Le président de la confédération des transports Bassam Tleiss. Crédit Photo: NNA

Jeudi 13 janvier 2022, beaucoup craignaient le pire, les directions des banques et des écoles préféraient fermer leurs portes en raison d’un appel à la grève général de la part de confédération des syndicats des transports, rappelant en quelque sorte la situation explosive qui a suivi le 17 octobre 2019. Cette forte mobilisation populaire n’a pas eu lieu aujourd’hui en dépit du blocage des routes.

La population n’était en effet pas dupe concernant cette manifestation “préparée d’avance” par des syndicats noyautés depuis longtemps par des partis politiques, comme le système judiciaire ou économique, alors que la situation économique et financière du Liban continue à se dégrader.

Le même contrôlaient tous les aspects de la vie au final au Liban, qu’elle soit politique, financière, économique, voire même spirituel sans contre-pouvoir.

En effet, les partis politiques ont noyauté tous les contre-pouvoirs locaux, institutionnels ou non, comme les ordres professionnels des avocats, des médecins ou des ingénieurs et même les syndicats comme les transports. Il s’agit, bataille après bataille, de les libérer de ce système comme l’appareil judiciaire avec quelques juges dont l’attitude héroïque et qui se démènent sur le dossier de l’explosion du port de Beyrouth ou les détournements de fonds publics face à ces partis politiques qui feintent d’être offusqués.

Le Liban, la semaine dernière, a passé un nouveau cap dans son effondrement, un cap marqué par le franchissement de la parité des 30 000 de la parité de la livre libanaise face au dollar, avec une monnaie locale qui a perdu plus de 94% de sa valeur par rapport au billet entrainant avec elle la poursuite de la dégradation du pouvoir d’achat de la population. Le salaire minimum équivaut aujourd’hui moins de 20 dollars contre 450 dollars, il y a à peine 2 ans, une population face à cette crise … une crise considérée comme l’une des pires depuis la moitié du XIXème siècle selon la Banque Mondiale.

Plus de 82% de la population vivrait ainsi sous le seuil de pauvreté contre 30% il y a 2 ans. Même la classe moyenne est devenu pauvre.

Face à cette crise, les autorités n’offrent aucune perspective réelle sur le plan économique ou social, repoussant les différentes échéances que les dirigeants avaient pourtant promis de respecter, comme la mise en place d’un plan de soutien en faveur des personnes les plus vulnérables, ou encore les réformes comme l’instauration d’un contrôle formel des capitaux ou la conclusion d’un accord avec le FMI.

Le gouvernement lui-même avait promis un premier accord avec le FMI fin décembre, puis fin février, une promesse qu’il risque fort de rater en raison de la paralysie actuelle du cabinet qui ne s’est pas réuni depuis début novembre, comme toutes les opportunités qui s’offraient pourtant à nous pour résoudre cette crise durant 2 ans, parce qu’il n’y a aucune alternative au déblocage de l’aide internationale sans répondre aux exigences de la transparence financière et judiciaire.

Pire, le Liban entre dans une période électorale où certains déclament les gammes d’un discours populiste plein de promesses, “élisez-moi, avec moi tout ira bien”, sans présenter le programme qu’on aimerait bien juger. Il n’est pas tout de dire “notre programme est le meilleur” sans pouvoir justement l’étudier et débattre sur sa viabilité réelle ou non.

Les tenants de la classe politique traditionnelle ne conçoivent pas aujourd’hui qu’ils perdent le contrôle de la situation, un peu à l’image de la Banque du Liban qui tente de reprendre la main sur le taux de change à coup de circulaire où d’injections de fonds bien tardifs après de nombreuses décisions plus controversées les unes les autres depuis les fameuses opérations d’ingénierie financière.

En effet, le système aujourd’hui a du mal à sauvegarder les apparences et ce système est proche de son effondrement final et malheureusement la population aussi. Si négociation avec le FMI avec conclusion de l’audit juricomptable des comptes due la Banque du Liban, il y a effectivement, les pertes du secteur bancaire seront connues et l’apparente contention de la population avec la promesse “que l’argent est toujours dans les banques” disparaitra aussi.

Les chiffres sont très variables, toujours aucune perte selon la BdL, 20 milliards selon la commission parlementaire des finances et du budget l’année dernière, 69 milliards selon le gouvernement Mikati, 83 milliards selon son prédécesseur, un chiffre proche des estimations du FMI de l’aveux même de l’institution internationale ou encore 103 milliards de dollars fin 2021 selon certaines agences de notation internationales.

Si manifestation réelle il y avait, ce n’était pas celle de ce jeudi mais c’était celle ce mercredi devant le siège de la Banque du Liban dont le gouverneur est lui-même soupçonné de blanchiment et de détournements de fonds alors qu’il fait parti de l’équipe qui doit négocier avec le FMI, comme il fait parti du système qui nous a amené à cette situation.

Face à cet effondrement, il semblerait que les partis politiques – en relation quasi-incestueuse avec le milieu financier, 43% des hommes politiques aux affaires étant actionnaires de banques – jouent le pourrissement, espérant ainsi peut-être débloquer une aide internationale dont dépend leur survie au final comme une fuite en avant et pour cela utilisent leurs dernière arme, celles de syndicats dont les dirigeants leurs sont acquis, telle une soupape de sécurité pour contenir une explosion sociale qui pourrait bien intervenir au fur et à mesure que la réalité économique et financière s’imposera.

N’en soyons donc pas dupe, la route est encore longue

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