Le Logo du Fonds Monétaire International (FMI)
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Le Fonds monétaire international (FMI) a rejeté le plan du ministère des Finances que le gouvernement Mikati lui a proposé en ce début d’année 2022 et qui, outre des hypothèses farfelues (une Banque Centrale bénéficiaire alors qu’elle n’a fait que perdre de plus en plus d’argent depuis 2016), visait à faire supporter les pertes du secteur bancaire aux déposants plutôt qu’aux actionnaires des banques auxquels il n’était même pas demandé de réinjecter les dividendes qu’ils s’étaient fait versés ces dernières années et alors que la Banque Centrale conservait un capital négatif (facteur d’instabilité) et que l’Etat se voyait imposer un nouvel endettement :

Le gouvernement Mikati mérite bien son surnom de « gouvernement des banques » qui lui colle à la peau depuis sa formation parce que le Premier ministre Najib Mikati est un actionnaire de banque et un membre du « parti des banques », son conseiller économique Nicolas Nahas est le rapporteur de la Commission parlementaire aux Finances et au Budget qui a saboté le plan du gouvernement précédent (car il n’était pas en faveur des actionnaires des banques) et le ministre des Finances Youssef Khalil, choisi par l’une des principales figures du parti des banques, le président du Parlement Nabih Berri, était directeur exécutif et responsable du département des opérations financières à la Banque du Liban (BDL) et est proche du gouverneur de la BDL Riad Salamé.

Le Cabinet Mikati examine aussi un projet de loi du budget qui prévoit de doter le ministre des Finances (poste que Nabih Berri veut réserver à la communauté chiite en général et à son parti, le mouvement Amal, en particulier) de pouvoirs exceptionnels (mais anticonstitutionnels car l’article 82 de la Constitution dispose qu’ « un impôt ne peut être modifié qu’en vertu d’une loi ») qui lui permettent, pendant deux ans (ce qui est également anticonstitutionnel puisque le budget est annuel), de déterminer le taux de change des monnaies étrangères (et même de définir des taux différents de ceux fixés par la BDL à qui le Code de la monnaie et du crédit attribue cette compétence), de fixer et de recouvrir les impôts et taxes et de définir les abattements, tranches et taux d’impôts.

Il y a deux ans, Nicolas Nahas avait mené une campagne contre le plan du gouvernement Diab (également appelé « plan Lazard ») qui qui lançait un audit juri-comptable (forensic audit) de la BDL et protégeait les déposants, s’attaquant au montant des pertes présenté et à la répartition proposée de celles-ci. « Les chiffres sont faux » disait-il. Le plan Lazard, soutenu par le Président de la République Michel Aoun et son parti le Courant patriotique libre (à l’exception de certains députés comme Ibrahim Kanaan, président de la Commission parlementaire aux Finances et au Budget) et par le président de l’ONG Nawraj Fouad Abou Nader, voulait faire assumer les pertes aux actionnaires des banques en premier. En effet, le plan priorisait la ponction du capital des banques (write-off) par le biais d’une restructuration du capital des banques (wipe-out). Le plan Lazard ne prévoyait de décote (haircut) qu’aux 931 comptes bancaires ayant de plus de 10 millions de dollars alors que le Liban comptait alors 2,7 millions de déposants. Cette décote n’allait être que de 13% et ces déposants devaient recevoir en échange des actions de banque (bail-in). Nicolas Nahas a ainsi saboté un plan et un montant de pertes acceptés par le FMI pour commencer des négociations en vue de mettre en place un programme d’aide.

Comme l’expliquait alors le consultant financier Mike Azar, Nicolas Nahas considérait le montant des pertes inférieur de moitié parce qu’il utilisait un taux de change différent : la BDL payant 63 000 milliards de livres libanaises au taux de 1 500 livres libanaises mais les banques recevant 147 000 milliards de livres libanaises au taux de 3 500 livres libanaises, réduisant ainsi les pertes de la BDL par la réduction des dettes en dollars vis-à-vis des banques mais sans refléter cela aux bilans des banques.

Cette erreur, volontaire ou pas de Nicolas Nahas et la politique de la BDL (poursuite du paiement des intérêts bancaires, conservation de multiples taux de changes et maintien pendant longtemps des subventions) ont coûté plusieurs milliards de dollars au Liban, des dizaines de milliers de départs, plus de pauvreté, la destruction de l’économie, l’effondrement de la livre libanaise et la disparition des dépôts.

L’objectif de Nicolas Nahas a toujours été la conversion des dépôts en livres libanaises. Cette stratégie du parti des banques dite de « lirification », poursuivie depuis deux ans par Riad Salamé pour apurer une partie des pertes, a échoué puisque le gouvernement actuel a évalué les pertes quasiment au même montant que le précédent malgré l’effondrement de la livre libanaise : le taux de référence du plan Mikati est de 20 000 livres libanaises pour un dollar alors que celui du plan Diab, il y a deux ans, était de 3 500 livres libanaises pour un dollar. De plus, la lirification entraine une décote (« haircut ») plus importante sur les dépôts bancaires et une hyperinflation qui freine la croissance et la reprise.

Le plan Mikati prévoit de poursuivre la lirification et de faire supporter aux déposants le poids des pertes du secteur bancaire. En effet, des 104 milliards de dépôts en dollars, le plan Mikati ne prévoit de restituer en dollars que 25 milliards de dollars sur une période de quinze ans. Plus de 75% des dépôts en dollars seraient donc convertis en livres libanaises. En effet, haircut, bail-in (conversion d’une partie des dépôts en actions de banque) et lirification constituent ce que le plan Mikati veut imposer aux déposants :

En appliquant un haircut sur les intérêts importants versés après 2015 (plus de 4%), le gouvernement Mikati reconnait indirectement que la crise financière n’a pas été causée par le défaut de paiement comme le prétendait le parti des banques. Le 31 janvier 2022, dans le programme « Vision 2030 » animé par Albert Kostanian sur la chaine de télévision LBCI, Alain Bifani et Mohammad Zbeeb ont aussi démystifié cette tentative du parti des banques de réécrire l’Histoire en affirmant que le défaut de paiement du Liban avait provoqué la crise financière. Alia Moubayed a, elle, fustigé le manque de vision du gouvernement Mikati et la dangerosité du projet de loi du budget.

Le plan Mikati prévoit une dévaluation de la livre libanaise de 93% alors qu’elle a déjà perdu plus de 90% de sa valeur depuis octobre 2019. En janvier 2022, il fallait jusqu’à 34 000 livres libanaises pour faire un dollar, il en faut aujourd’hui 21 500 alors que le taux officiel devenu anecdotique est de 1 500 livres libanaises pour un dollar.

Sans une restructuration du secteur bancaire, une répartition juste et équitable des pertes du secteur bancaire, une unification des taux de changes et des réformes, le FMI n’accordera pas d’aide et les 11 milliards de dollars de la conférence économique pour le développement du Liban par les réformes et avec les entreprises (CEDRE) ne seront pas débloqués. C’est pourquoi le FMI a rejeté le plan Mikati en l’état.

Le Hezbollah est opposé à Riad Salamé mais ne met pas la pression sur ses alliés au sein du parti des banques comme Nabih Berri pour parvenir à un plan qui tient la route. La réalité est que le Hezbollah a mis en place un système économique et financier parallèle et ses partisans ne subissent donc pas de la même manière la crise. Il semble assurer d’une victoire électorale – avec son allié – dans sa communauté et attend le résultat des négociations entre l’Iran et les Etats-Unis (sur la question du nucléaire), entre l’Iran et la Russie (sur un partenariat économique) et entre l’Iran et l’Arabie saoudite (sur la question des conflits régionaux).

Dans le même temps, le Courant du Futur et les anciens Premiers ministres Saad Hariri et Tammam Salam, membres du parti des banques, ont jeté l’éponge. Les Kataëb de Samy Gemayel négocient une alliance avec le patron et actionnaire de la banque SGBL Antoun Sehnaoui qui va soutenir plusieurs candidats. Samir Geagea qui défend les intérêts de l’Arabie saoudite en lieu et place de Saad Hariri a déclaré que si son parti (le parti des Forces libanaises) remporte les élections législatives, « cela mènera inévitablement à une amélioration du taux de change de la livre libanaise par rapport au dollar ». Pour stopper l’effondrement de la livre libanaise, il faut tout simplement, dit-il, organiser des élections législatives. Samir Geagea veut devenir Président de la République mais n’a pas de vision économique. Il assure que son parti a le meilleur programme économique mais ne le dévoile pas… Le Liban ne doit plus perdre de temps avec des politiciens ne présentant pas un plan de restructuration acceptable par le FMI.

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