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Washington et Paris, parrains sous conditions du plan de désarmement

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Deux capitales aux manettes du soutien sécuritaire

Depuis le lancement officiel de Horsiyate el Silah en mars 2025, deux pays se sont imposés comme les principaux bailleurs et garants internationaux du programme : les États-Unis et la France. Leur engagement ne date pas d’hier. Washington et Paris, piliers du soutien militaire au Liban depuis l’Accord de Taëf de 1989, ont vu dans ce plan une opportunité de renforcer l’autorité de l’État libanais tout en consolidant leur influence stratégique dans la région. Mais ce soutien n’est ni gratuit ni inconditionnel : il s’accompagne de critères précis, d’objectifs chiffrés et d’une surveillance diplomatique de chaque étape.

Washington : le pragmatisme sous conditions

Les États-Unis restent le premier fournisseur d’aide militaire au Liban. En 2025, l’assistance américaine représente 200 millions de dollars sur un budget de défense total de 1,9 milliard USD. Cette aide se traduit par la fourniture d’armements légers, de véhicules blindés, de systèmes de communication sécurisés et par la formation de plus de 2 500 soldats libanais dans des centres d’entraînement en Jordanie et aux États-Unis.
L’administration américaine, dirigée par Donald Trump depuis janvier 2025, a fixé trois conditions principales au versement intégral de son aide :

  1. Une réduction mesurable de la circulation d’armes illégales d’ici fin 2026 (objectif : -30 % par rapport à 2024).
  2. L’exclusion des armes de la « résistance » du Hezbollah du champ des opérations militaires, pour éviter un affrontement direct.
  3. Des audits trimestriels menés par des observateurs internationaux sur l’utilisation des fonds et du matériel livré.
    Ces exigences sont assumées par Washington comme un moyen de garantir que l’aide renforce l’État libanais sans provoquer d’escalade militaire.

Paris : soutien historique et diplomatie de terrain

La France, deuxième partenaire sécuritaire du Liban, a consacré en 2025 75 millions d’euros au financement d’unités de gendarmerie mobile, à la modernisation de l’armement individuel et à la formation de spécialistes en lutte contre le terrorisme.
Son approche diffère de celle des États-Unis : Paris privilégie la diplomatie de proximité et le dialogue avec toutes les forces politiques libanaises, y compris le Hezbollah, qu’elle ne considère pas uniquement comme une organisation militaire mais aussi comme un acteur politique incontournable.
Le ministère français des Armées a également conditionné son aide à des objectifs précis :

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  1. La mise en place d’un programme de désarmement communautaire dans les régions sensibles, avec suivi social.
  2. Le renforcement des capacités de la police libanaise, afin que le désarmement ne repose pas uniquement sur l’armée.
  3. Un rapport semestriel transmis à Paris sur l’état d’avancement du plan, accompagné d’indicateurs socio-économiques.

Encadré chiffré : le soutien franco-américain au plan de désarmement (août 2025)

  • Aide américaine 2025 : 200 M USD (formation, équipement, logistique)
  • Aide française 2025 : 75 M EUR (gendarmerie, armement individuel, formation antiterroriste)
  • Objectif US : -30 % d’armes illégales d’ici 2026
  • Objectif France : désarmement communautaire accompagné d’un suivi social
  • Forces formées en 2025 : 2 500 soldats par les US, 1 200 gendarmes par la France
  • Audits prévus : 4 audits US/an, 2 audits FR/an

Les réunions de coordination : un pilotage serré

Depuis mars 2025, un comité mixte de coordination réunit chaque mois des représentants de l’armée libanaise, du gouvernement, des ambassades américaine et française, ainsi que des experts sécuritaires. Ces réunions, organisées alternativement à Beyrouth et à Paris, servent à évaluer les progrès et à ajuster les priorités opérationnelles.
Le 20 juin 2025, lors d’une session à l’École militaire de Paris, les représentants américains ont exprimé leur inquiétude face à la lenteur des opérations dans le Sud. Les Français, eux, ont mis l’accent sur le risque de fracture communautaire si le désarmement s’accélère sans solutions économiques pour les zones concernées.

Une influence qui dépasse la sécurité

Le soutien de Washington et Paris ne se limite pas au domaine militaire. Les États-Unis financent plusieurs projets de développement dans les zones désarmées, pour un montant de 40 millions USD en 2025, axés sur la réhabilitation des routes et des réseaux électriques. La France, via l’Agence française de développement (AFD), investit 25 millions d’euros dans des programmes de formation professionnelle et de soutien à l’agriculture.
Ces projets sont conçus pour donner une légitimité populaire au plan Horsiyate el Silah, en montrant que le désarmement peut se traduire par des bénéfices concrets pour les habitants.

Les réactions internes et régionales

Si le gouvernement libanais accueille favorablement cette aide, certaines forces politiques dénoncent une ingérence étrangère dans les affaires sécuritaires nationales. Le Hezbollah critique ouvertement les conditions imposées par Washington, les qualifiant de « diktats visant à affaiblir la résistance ».
Sur le plan régional, l’Arabie saoudite voit d’un bon œil l’engagement américain, qu’elle considère comme un contrepoids à l’influence iranienne au Liban. Téhéran, à l’inverse, accuse Washington et Paris de chercher à remodeler le paysage sécuritaire libanais à leur avantage.

Les risques d’un soutien conditionnel

L’aide internationale conditionnée peut se transformer en arme à double tranchant. Si les objectifs ne sont pas atteints, le Liban risque de voir ses financements suspendus, ce qui fragiliserait le plan Horsiyate el Silah.
De plus, la dépendance à ces aides limite la marge de manœuvre stratégique du gouvernement libanais, qui doit arbitrer entre la satisfaction des bailleurs et les contraintes politiques internes. Cette situation pourrait devenir un facteur de tension entre le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, notamment si les priorités des bailleurs divergent de l’agenda national.

Un pari sur trois ans

Washington et Paris ont fixé l’horizon 2028 comme échéance pour évaluer le succès du plan. Si les objectifs de désarmement sont atteints et que les tensions communautaires restent contenues, ils pourraient envisager une phase II, avec un soutien élargi à la réforme des institutions sécuritaires et judiciaires.
En cas d’échec, la conséquence la plus probable serait un gel partiel ou total des aides, assorti d’une perte de crédibilité internationale pour le Liban.

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