Le magazine Foreign Policy indique que 6 milliards de dollars ont été illégalement transférés hors du Liban ces derniers mois, suite à des pressions des hommes politiques sur les établissements bancaires locaux, en dépit de l’instauration d’un contrôle des capitaux informel dès novembre 2019.

Ces chiffres confirment les estimations déjà présentes depuis quelques mois. En effet, certains observateurs notaient que 12 milliards de dollars ont ainsi été transférés à l’étranger en 2020 alors que le programme de subvention à l’achat des produits de première nécessité est estimé à seulement 6 milliards de dollars.

Un banquier qui s’est entretenu avec Foreign Policy sous couvert d’anonymat a admis que les riches utilisaient leurs relations politiques pour transférer leur argent à l’étranger. «Les banques ont imposé des contrôles stricts des capitaux dans le but de mettre un terme à l’effondrement financier», a déclaré le banquier. «Cependant, l’élite politique et riche a mis plus de pression sur les banques pour transférer de l’argent à l’étranger. En l’absence d’une loi sur le contrôle des capitaux, ces transferts ne sont pas illégaux mais, à bien des égards, ils sont immoraux et erronés. De tels incidents se sont produits dans la plupart des banques et généralement avec une pression intense sur la direction de la banque. “

Selon une source de Foreign Policy, ces transferts au bénéfice de personnalités politiques impose des pressions supplémentaires sur la livre libanaise et donc dégrade la valeur de la parité de la livre libanaise face au dollars au détriment des petits déposants et de la classe moyenne tout en préservant les dépôts des grands déposants.

Les auteurs notent également que l’économie libanaise est constituée de monopoles jouissant des subventions de la Banque du Liban, comme un des intervenants qui notent que même le viagra est subventionné alors qu’une partie du fioul, également subventionné est exporté vers la Syrie. Ainsi le programme de subvention de la Banque du Liban ne bénéficie pas aux populations les plus vulnérables mais à certains intérêts privés.

Une estimation de 2 milliards de dollars de fonds transférés rien que vers la Suisse

Pour rappel, le procureur général de la République, le juge Ghassan Oueidat, avait officiellement demandé dès le 30 décembre 2019 aux autorités suisses et à leurs homologues libanais, des informations concernant le transferts de fonds vers le pays helvète. À l’époque, on estimait à plus de 11 milliards de dollars les fonds transférés à l’étranger après l’instauration d’un moratoire sur les virements vers l’étranger par l’association des banques du Liban (ABL) depuis octobre dernier avec la fermeture des établissements financiers locaux suite aux manifestations du 17 octobre puis l’instauration d’un contrôle des capitaux dès novembre.

Depuis les autorités monétaires ont estimé les sommes illégalement transférées à 5 milliards de dollars

Toujours à l’époque, certaines sources évoquent la somme de 2 milliards de dollars, d’autres celle de 11 milliards de dollars qui auraient ainsi été virés sur des comptes en Suisse. Cet argent appartiendrait à des hommes politiques et des hommes d’affaires libanais qui tenteraient ainsi de faire face à une possible décote de leurs comptes au Liban ou encore au risque de voir certaines banques faire faillite.

Et la mauvaise volonté des hommes politiques et des banquiers à retransférer

Par ailleurs, la Banque du Liban avait appelé les établissements financiers locaux à augmenter leurs fonds propres à 20% des dépôts et à rapatrier 3% des sommes qu’elles détiennent auprès de leurs banques correspondantes d’ici le 28 février 2020 comme stipulé par la circulaire 154.

Cette même circulaire demande aux présidents des banques, aux membres du conseil d’administration, aux principaux actionnaires et cadres supérieurs, ainsi qu’aux clients identifiés comme des “personnes politiquement vulnérables” et qui ont transféré à l’étranger plus de 500 000 $ ou son équivalent en d’autres devises étrangères depuis juillet 2017, de déposer 30 % de ces fonds et de les bloquer pendant cinq ans.

Certaines sources ont indiqué que face à ces refus, certaines banques auraient acheté de larges quantités de dollars ces dernières semaines au marché noir, des achats ayant déséquilibré l’offre et la demande et provoqué une importante dévaluation de facto de la livre libanaise face au dollar.
Un certain nombre de ces responsables financiers ont finalement annoncé leurs démissions pour ne pas être dans l’obligation de procéder au rapatriement de leurs fonds.

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