Ajnesh Prasad, Royal Roads University

Pour gagner la faveur des électeurs, les politiciens se présentent souvent dans le rôle d’un « leader serviteur » – c’est-à-dire quelqu’un qui met de côté son intérêt personnel pour servir les autres. Pour le « leader serviteur », la fonction qu’il occupe n’a pas pour but de s’emparer du pouvoir et de le conserver, mais plutôt de promouvoir les intérêts des citoyens.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky en est le meilleur exemple à l’heure actuelle. Et pas seulement parce qu’il a baptisé son parti « serviteur du peuple » (du nom de la série télévisée où il incarnait le rôle principal).

Son engagement envers l’Ukraine et son peuple contraste avec de nombreux exemples récents, où des élites politiques prétendent se comporter en « leaders serviteurs » tout en affichant des comportements en totale contradiction.

Prenez par exemple la décision du gouverneur de la Californie Gavin Newsom d’assister à un dîner de groupe au restaurant chic French Laundry, dans la vallée de Napa, au plus fort de la pandémie de Covid-19, alors qu’il conseillait aux habitants de son État de rester chez eux afin des respecter les mesures sanitaires. Ou encore le premier ministre britannique Boris Johnson qui participe à une fête alors que le pays est sous le coup d’un ordre de rester à la maison.

Ces exemples suggèrent que, même s’ils prétendent le contraire, les dirigeants politiques se considèrent comme faisant partie d’une élite distincte à laquelle les règles qui régissent les citoyens ordinaires ne s’appliquent pas. En effet, leur comportement repose sur la conviction sous-jacente que les électeurs doivent faire ce que les dirigeants disent, et non ce qu’ils font.

Le courage de ses convictions

Ce n’est pas le cas de Zelensky, qui a suscité l’admiration du monde entier en alignant sa rhétorique sur ses actions pendant l’invasion russe de son pays.

La comparaison entre les paroles de Zelensky et sa conduite ces dernières années montre qu’il est la quintessence du « leader serviteur », même dans les circonstances les plus précaires.

En mai 2019, dans son discours inaugural après avoir été élu président, Zelensky a fait allusion à l’importance pour les titulaires de fonctions politiques d’agir en tant que « leaders serviteurs ». Sous sa direction, il espère faire de l’Ukraine un pays où, selon ses termes :

Tout le monde est égal devant la loi et les règles du jeu sont honnêtes et transparentes et sont les mêmes pour tous. Et pour que cela se produise, les personnes qui veulent servir la nation doivent en prendre acte.

Si les dirigeants politiques font souvent des déclarations aussi nobles, il est rare qu’ils les mettent en pratique par leurs actions.

Lorsque Vladimir Poutine a ordonné l’invasion de l’Ukraine, son intention était claire : renverser le gouvernement démocratiquement élu de Zelensky et établir un régime fantoche en faveur du Kremlin. Avec cet objectif en tête, l’armée russe a mis le cap sur Kiev, et Zelensky est immédiatement devenu « la cible n° 1 ».

Faisant preuve d’une force morale et d’un courage inébranlable, Zelensky a refusé de fuir Kiev. Alors que la violence se rapprochait de la capitale dans les jours qui ont suivi, et que la vie de Zelensky était menacée, le président américain Joe Biden a proposé de l’évacuer d’Ukraine. Rejetant l’offre, le président ukrainien a répondu par sa désormais célèbre phrase : « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi ».“

Un homme portant un T-shirt est vu en train de parler sur un écran dans une grande salle de réunion
Volodymyr Zelensky s’adresse au Parlement européen à Bruxelles le 1ᵉʳ mars 2022, depuis Kiev, où il est resté tout au long de l’invasion russe. (AP Photo/Virginia Mayo)

Se mettre en danger

La décision de Zelensky de rester à Kiev est à la fois exceptionnelle et profonde de sens. Il existe peu d’exemples récents d’élites politiques prêtes à se mettre personnellement en danger pour le bien collectif – Abraham Lincoln, Nelson Mandela et Mère Teresa sont quelques exemples de « leaders serviteurs » du passé. Sa décision en illustre l’esprit.

Zelensky a demandé aux Ukrainiens et aux Ukrainiennes d’affronter les envahisseurs et de défendre leur pays. Dans une ultime tentative de dissuader Poutine à la veille de l’invasion, il a déclaré : « Quand vous nous attaquerez, vous verrez nos visages, pas nos dos. »

À l’instar des « leaders serviteurs » qui mettent de côté leur propre intérêt afin de protéger les intérêts des personnes qu’ils servent, Zelensky est resté sur place pour participer à la résistance du pays. Il n’a rien demandé aux citoyens qu’il n’était pas déterminé à faire lui-même.

Certes, de nombreux Ukrainiens ordinaires ont répondu à l’appel pour défendre leur pays contre l’invasion de la superpuissance militaire. Leur héroïsme individuel et collectif ne doit pas être nié.

Mais pour que les citoyens soient déterminés à résister et à persévérer contre l’occupation russe, il est essentiel d’avoir un dirigeant politique qui se tient aux côtés du peuple, qui le sert en donnant l’exemple. Pendant les heures les plus sombres du pays, Zelensky s’est montré un homme du peuple, pour le peuple – pas seulement dans la rhétorique, mais surtout, dans l’action.

L’invasion russe de l’Ukraine se poursuit. Si le sort du président ukrainien reste incertain, une issue est claire : l’incarnation de Zelensky en tant que « leader serviteur » pendant cette période de crise signifie qu’il vivra en héros ou mourra en martyr. Il a montré au monde entier ce que signifie être un leader dont l’engagement premier est envers les citoyens qu’il sert.

Ajnesh Prasad, Canada Research Chair, Royal Roads University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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