Dossier interactif · Moyen-Orient

Sud-Liban, 52 jours sous les bombes :
chronique d'une guerre en suspens

Du 2 mars 2026, date de l'effondrement du cessez-le-feu de novembre 2024, au cessez-le-feu fragile entré en vigueur mi-avril, le Sud-Liban a vécu sa campagne de bombardements la plus meurtrière depuis 2006. Cette infographie rassemble, croise et rend consultables les principaux événements documentés par les agences, l'ONU et les ONG de défense des droits humains.

Période couverte : 2 mars – 22 avril 2026 Dernière mise à jour : 22 avril 2026 Sources : ONU/OCHA, HRW, Amnesty, Libnanews, Al Jazeera, Reuters
Bilan humain

En chiffres

Données consolidées au 22 avril 2026. Bilans officiels du ministère libanais de la Santé, de l'OCHA et des ONG. Les chiffres sont susceptibles d'être révisés à la hausse (disparus sous les décombres).

Morts (Liban)
2 124+
dont 130+ enfants, 102 femmes, 57 personnels de santé
Blessés
6 762+
Centre des opérations d'urgence sanitaire, 13 avril
Déplacés
1,2 M
~20% de la population libanaise
Frappes (8 avril)
150+
en 10 minutes — "Black Wednesday"
Ponts détruits
9
sur le Litani (12 mars – 8 avril)
Cessez-le-feu
10 j
entré en vigueur le 16 avril — violé dès la première heure
Explorateur

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Légende

Frappe aérienne
Opération terrestre
Incident FINUL
Crise humanitaire
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Graphiques

L'escalade en données

Progression du bilan humain et répartition des victimes civiles. Sources : ministère libanais de la Santé, HRW, OCHA.

Progression cumulée du nombre de morts

Du 2 mars au 22 avril 2026

Décompte des victimes civiles identifiées

Au 13 avril 2026, sur 2 124 décès

Événements par catégorie (52 jours)

Incidents majeurs documentés

Frappes par zone géographique

Sud-Liban + banlieue sud de Beyrouth
Mise en contexte

Acteurs, enjeux, lignes de force

Le conflit du Sud-Liban s'inscrit dans la guerre régionale déclenchée par l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei fin février 2026. Les lignes ci-dessous synthétisent la position des principaux acteurs.

Israël

Opération « Eternal Darkness »

Le ministre de la Défense Israel Katz revendique l'instauration d'une « zone de sécurité » jusqu'au Litani, 30 km au nord de la frontière. L'armée revendique l'encerclement et la prise de Bint Jbeil, ainsi que la démolition systématique des villages frontaliers. La « Ligne jaune » institue de fait une occupation militaire après le cessez-le-feu.

Hezbollah

Résistance affaiblie

Après l'assassinat de Hassan Nasrallah en 2024 et de cadres en 2026 (dont Ali Yusuf Harshi, neveu du secrétaire général Naim Qassem), le mouvement a tiré jusqu'à 2 000 roquettes vers Israël, mais subit des pertes opérationnelles majeures. Il rejette le cessez-le-feu du 16 avril, qualifié d'« insulte », et refuse tout désarmement sans retrait israélien.

État libanais

Équilibrisme sous contrainte

Le gouvernement du Premier ministre Salam et le président Joseph Aoun ont publiquement condamné les frappes du Hezbollah sur Israël et demandé le placement de l'arsenal sous autorité étatique, tout en dénonçant l'occupation israélienne. Journée de deuil national décrétée le 9 avril après « Black Wednesday ».

États-Unis

Virage Trump : « enough is enough »

Après la trêve Iran–États-Unis (7–8 avril), Donald Trump déclare Israël « interdit » de bombarder le Liban. La pression américaine conduit au cessez-le-feu de 10 jours du 16 avril. Washington avait pourtant opposé son veto au renouvellement du mandat de la FINUL en 2025.

FINUL / ONU

Mission en sursis

Un Casque bleu indonésien tué fin mars par une frappe israélienne ; deux autres par un engin explosif imputé au Hezbollah. Un soldat français tué le 18 avril à Ghandouriyeh. Retrait des 7 500 Casques bleus prévu fin 2026. Les experts de l'ONU condamnent « un bombardement d'une ampleur sans précédent ».

Iran

Conditionnalité levantine

Téhéran a conditionné le cessez-le-feu dans la guerre Iran–États-Unis à l'arrêt des opérations au Liban. Menace de fermeture du détroit d'Ormuz à la suite des frappes du 8 avril. La filiale libanaise de l'« axe de la résistance » reste la dernière variable d'ajustement régionale.

Lecture

Trois lignes de force

1. La Ligne jaune comme nouvelle frontière de facto. Au-delà des chiffres, l'événement structurant de ces 52 jours est l'instauration, à la faveur du cessez-le-feu, d'une bande d'environ 10 km en territoire libanais que Tsahal déclare « zone de tir libre ». L'analogie avec Gaza, explicitement revendiquée par Israel Katz, acte une nouvelle architecture sécuritaire au Levant.

2. La destruction méthodique des infrastructures critiques. Les 9 ponts du Litani pulvérisés entre le 12 mars et le 8 avril ne sont pas des dommages collatéraux : ils coupent le Sud du reste du pays, isolent 150 000 personnes et rendent l'aide humanitaire tributaire du bon vouloir de l'occupant. L'hôpital de Tebnine touché, l'hôpital Hiram de Tyr endommagé, la mosquée historique de Bint Jbeil rasée : le tissu civil est l'enjeu, pas seulement la cible.

3. Un cessez-le-feu précaire, dépendant de Washington. L'arrêt des hostilités du 16 avril tient essentiellement à la ligne rouge tracée par Donald Trump après la trêve iranienne. Les violations ont commencé dans les 30 minutes suivant son entrée en vigueur. La démolition des villages frontaliers se poursuit. Sans mécanisme de supervision robuste — et la FINUL doit plier bagage en décembre — la durabilité de la trêve reste suspendue à la volonté politique américaine.

Références

Sources

Toutes les données chiffrées et les événements cités sont sourcés et vérifiables. Liste non exhaustive.