Du temps qui s’écoule lentement et qui nous pousse inexorablement vers les tréfonds d’un gouffre sans nom. Les journées passent à la lumière des décomptes lugubres et macabres. On regarde s’effondrer la livre à une vitesse vertigineuse et on voit monter le nombre d’infectés malgré deux mois de restrictions.

Plus on y pense et plus on se sent pris en otages. Otages de mafias multiples aux tentacules interminables.

 La mafia des changeurs et de ceux qui les téléguident. Et je ne parle pas de ceux qui ont pignon sur rue  mais des autres, ceux de l’ombre qui nichent sous les ponts et dans les ruelles d’obscurs coupe- gorges d’une banlieue où la misère se vit dans le silence de celui qui n’ose lever les yeux. Changeurs de la honte, marionnettes dont les fils remontent jusqu’en Iran ou en Syrie. Changeurs de l’hypocrisie, qui crachent sur le grand Satan américain mais font des affaires en billets verts issus  soit ouvertement de la république islamique soit silencieusement du trafic mondial de drogue prohibé pourtant par leur religion. 

La mafia des commerçants, ceux qui importent, stockent et vendent .Ceux qui savent pertinemment que cette étape de la vie du pays est momentanée et qui veulent grossir leur fortune, amasser encore et toujours avant que l’ordre ne revienne. Leurs dépôts sont pleins alors que leurs étagères sont vides. Ils dorment sur des litres d’huile et de lait, des kilos de farine, de graines et même de médicaments alors que les femmes pleurent d’impuissance devant leurs enfants affamés et leurs parents malades. 

La mafia des trafiquants et contrebandiers. Qui prend aux précédents aux prix officiels et revend à nos faux frères aux prix des premiers. Dans la nuit noire sur nos chemins de traverse et même  en plein jour sur nos autoroutes nationales ils acheminent vers la Syrie ce dont ils nous privent. Notre essence, notre farine, notre riz et tous les produits que nous avons achetés mais que nous ne verrons jamais.

La mafia des banquiers. Qui espère sauver sa peau en nous scalpant encore plus. Qui taxe encore et toujours les maigres transactions qu’ils nous autorisent encore. Qui impriment la nuit des billets qu’ils injectent le jour et qui enfoncent encore plus le clou dans notre cercueil de misère.

La mafia des politiciens. La plus forte de toutes, car la plus ancienne et la plus aguerrie. C’est elle qui manipule toutes les autres et qui les rackette. La plus dangereuse aussi car c’est celle qui a le moins de scrupules et celle qui a le plus à perdre .Amassis d’anciens chefs de milices et de clans, longs couteaux et hommes de mains, criminels de basse envergure et lécheurs de botte à  la cire  la plus lustrant et de nouveaux venus adoubés pour leurs pseudo expertises. Ils  s’étripent par journaux et écrans interposés mais en coulisses ils palabrent pour se maintenir à flots sachant pertinemment que la chute de l’un entrainera inexorablement la chute de l’autre. Ils sont liés entre eux par des liens du sang (celui des innocents versé pendant des décennies), de l’argent (celui qu’ils nous ont volé et qu’ils se sont répartis), des secrets (chacun connait les secrets de l’autre et peut le trahir).Ils sont issus du même utérus, celui de la guerre et des rapines et peinent à appréhender le monde qui émerge. Il est fort à parier qu’ils disparaitront prochainement, emportés  qui par leurs âges qui par la loi de l’évolution darwinnienne.Mais nous n’avons plus ni le souffle ni le luxe de l’oisiveté pour attendre passivement.

En attendant et pour tuer le temps, l’espace est occupé par des fantoches, des pauvres bougres  chargés d’enfumer le paysage pour brouiller la vue. Notre malheur est que ces abrutis sont qualifiés d’experts. Il y’en a un qui pour régler le problème de la hausse du prix de la farine baisse le poids du pain (il suffisait d’y penser).Il y’a l’autre qui pour régler la grogne de la troupe l’inonde de livres imprimées à la hâte. Il y a ce troisième qui malgré la promesse ânonnée et ressassée par son camp de nous éclairer  non-stop nous promet le blackout total pour la fin du mois. Il y’a cet autre aussi qui pour limiter la flambée du billet vert éteint les plateformes  numériques….La liste des âneries s’allonge de jour en jour et l’incompétence finit par être évidente même pour les benêts….Pour combler le tout, en Jordanie une coupure de courant qui laisse un hôpital sans oxygène et entraine la mort de quelques  patients conduit à la démission du ministre de la sante sous nos yeux éberlués. On ne pensait tout simplement pas qu’un ministre pouvait ressentir de la honte et démissionner par lui- même.  Du moins pas chez nous.

Devant ce tableau calamiteux, un  ministre français formé à l’école du mérite et de la politique au service de l’Etat et du peuple s’indigne et accuse notre classe dirigeante de non-assistance à pays en danger. Que dire, sinon répondre à ce même ministre et accuser le monde entier, des Etats Unis  à l’Iran en passant par tous les pays impliqués dans cet Orient qui vient récemment de s’enrichir d’un fléau supplémentaire  que sont ces champs gaziers maritimes. Oui de les accuser tous de laisser tout un peuple aux mains de criminels notoires et avérés. Et même pire, de les soupçonner de connivence au nom d’intérêts géostratégiques et énergétiques futurs. Nous, nous sommes asphyxiés, appauvris, affamés, étouffés, déportés et vous vous taisez encore. Vous détenez les vérités sur ces monstres qui nous oppriment et nous volent. Libérez votre parole et laissez faire la justice. Libérez nous et laissez-nous repartir de zero.Le reste, tout le reste (y compris les vapeurs méditerranéennes) n’est que détail….

Carine Chamoun

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