Deuxièmement, le Liban, en vertu de son système démocratique et libéral, et de l’avantage de son pluralisme religieux et culturel organisé dans la Constitution et la Charte nationale, et en raison de sa situation sur la côte méditerranéenne entre l’Est et l’Europe, a un rôle dans la promotion de la paix et de la stabilité dans la région, la défense des droits des peuples et la médiation du rapprochement et de la réconciliation entre les pays arabes, Et de fournir un espace de dialogue des religions, des cultures et des civilisations.

Troisièmement, le Liban, qui est basé sur le pluralisme et l’équilibre entre ses composantes, doit continuer pour que l’Organisation des Nations Unies, avec les pays concernés, trouve une solution à la présence d’environ un demi-million de réfugiés palestiniens et d’environ un million et demi de Syriens déplacés sur ses terres.

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