Pour résumer les choses concernant la journée d’aujourd’hui au Parlement, les parlementaires recommandent le principe d’audit juricomptable de la BDL… mais également des ministères et des institutions publiques.

En effet, la procédure recommandée aujourd’hui par les députés est celle non pas d’une loi contraignante mais d’une recommandation qui fera probablement le bonheur de celles et ceux qui refusent l’audit des comptes de la banque du Liban. En effet, une recommandation peut se suivre ou pas…

Si la Banque du Liban et son gouverneur Riad Salamé, fort de certains soutiens et d’une proximité avec le premier ministre Saad Hariri, jouissaient tous 2 d’une immunité liée au code de la monnaie et du crédit ou encore au secret bancaire, cela n’est pas le cas des autres institutions publiques qui sont soumises au contrôle de certains organismes publics. Si demande d’audit, il y a, cela signifie également une faillite des organismes de contrôle et de tutelle publiques, comme la cour des comptes, la commission parlementaire du budget et des finances ou encore du ministère des finances lui-même.

Désormais, il est chose connue que la Banque du Liban est en faillite d’une part financièrement avec des pertes estimées, de sources étrangères, à hauteur de 50 milliards de dollars, mais également en faillite morale, ayant échoué à imposer son rôle de tutelle sur le système monétaire avec la dégradation de la livre libanaise dont les taux ont toujours été faussés par la politique du PEG mais aussi sur les banques privées qui n’en font qu’à leurs têtes publiquement depuis un an avec l’instauration d’un contrôle informel des capitaux et qui ne respectent pas les différentes circulaires publiées par la BdL.

Cette faillite dans le rôle qui lui est normalement dévolu semble, par cette généralisation de l’audit, être aussi celle des autres institutions en charge de réguler les affaires publiques.

Une interrogation s’impose désormais face à cette décision, celle de savoir à quoi donc servaient alors la cour des comptes, la commission du budget et des finances à l’heure de la polémique avec son président, le député Ibrahim Kanaan désormais sur la défense depuis quelques semaines pour son rôle joué dans l’affaire, ou encore les organismes de contrôle présents au sein du ministère des finances, pour ne pas évoquer les gens qui y siégeaient et qui étaient payés pour cela?

Il semblerait donc qu’ils n’aient pas effectué le travail qu’ils devaient accomplir par rapport à cette décision puisqu’ils se voient aujourd’hui être personnellement pour certains mis-en-état de cause.

Un petit rappel s’impose tout de même. Dans son bras-de-fer contre le plan du gouvernement, l’Association des Banques du Liban a publiquement indiqué qu’elle allait activer ses relais présents au Parlement pour contrer le plan de sauvetage du gouvernement Hassan Diab qui – prenant en compte les pertes du secteur bancaire privé et public – souhaitait voir être approvisionné à la totalité du capital des actionnaires actuels, la couverture des pertes afin de sauver l’épargne de la population.

Des conflits d’intérêt, évidemment qu’il y en a eu, certaines personnes possédant des liens étroits avec les banques libanaises qui sont considérées comme insolvables par de nombreux experts internationaux. Ces établissements ont tout de même bénéficié depuis des années des largesses de la Banque du Liban au travers par exemple les opérations d’ingénierie financière qui ont coûté à la banque centrale 24 milliards de dollars, rien qu’entre 2016 à 2018 de l’aveu même d’un ancien ministre des finances. Cet argent a été généralement distribué en dividendes au profit des actionnaires et non réinvesti dans l’économie réelle.

Dans ce bras-de-fer, il est indéniable que certains organismes – infiltrés par le cancers des intérêts personnels – ont plus oeuvré dans l’intérêt des banquiers ou d’autres intérêts privés notamment en ce qui concerne par exemple les importations que dans le cadre de l’intérêt public.

Faut-il encore rappeler que 43% des actions des banques sont aux mains de personnes exposées politiquement? On n’est jamais mieux servi au final que par soi-même.

Peut-être qu’une enquête devrait être ouverte plus précisément à leur encontre avant tout … parce que si la cour des comptes et ces autres institutions ne pouvaient pas avoir ces comptes être examinés en raison des textes liés au code de l’argent et de la monnaie ou encore au secret bancaire comme l’estiment certains, il ne va pas de même des ministères et des institutions publiques qui étaient normalement sous le contrôle de ces 3 organismes où pourtant elles ont autorité. Il s’agit donc d’un problème fonctionnaire et rien n’assure qu’une fois l’audit juricomptable ne soit passé, les choses ne redeviennent comme avant.

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