De quoi Marseille est-elle le nom ?

Par René Naba, Directeur du site https://www.madaniya.info/

Au titre du bénévolat: chargé de la communication de l’Association caritative LINA, Chemin Sainte Marthe, Quartier Font Vert-13014 Marseille.

Il est aisé de pardonner à l’enfant qui a peur de l’obscurité. La vraie tragédie, c’est lorsque les hommes ont peur de la lumière». PLATON

Le «pastis» électoral à Marseille en toile de fond des présidentielles de 2022.

Ce papier est publié à l’occasion des élections régionales françaises qui se tiendront les 20 et 27 juin et des élections législatives algériennes, les premières de l’ère post Bouteflika.

Une lutte de places.

Microcosme de la vie politique française, sa reproduction miniature, Marseille est un concentré des lignes de fracture de la société française. Prélude à l’élection présidentielle française de 2022, les élections régionales de 2021 se présentent à Marseille comme la «mère de toutes batailles», donnant lieu à un invraisemblable pastis.

Une alliance non d’appareil mais «d’apparatchik» a été ébauchée entre les deux formations de droite, Les Républicains, (ex-gaullistes) et le parti présidentiel La République en Marche (LREM) en vue de faire barrage au Front National pour des élections régionales.

Psychodrame ou Vaudeville? Quoiqu’il en soit, un fait est certain et Marseille en apporte la preuve: En vieillissant, les démocraties occidentales ont sécrété des aristocraties bureaucratiques qui s’estiment au-dessus du suffrage, survivant aux gouvernements et législatures successifs, se vivant en véritables détentrices des destinées du pays.

Mais cette alliance, ébauchée début mai, a été vécue comme un séisme politique par des Républicains impuissants devant la manœuvre électoraliste du président sortant de la région, Renaud Muselier. Que le petit fils de l’amiral Emile Muselier, –premier officier supérieur de la marine française à avoir rallié De Gaulle en s’emparant de Saint Pierre et Miquelon pour le compte de la France Libre, quand l’Amirauté française sabordait piteusement sa flotte à Toulon plutôt que de livrer bataille à l’Allemagne nazie–, se prête à cette manœuvre, laisse pantois. A dire vrai, cela fait tâche.

Cette carabistouille acte, en tout état de cause, une victoire aux allures de défaite pour Emmanuel Macron en ce qu’elle apporte la preuve que son parti LREM n’existe pas. Cette partie de poker menteur visait, en fait, à faire du Sud, l’ancienne PACA, un laboratoire d’une droite «macron-compatible».

Dans cette perspective, la tribune des généraux français se proposant d’assurer «la sauvegarde de la nation» contre «l’islamisme» et «les hordes de banlieue», si elle a suscité la polémique en France, elle s’inscrit néanmoins dans la logique du mode de gestion du balnéaire du Touquet.

«Qu’une phalange de militaires en mal de pouvoir prenne ses désirs pour une réalité renseigne davantage sur l’état d’une partie de l’armée que sur celui de la société française contemporaine. Ce qui est extrêmement grave dans ces deux tribunes consécutives, n’est pas l’état supposé de la société française mais l’état réel d’une fraction de la société militaire qui, en méconnaissant ses devoirs de neutralité, en prêchant la fracture de la société civile au motif de vouloir la panser, foule aux pieds les principes républicains et perd tout sens de l’honneur».

Cette tribune entre en effet résonance parfaite avec les débats identitaires portés par la loi dite séparatisme et la lente structuration d’un État sécuritaire sous la présidence Macron.

Et la non moins persiflante chronique de Jacques Marie Bourget:

L’enjeu est de taille en ce que les «régionales» se présentent à Marseille comme devant être le 2me round d’une vive compétition opposant droite et gauche après le triomphe électorale de la coalition gauche écologique aux élections municipales de 2020 et la perte de la Mairie par la droite au terme d’un règne de 25 ans du Maire sortant Jean Claude Gaudin, avec en toile de fond l’échéance présidentielle de 2022.

Eric Zemmour: un passeur d’idées vers l’extrême droite qui a érigé son ignorance en dogme

Ce mic mac électoraliste intervient sur fond d’un parachutage d’un transfuge gaulliste Thierry Mariani, comme tête de liste du Front National et la tentative de parachutage parasitaire d’un grand comique de la vie politique française, Eric Zemmour, un récidiviste délictuel de l’incitation à la haine raciale.

Natif de Montreuil, mais originaire de Blida (en Algérie) du temps où ce pays était désigné du vocable de «l’Algérie Française», ce passeur d’idées vers l’extrême droite française s’imagine pouvoir glaner les voix des nostalgiques de l’Algérie française, dont la région Sud en constitue un des principaux viviers, cultivant l’esprit revanchard d’une poignée d’inconsolables de la perte de leurs paradis perdus, animés d’une haine rance et recuite.

S’étranglant de rage devant Hapsatou Sy, pour le prénom de cette française originaire du Sénégal, un pays parmi les plus importants contributeurs à l’armée française dans les deux guerres mondiales, ce puriste de la francité – de la franchouillardise?- ne pipera mot sur les origines viking de son propre prénom ERIK, ni non plus sur l’origine arabe de son nom patronymique ZEMMOUR qui signifie KLAXON.

Pas plus qu’il ne s’offusquera de la présence d’un nom aussi exotique que celui de l’éruptif «délégué du Likoud» en France Meyer Habib au sein de la représentation nationale française…. Meyer Habib, pourtant un nom pas si catholique que cela, selon les critères zemmouriens; pas plus que celui de Gad El Maleh ou d’Arieh Zeitoun voire même de Gilad Shalit qui n’en sont pas moins d’authentiques français.

Les états d’âme d’Eric retentissent comme autant d’indignations sélectives de Zemmour. S’il savait seulement ce démagogue qu’il existe plus de Mohamad que de Martin parmi les morts pour la France et que ce prénom figure même sur la liste des 50 prénoms qui ont versé le plus lourd tribut.

Pour mémoire, le bilan des pertes indigènes pour les deux grandes guerres mondiales du XX e siècle, s’est élevé, rien que pour les tués, à 113.000 morts, soit autant que la population conjuguée des villes de Vitrolles et d’Orange, les deux anciens fiefs du Front National. Il n’était pas alors question de «seuil de tolérance», encore moins de test ADN, ni de charters de la honte, mais de sang à verser à profusion, comme en témoigne le tableau suivant:

La contribution globale de colonies à l’effort de guerre français pour la 1ère Guerre Mondiale (1914-1918) s’est élevée à 555.491 soldats, dont 78.116 ont été tués et 183.903 affectés à l’arrière à l’effort de guerre économique en vue de compenser l’enrôlement de soldats français sur le front. L’Algérie, à elle seule, a fourni 173.000 combattants musulmans, dont 23.000 ont été tués, et 76.000 travailleurs ont participé à l’effort de guerre, en remplacement des soldats français partis au front.

La contribution totale des trois pays du Maghreb (Algérie, Tunisie, Maroc) s’est élevée à 256.778 soldats, 26.543 tués et 129.368 travailleurs.

L’Afrique noire (Afrique occidentale et Afrique équatoriale) a, pour sa part, offert 164.000 combattants dont 33.320 tués, l’Indochine 43.430 combattants et 1.123 tués), L’Ile de la Réunion 14.423 combattants et 3.000 tués, Guyane-Antilles (23.OOO combattants, 2037 tués).

Et quel cataclysme mental il aurait subi de savoir que l’arabe baigne le subconscient français; que la langue française contient plus de mots d’origine arabe que de gaulois et que le français parle l’arabe «à l’insu de son plein gré» dès son petit déjeuner….. en commandant une tasse (mot arabe) de café (mot arabe), avec ou sans sucre (mot arabe) et un jus d’orange (mot arabe). Le Français parle arabe, sans le savoir. Pire, pour caricaturer la situation, il parle l’arabe en croyant parler français.

Lecture annexe, cf ce lien:

La schizophrénie de certains faiseurs d’opinion risque de jouer un sale tour à la France. Cet ignorant a érigé son dogmatisme en dogme. Pour le paraphraser, Eric Zemmour «représente tout ce que notre époque déteste»: Une psychorigidité nourrie d’une nostalgie de grandeur, propulsée par une culture du chapardage.

Les «régionales» devraient représenter, pour ses partisans, un tour de rodage pour les présidentielles de 2022. Le «brouillon» des présidentielles. Ah peuchère la magouille !

Grand perdant de la mondialisation, grand perdant de l’européanisation du continent sous l’égide de l’Allemagne, grand perdant de la guerre de Syrie et de Libye, mais au premier rang parmi les gros rendements des dividendes du CAC 40, –en augmentation de l’ordre de 269% depuis l’an 2000, alors que ses effectifs en France baissaient de 12% sur la même période en sus de 60. 000 suppressions d’emplois déjà annoncées par les groupes du CAC40 du fait du Covid)–, la France, de surcroît, seul pays membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies à n’avoir pas réussi à produire un vaccin contre le Covid, se vautre dans la xénophobie et l’ostracisme communautariste sous couvert de lutte contre le séparatisme.

Pour aller plus loin sur le bilan du macronisme, cf les liens suivants:

Macron en catimini chez les Palestiniens

La déconvenue scientifique française est d’autant plus alarmante qu’un petit pays de la dimension de Cuba a réussi, lui, à produire un vaccin. L’ile castriste qui jouit d’une longue tradition d’une vraie expertise médicale a commercialisé le vaccin ABDALLAH.
Là devrait porter le débat et non sur le chauvinisme des nostalgiques de l’Empire.
L’éviction de la France du marché libyen, le déclassement de la France dans la gestion du conflit de Syrie, la transformation du Mali en Afghanistan du Sahel pour la France, devraient aussi retenir l’attention au premier chef, plutôt que de se vautrer dans des bavasseries nombrilistes sur des considérations oiseuses sur le degré de la blancheur immaculée du peuple de France.

Un triomphe du Rassemblement National, aux régionales ou aux présidentielles, consacrerait, 80 ans après la capitulation de 1940, le triomphe de Pétain sur De Gaulle, celui de Vichy sur la France Libre, le déshonneur de la France sur son honneur.

«L’élection présidentielle française de mai 2022 menace d’être un crash politique pour tous les démocrates», analyse le quotidien allemand Handelsblatt qui s’inquiète de la montée du fascisme en France. Ce titre de la presse centriste et libérale d’Outre Rhin (l’équivalent des Échos en France) s’inquiète du climat d’extrême droite qui règne dans la France d’Emmanuel Macron, comparable selon lui… à la République de Weimar finissante des années 1930!

Au delà des magouilles électoralistes et de la lutte des places, tel est le véritable enjeu de la bataille des régionales de juin 2021 dont Marseille, la capitale de la région du Sud de la France, en sera un des principaux champs de bataille.

3 – A propos de la vaseuse théorie du «Grand Remplacement».

Forgée par les nostalgiques de la grandeur française des «temps bénis des colonies», la théorie du «Grand Remplacement» apparait rétrospectivement comme un corollaire du déclassement de la France au rang des puissances mondiales. Le camouflage d’une fuite en avant. D’un évitement de responsabilité.
L’équation démographique qui en constitue le soubassement idéologique relève, elle aussi, d’une grande foutaise. A l’épreuve des chiffres, elle ne résiste pas non plus à l’analyse.

A – Le Lobby pied noir: Un anachronisme

Cette psychorigidité nostalgique trouve d’ailleurs sa concrétisation la plus pathologiquement aberrante dans la présence d’un «lobby pied noir» en France, seul pays parmi les anciens grands empires coloniaux occidentaux à disposer d’un tel groupe de pression anachronique, alors que les anciens colons français d’Algérie ont dans leur quasi-totalité rejoint l’au-delà, 70 ans après l’indépendance de l’Algérie. Contrairement au Royaume Uni, qui disposait d’un plus grand empire colonial que la France, où jamais un lobby des nostalgiques de l’Empire des Indes ou de l’Afrique anglophone, n’a existé, dont le Commonwealth, de surcroît, -(52 membres, le tiers de la population mondiale)-, ne dégage d’ailleurs pas les forts relents de «la France à fric». Contrairement aussi à l’Espagne et au Portugal, les deux autres puissances coloniales européennes.

Unique grand pays européen à l’articulation majeure des deux «penchants criminels de l’Europe démocratique», -la traite négrière et le génocide hitlérien-, la France est aussi le seul pays au monde à exiger d’une de ses colonies une indemnité compensatoire à la rétrocession de son indépendance (Haïti). Bref: Le seul pays au monde dont le comportement erratique est aux antipodes de la rationalité cartésienne dont il se revendique.

Le grand remplacement est ainsi donc une grande foutaise en ce que la stigmatisation du «métèque» pour combler les frustrations de l’orgueil national malmené, ne saurait occulter la responsabilité accablante du commandement politique et militaire français depuis deux siècles et son cortège de malheur qui confère à la France le déshonneur d’assumer quatre capitulations en un temps record.
Le «Grand Remplacement» de la population, théorisé par Renaud Camus et brandi depuis lors comme un croquemitaine par les racialistes, pour autant que cette théorie soit valable, ne serait que la lointaine conséquence d’un reflux d’empire; un remugle de l’Histoire de France; la sanction du bellicisme européen.

B- La saignée française

Avec 1,4 millions de morts, 900 000 invalides, la France déplorera la perte de 11 pour cent de sa population active du fait du premier conflit mondial (1914-1918), auxquelles il conviendrait d’ajouter les dégâts économiques: 4,2 millions d’hectares ravagés, 295.000 maisons détruites, 500.000 endommagés, 4.800 km de voies ferrées et 58.000 km de routes à restaurer enfin 22.900 usines à reconstruire et 330 millions de m3 de tranchées à combler. Une saignée amplifiée vingt ans plus tard par une nouvelle saignée de trente ans, d’une ampleur comparable, avec la II me guerre Mondiale (1939-1945), la Guerre d’Indochine (1945-1955) et la guerre d’Algérie (1954-1960), réduisant considérablement les capacités de d’autoreproduction des Français. Plus d’un demi-siècle d’hémorragie à jet continu (1914-1962) rendra la France exsangue. Là réside l’origine du «grand remplacement», dans le bellicisme français et nul part ailleurs.

Du fait des deux Guerres mondiales (1914-1918/1939-1945) et des guerres d’Indépendance qui se sont ensuivies (Indochine Vietnam, Algérie), dont les pertes se sont élevées à près de 100 millions de personnes, la population «caucasienne» – de «race blanche», selon la terminologie racialiste-, a été drastiquement réduite à sa portion congrue.

Deux Guerres mondiales en un siècle, record mondial absolu, avec en parallèle deux gigantesques charniers à ciel ouvert, d’une génération en pleine fleur de l’âge (18-25 ans), avec, en parallèle, la réduction non moins drastique de sa capacité de reproduction génésique….Telle est dans la nudité des chiffres la réalité de la théorie du «Grand Remplacement» qui s’avère à l’épreuve des faits la théorie du grand n’importe quoi.

Du fait du bellicisme européen, la «race blanche» ne représente plus que 21 pour cent de la population mondiale face au surpeuplement de l’Asie et de l’Afrique, près de 4 milliards de personnes, soit la moitié de l’humanité, un continent de surcroît abritant 4 puissances nucléaires (Chine, Inde, Pakistan, Corée du Nord), soit plus que la totalité des pays de l’OTAN réunie.
Mieux: aux Etats-Unis même, le cœur nucléaire de la civilisation occidentale contemporaine, le décompte cumulé de la population d’origine hispanique et afro américaine représente désormais près de 50 pour cent de la population des Etats Unis. Ce qui explique le prurit suprémaciste qui a prospéré sous l’ère de Donald Trump, artisan du «Muslim Ban», corrélativement à l’élection de Barack Obama, premier président afro américain de l’Histoire des Etats Unis, et, après la parenthèse xénophobe de Donald Trump, l’élection de la vice présidente Kamala Harris (Inde-Jamaïque).
Pour rappel le décompte des deux Guerres mondiales s’établit comme suit:

Les pertes humaines de la Première Guerre mondiale s’élèvent à environ 18,6 millions de morts. Ce nombre inclut 9,7 millions de morts pour les militaires et 8,9 millions pour les civils. Ce chiffre ne tient pas compte de la grippe espagnole, conséquence indirecte de la guerre.
Les pertes de la Seconde Guerre mondiale varient, avec des estimations allant de 50 millions à plus de 70 millions de morts; ce qui en fait le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité.

Cette saignée humaine sera compensée sur le plan démographique par le flux migratoire des peuples colonisés pour le renouvellement des générations à un niveau constant, mais bariolé. N’en déplaise au catathymique Finkiel, sans l’apport basané point de doublé au Mundial de Foot… Et sans la 1ere Armée d’Afrique et le débarquement en Provence, point de statut de grande puissance à la France et son corollaire de membre permanent du Conseil de Sécurité. Contrairement à la croyance répandue, c’est la France qui a été le véritable fardeau de l’Afrique et non l’inverse. Tel est le bilan sous bénéfice d’inventaire que les chauvins à l’esprit chagrin devraient faire pour la dignité de leur pays.
«L’Europe est morte en tant que cerveau du monde. De dominante, l’Europe est devenue un dominion». Pour cruel qu’il soit, ce constat de Régis Debray consigné dans son opuscule «Ce qui reste de l’Occident» (Grasset) n’en est pas moins vrai.

Faisons donc un sort aux poncifs et levons l’ambiguïté: L’Islam n’a pas conquis l’Europe, a fortiori la France. C’est l’Europe qui s’est lancée à la conquête des pays arabes et africains majoritairement musulmans. Il en a été de la France pour le Maghreb et l’Afrique Noire, comme des Pays Bas avec l’Indonésie, le Royaume Uni avec l’Empire indien (Inde, Pakistan Bangladesh), et l’Afrique orientale.

L’Islam n’est donc pas un produit du terroir français, à l‘instar du christianisme, mais la conséquence résiduelle du reflux d’empire. Le produit dérivé de la turgescence coloniale française et de son excroissance ultra marine. Sans colonisation, point de «burnous à faire suer», ni de «bougnoule», ni «y a bon banania», ni de «chairs à canon». Pas de «bicot», ni de «ratonnades», ni de «délits de faciès», pas de « Code de l’indigénat» ni de «Code noir», pas plus que de «Venus callipyge», ni «Sétif», ni «Thiaroye», ni «Sanaga», encore moins de «territoires perdus de la République»…Ni de doublé au Mundial de Foot». Et point d’Islam, à tout le moins dans cette densité.

«Le beurre, l’argent du beurre avec en prime le sourire de la crémière», cela relève de la fable. Ou d’un merveilleux conte de fée. De même que le «fardeau de l’homme banc et sa charge d’aînesse», un alibi destiné à masquer sa mégalomanie prédatrice.
Premier pays européen par l’importance de sa communauté musulmane, la France est aussi, proportionnellement à sa superficie et à sa population, le plus important foyer musulman du Monde occidental. Mais, corollairement, la communauté arabo-musulmane constitue le «premier groupement ethnico identitaire d‘importance sédimenté hors de la sphère européo centriste et judéo chrétienne. Et c’est en ce sens là qu’elle pose problème en ce qu’elle bouscule le schéma des représentations mentales traditionnelles….. et qu’elle explique sans les justifier les expectorations racistes d’Eric Zemmour.
«L’ignorance ne s’apprend pas», disait à juste titre Pascal songeant sans doute aux âneries futures du grand prêtre de C8, un ignorant qui s’ignore.

Pour aller plus loin sur ce point, cf ces liens :

Au point que les théoriciens de l’«anglo sphère» ont fixé comme ligne de démarcation entre le Monde civilisé occidental et le tiers Monde, deux métropoles européennes, -Rome et Marseille- comme ayant vocation a être les premières capitales du Tiers Monde basané.

4 – La double singularité de Marseille, capitale d’un monde métisse.

Chaque ville a son cachet. Mais Marseille a un cachet à la saveur si particulière en ce qu’il se distingue par une double singularité.
Patrie de «la Marseillaise», l’hymne national de la France, Marseille est l’une des deux villes au Monde où le port est ancré au cœur de la cité, curieuse coïncidence, à l’instar d’Alger.

Sa deuxième singularité est d’être une ville où la banlieue se situe au centre de la ville et non à sa périphérie, contrairement aux autres métropoles, même si cette tendance tend à s’atténuer du fait de la politique menée par la Mairie pour transformer le centre de la ville en une zone piétonnière, un oasis écologique pour touristes et passagers de croisière….

La métropole Aix Marseille Provence a, effet, décrété, en 2020, la constitution d’un périmètre d’une Zone à Faibles Émissions (ZFE), une zone non polluante, qui s’étend sur 19,km² en plein cœur de Marseille, délimitée par le Prado, Rabatau, le Jarret, Plombières et intègre la zone Euromed. Une «green zone» pour accélérer la gentrification de la cité phocéenne et atténuer en quelque sorte son caractère de «bazar arabe». Avec son corollaire, la présence pourtant invisible des Chibanis, ces vieux de la vieille, dont le dur labeur a été à l’origine de certains des grands projets d’infrastructure dont la cité phocéenne s’est dotée, à l’arrière plan d’un taux de pauvreté record en France.

Mais La chambre régionale des comptes pointe le fiasco de la réhabilitation du centre-ville délabré. Selon un rapport de la chambre régionale des comptes, seuls 31 des 1.500 logements prévus ont été produits par la Soleam dans le centre ancien et délabré de Marseille en huit ans.

Trente et un (31) logements en huit ans? La capitale du sud se hâte lentement, chargée de deux mille ans d’histoire. L’éternité devant soi.

5- Les Algériens, une présence massive mais invisible.

Les Algériens assurent une présence massive à Marseille, mais invisible. Si les quartiers à la périphérie de la Gare Saint Charles et de La Canebière grouillent des commerces du «bazar arabe», cette fébrilité est cependant sans impact majeur sur la vie politique et culturelle de la grande métropole méridionale.

C’est un fait regretté par certains tant la vivacité des jeunes algériens est porteuse de dynamique; mais un fait indéniable en ce qu’elle s’apparente à de la gesticulation.

Au gré des évènements, l’Indépendance de l’Algérie (1960), la «décennie noire» de la guerre civile (1990-2000), la récession économique post pétrolière: Chaque période a apporté son lot d’émigrés, projetant ses problèmes sur ceux des nombreuses de la ville, apportant avec lui une reproduction miniature de sa vie au bled, mais enrichissant la cité méridionale d’apports multiformes, faisant de Marseille, la Métropole française la plus chamarrée, la plus bigarrée, la plus joyeusement anarchique.

Une ville unique. Violente mais joyeuse. Capable de dérision et d’autodérision.

6 – L’hallucinant argumentaire de Jean Claude Gaudin, Maire de Marseille pendant un quart de siècle.

Beaucoup ont achevé une vie de labeur en France, sans possibilité de retour, vivant leur retraite solitaire dans un double enchaînement. L’enchaînement à leur lieu de travail sans prévoyance sociale, et l’enchaînement à leur souvenir d’enfance… vieux travailleurs maghrébins de la Rue des Petites Maries et du quartier du Rouet, qui ont accompagné la lutte et la résistance des travailleurs maghrébins pour la reconnaissance de leur minima sociaux.

La déclaration de Jean Claude Gaudin:

«Ma politique ne plaît peut-être pas aux nostalgiques de la gauche, qui a laissé pourrir le centre ville pendant des années. Mais elle plaît aux Marseillais. Le Marseille populaire, ce n’est pas le Marseille maghrébin, le Marseille comorien. Le centre a été envahi par la population étrangère, les Marseillais sont partis.
«Moi, je rénove, je lutte contre les marchands de soleil et je fais revenir les habitants qui payent les impôts», a notamment déclaré Jean Claude Gaudin, Maire de Marseille pendant un quart de siècle La Tribune en date du 5 décembre 2001.
Au risque de piétiner la dignité humaine, de bafouer les Droits de l’Homme et de priver les honnêtes travailleurs, durs au labeur, de leurs droits les plus élémentaires.

7- Un taux de pauvreté record: 9 des arrondissements les plus pauvres de France sont à Marseille.

Au delà de son «assan», de sa «bonne mère», Notre Dame de la Garde, qui fait face, curieuse coïncidence là aussi, à celle de Notre Dame d’Afrique qui domine Alger; au delà du MUCEM, son «Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée», sa «Criée», son théâtre national, sa Gare Saint Charles et ses marches; Au delà de sa bouillabaisse et de son aïoli; au delà de l’OM et de son pastis, sa gouaille et sa légendaire opposition au PSG, son cri de ralliement non moins légendaire «Paris Paris, on t’……», sans doute le cri de ralliement le plus célèbre de la planète d’une élégance suprême; au delà des clichés pour touristes, Marseille masque une réalité bien amère.

La 2me ville de France est la première dans l’ordre de la pauvreté. Selon l’observatoire des inégalités, les cinq arrondissements les plus pauvres de France, toutes les grandes villes confondues, sont marseillais et affichent des taux de pauvreté supérieurs à 40 % .

En première position, le troisième arrondissement avec un taux de pauvreté de 53,4 % c’est à dire 25 000 personnes concernées. A la suite et dans l’ordre on trouve le 15 me, le 1er, le 14 me, le 2me, le 13 me et enfin le 5 me arrondissement.

Pour la 8 me place de ce classement inquiétant, c’est un arrondissement parisien qui s’installe. Ensuite c’est à nouveau deux secteurs de la cité phocéenne. Donc sur les 10 arrondissements les plus pauvres de France, 9 sont à Marseille.

8 – Thomas Piketty: «Dans un système d’élites multiples, les électeurs défavorisés se sentent exclus».

Dans une enquête portant sur 50 démocraties de la planète, les chercheurs Thomas Piketty, Amory Gethin et Clara Martínez-Toledano montrent comment les partis politiques occidentaux parlent aux plus riches et aux plus diplômés, laissant souvent les classes populaires sur le carreau.
Leur ouvrage «Clivages politiques et inégalités sociales» s’attaque à cette question en suivant l’évolution de 50 démocraties de la planète depuis 1948 en croisant résultats des urnes et les profils socio-économiques des électeurs. Beau sujet de méditation aux bateleurs de foire de tous acabits.

9 – Les paradoxes de la relation entre la France et l’Algérie

Autre singularité de Marseille: la capitale de la région Sud est aussi l’unique métropole européenne reliée quotidiennement par une liaison maritime avec Alger. Dans les Bouches-du-Rhône, l’on estime à 180.000 le nombre des Algériens inscrits au Consulat. Avec les sans papiers (harragas), le chiffre s’élève à plus près de 220.000, selon les estimations les plus généralement admises, dont le plus illustre d’entre eux n’est autre que le mythique Zinedine Zidane, le plus célèbre marseillais quand bien même d’origine algérienne.

Figure de légende du Football mondial et grand vainqueur du Mundial de Foot 1998, Zidane appartenait à l’équipe comme de juste constituée de «Black Black Black risée de l’Europe», selon a mémorable l’expression du compulsif académicien Alain Finkielkraut.

10 – Le point de vue iconoclaste de Slimane Zeghidour

Slimane Zeghidour, rédacteur en chef TV5 Monde, journaliste, écrivain, chercheur, spécialiste du monde arabo-musulman, estime, quant à lui, que la relation franco algérienne est «un cas d’école».

«Nul ne doit rester prisonnier de son passé. Il faut alors en extraire ce qui peut servir le bien commun, au présent, ici et maintenant, dans l’endroit où vit chacun d’entre nous. Il en va ainsi du rapport franco-algérien, tout en paradoxes, ce qui en fait un véritable cas d’école», a notamment déclaré Slimane Zeghidour sur France Culture dans le cadre d’une émission autour de son ouvrage autobiographique « Sors, la route t’attend ».

Des exemples? Le journaliste en donne: «il y avait 4 quotidiens francophones à Alger au summum de l’Algérie française, il en sort aujourd’hui 27, soit trois fois plus qu’à Paris, à Alger, capitale de l’Algérie souveraine. Il y a plus de ressortissants algériens dans la seule agglomération marseillaise que dans toutes les capitales arabes réunies.

Le nombre de couples franco-algériens est, et de loin, supérieur à celui des couples formés par des Algériens avec des conjoints de tous les autres pays». Mieux: Il existe plus d’Algériens en France qu’il n’y en avait en Algérie lors de la conquête du pays par les Français!!

Morale de l’histoire, dit-il, «de la colonisation et d’une atroce guerre d’indépendance, l’Algérie est plus francophone que jamais, la France abrite plus d’Algériens qu’à tout autre moment de son histoire.

Pour aller plus loin sur l’Histoire des Arabes en France, cf l’excellent ouvrage de l’écrivain australien Ian Coller « Arab France » Editeur: California Press Whitney Museum.

Au delà de la confusion entre phocéens et phéniciens, les premiers arabes sont arrivés d’Égypte avec le retour de Bonaparte de son expédition au XVIII me siècle avec des Mamelouks, justifiant ainsi le titre de Marseille « Porte d’Orient ».

Les Mamelouks seront suivis par les Arabes chrétiens, particulièrement les Grecs Catholiques (Melkites), principalement les hardis négociants d’Alep et de Damas, fuyant les persécutions ottomanes, au XIX me siècle, qui apportèrent dans leurs bagages le savoir faire du « Savon de Marseille » inspiré du légendaire « Savon d’Alep» et les soieries de Damas.

L’arrivée des Syriens à Marseille a d’ailleurs été favorisée par Jean Baptiste Estelle, ancien consul de France en Syrie, échevin de Marseille et négociant avec la Syrie, passé à la postérité pour sa gestion calamiteuse de la peste qui ravagea la citée phocéenne en 1720..

Enfin les Algériens débarqueront à partir de 1905, progressivement puis massivement pour faire de la Métropole du sud de la France «la 49 me Willaya d’Algérie», selon l’expression consacrée.

Les Libano-syriens avec le mandat français sur le Levant et le flot migratoire qui s’est ensuivi vers les colonies de l’Afrique Occidentale française fermeront la marche, faisant de Marseille, aux côtés des Arméniens rescapés du génocide turc, un melting-pot trans-méditerranéen, au moment où la Mare Nostrum tend à devenir depuis le début du XXI me siècle, une Mer Internationale ouverte, faisant place à de nouveaux venus sur la scène maritime internationale: La Russie et la Chine, préfigurant la nouvelle cartographie de la Méditerranée à l’horizon de l’an 2050.

L’idée que le Libanais a débarqué en Afrique par inadvertance du fait d’une erreur de navigation des cargos-négriers est une fable et une farce.

Si la première cargaison de Marseille en route pour Rio de Janeiro a
débarqué à Dakar (Sénégal), par hasard, c’est qu’elle répondait en fait à une exigence de rentabilité des compagnies négrières, qui ne sont pas des dentellières et ne font pas dans la dentelle.

Un trajet infiniment plus court que la traversée de l’Atlantique sud, une rotation plus fréquente, une rentabilité plus grande. Le déroutement vers l’Afrique du flux migratoire libanais s’amplifiera prenant un tour systématique avec l’instauration du Mandat Français sur le Liban et la Syrie, répondant à un double objectif:

-Réduire l’importance numérique chiite dans le recensement démographique visant à la répartition sur une base confessionnelle du pouvoir dans le système constitutionnel libanais en vue de confier les rênes du gouvernement au tandem maronite sunnite afin de faire du Liban le point de jonction de l’Islam et de la chrétienté à un moment charnière de l’expansion économique européenne vers le flanc sud de la Méditerranée.

Avec pour objectif ultime de conférer un primat maronite au «pays des cèdres, du lait et du miel», non pour en faire un réduit chrétien comme se sont appliqués à le faire les milices chrétiennes durant la guerre interconfessionnelle (1975-1990), mais «un Foyer National Chrétien» symétrique au «Foyer National Juif» de la promesse Balfour (1917) de la Grande Bretagne.

-Placer les Libanais émigrés d’Afrique en situation d’intermédiaires entre colons et colonisés, entre les blancs résidant dans les grandes villes côtières et les noirs peuplant la brousse africaine.

11 – Le port de Marseille-Fos

Enfin dernière caractéristique de Marseille, son port, qui dispose de la plus grande forme de radoub de la Méditerranée., Premier port de France, le Port de Marseille-FOS est un port global dont les infrastructures permettent de traiter tous types de trafics (hydrocarbures, vracs liquides, marchandises diverses, vracs solides et passagers).

Le port de Marseille Fos dispose d’espaces et d’infrastructures pouvant recevoir à la fois des activités maritimes, logistiques et industrielles.

Grâce à son positionnement géostratégique, idéal pour les échanges Nord/Sud, Est/Ouest et à sa quadrimodalité (route, rail, fleuve et pipelines), il constitue la porte Sud de l’Europe. Un atout non négligeable au moment où la Méditerranée tend à constituer, au seuil du XXI me siècle, une triple ligne de démarcation:

A- La Ligne de fracture entre deux mondes (Nord-Sud, Islam Occident).
Un concentré des conflits majeurs du XX et XXI me siècle focalisés autour de la Palestine. Un conflit exacerbé par la découverte de nouveaux gisements énergétiques. Avec la découverte et la mise en exploitation de plusieurs blocs d’hydrocarbures entre Chypre, l’Égypte, Israël et le Liban.

B – La Ligne de cassure politique et mentale du Monde arabe.
Expulser de la Ligue arabe un de ses membres fondateurs, la Syrie, et laisser flotter le drapeau israélien dans le ciel du Caire, de Rabat, d’Abou Dhabi, de Manama et de Khartoum, relève de l’aberration mentale. De même implorer ses anciens colonisateurs pour bombarder un pays arabe, la Syrie, qui a participé à trois guerres contre Israël (le prédicateur de l’OTAN, Youssef Qaradawi) rend obsolète et caduque l’accusation de croisade occidentale.

C- La ligne de démarcation d’un nouveau Monde multipolaire.
La ligne Algérie-Tanger-Pirée est la ligne invisible d’une nouvelle délimitation des zones d’influence entre le BRICS et l’Occident atlantiste; le Maghreb faisant office d’ultime digue de retenue de la poussée africaine de la Chine et du contournement de l’Europe par l’Afrique. Une ligne perçue par l’ensemble de la planète comme la nouvelle ligne de démarcation des nouveaux rapports de forces mondiaux….
Et Marseille est aux premières loges pour peu que la cité phocéenne en prenne conscience, alors que la Mer Méditerranée est en passe de devenir l’une des plus grandes fosses communes au Monde tiraillée entre l’extrême droite et la peur des migrants.
Il est sain de porter un regard critique sur son passé. Ceux qui ne connaissent pas leur propre histoire ont tendance à le reproduire.

A défaut d’une analyse concrète d’une situation concrète, sans présupposés idéologiques, la France ira, une nouvelle fois, droit dans le mur en klaxonnant…….«comme en 40». Surgira alors un sage pour s’étonner de cette «étrange défaite»…..Perseverare dialolicum.

Pour aller plus loin avec Slimane Zeghidour

Un métèque devenu empereur: Le libyen Septime Sévère
Fabuleux ce Septime. il a épousé une arabe de Homs, Julia Domna, qui lui a donné Caracalla, l’auteur du fameux Edit de Caracalla ouvrant la voie à six empereurs berbéro-arabes (Geta, Macrin, Alexandre Severe, Heliogabale, Philippe l’arabe!

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