28 octobre 2026
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Les Arabes israéliens décideront-ils du destin politique d’Israël ?

Les élections israéliennes du 27 octobre 2026 placent les partis arabes au cœur des équilibres parlementaires. Avec environ 55 sièges pour Netanyahu, 49 pour l’opposition et 15 à 16 pour les formations arabes, aucune majorité ne se dégage. Ces députés pourraient devenir les arbitres du prochain gouvernement israélien.

Gli arabi israeliani decideranno il destino politico di Israele?

Bernard Raymond Jabre

Le dépouillement des élections israéliennes du 27 octobre 2026 oblige déjà à corriger la photographie donnée par les sondages de sortie des urnes.

Hier soir, Israël semblait presque parfaitement coupé en trois blocs : environ 51 sièges pour Benjamin Netanyahu et ses alliés, 51 pour l’opposition sioniste et 18 pour les partis arabes.

Ce matin, avec plus de la moitié des bureaux dépouillés, l’image est différente. Les résultats partiels donnent autour de 55 sièges au bloc Netanyahu, environ 49 à l’opposition et 15 à 16 aux partis arabes.

Les chiffres peuvent encore évoluer : les votes sous double enveloppe, notamment ceux des militaires, sont comptés plus tard. Mais une chose est déjà claire : personne n’a encore les 61 sièges nécessaires pour disposer d’une majorité à la Knesset.

C’est là que commence le paradoxe.

Les citoyens arabes représentent environ 21 à 22 % de la population israélienne. Pendant des décennies, leur poids démographique fut très supérieur à leur influence réelle sur la formation des gouvernements. Abstention, divisions politiques et refus réciproques entre partis arabes et partis sionistes les maintenaient largement à la périphérie du pouvoir.

Cette fois, leur vote pourrait peser directement sur l’issue politique du scrutin.

La démonstration tient en quelques chiffres :

120 députés.
61 pour gouverner.
Netanyahu : environ 55.
Opposition sioniste : environ 49.
Partis arabes : environ 15 à 16.

Netanyahu est donc aujourd’hui plus proche de la majorité que ne le laissaient penser les premières projections.

Mais 55 n’est pas 61.

Il lui manque encore six députés.

Et tant que ces six députés ne sont pas trouvés, la question des partis arabes reste au cœur de l’équation.

Prenons l’autre camp. Une opposition sioniste autour de 49 sièges ne peut évidemment pas gouverner seule. Mais 49 plus 15 ou 16 députés arabes produit théoriquement une majorité de 64 ou 65 sièges.

49 + 15 = 64.
49 + 16 = 65.

L’arithmétique est donc simple. La politique, elle, l’est beaucoup moins.

Les partis arabes ne constituent pas un bloc homogène. Ra’am de Mansour Abbas et la Joint List ont des stratégies différentes. Netanyahu exclut une alliance avec eux. Et plusieurs composantes de l’opposition sioniste ont elles-mêmes posé de fortes limites à une coalition dépendant des partis arabes.

Mais c’est précisément ce qui rend leur position intéressante.

Pour peser sur le pouvoir, ils ne sont pas nécessairement obligés d’entrer tous au gouvernement.

Ils peuvent soutenir une coalition de l’extérieur. Ils peuvent négocier une abstention. Ils peuvent apporter leurs voix sur certains votes essentiels. Ils peuvent aussi empêcher une coalition adverse de disposer d’une majorité stable.

Autrement dit, ils peuvent peser sur le pouvoir sans nécessairement exercer directement le pouvoir.

Le précédent existe déjà.

En 2021, Mansour Abbas avait franchi une frontière historique lorsque Ra’am participa à la coalition Bennett-Lapid. Pour la première fois, un parti arabe indépendant devenait partenaire d’une coalition gouvernementale israélienne.

Ce qui était alors exceptionnel pourrait devenir, à terme, une donnée structurelle de la politique israélienne.

Car le phénomène dépasse cette seule élection.

Plus le vote juif israélien se fragmente entre plusieurs partis et plusieurs blocs incapables d’atteindre seuls la majorité, plus le poids relatif des députés arabes augmente.

C’est une mécanique parlementaire.

Dans une Knesset où un bloc possède 70 sièges, 15 députés arabes ne déterminent pas qui gouverne.

Dans une Knesset où le premier bloc en possède 55 et le second 49, ces mêmes députés deviennent potentiellement déterminants.

Ils ne sont pas devenus majoritaires.

Ce sont les autres qui ne le sont plus.

Et c’est là que le poids démographique peut se transformer en pouvoir politique.

Les Arabes israéliens votent, paient leurs impôts, travaillent dans les entreprises, les universités et les hôpitaux du pays, élisent leurs députés et vivent quotidiennement les mêmes questions de services publics, de logement, de sécurité et d’infrastructures que les autres citoyens.

Leur poids parlementaire peut donc devenir un instrument de négociation très concret : budgets municipaux, lutte contre la criminalité, écoles, routes, logement, emploi, développement économique.

Le raisonnement devient presque contractuel :

Vous avez besoin de nos députés pour gouverner.

Nous avons besoin de l’État pour obtenir notre part des budgets, des infrastructures et des services publics.

C’est ainsi qu’une minorité démographique devient une minorité charnière.

Le dépouillement en cours apporte cependant une nuance essentielle à cette thèse.

Si le bloc Netanyahu progressait jusqu’à 61 sièges, il n’aurait plus besoin d’aucun soutien extérieur. Le rôle d’arbitre des partis arabes disparaîtrait immédiatement.

Mais s’il reste autour de 55 sièges, la question demeure entière : où trouver les six députés manquants ?

Et si l’opposition veut constituer une majorité alternative, elle devra elle aussi répondre à une question qu’une partie de la politique israélienne préfère depuis longtemps éviter : peut-elle gouverner sans aucune forme de coopération avec les représentants d’environ un cinquième de la population ?

Voilà peut-être la véritable question soulevée par cette élection.

Pendant longtemps, on pouvait demander :

Que fera la majorité juive de sa minorité arabe ?

Il faut désormais ajouter une seconde question :

Que peut faire une majorité juive qui n’est plus majoritaire sans elle ?

Les résultats définitifs diront si cette question devient immédiatement celle du prochain gouvernement ou si elle est repoussée.

Mais le changement politique est déjà visible : plus Israël se divise en blocs de force comparable, plus ses citoyens arabes peuvent acquérir un pouvoir d’arbitrage supérieur à leur poids parlementaire.

Les 22 % ne gouvernent pas Israël.

Mais lorsque personne n’atteint 61 sièges, ils peuvent contribuer à déterminer qui sera capable de le gouverner.

À une condition toutefois : que les partis juifs restent eux-mêmes divisés.

Car une grande coalition, ou une recomposition entre partis juifs, pourrait toujours contourner les partis arabes et leur retirer cette position d’arbitre.

Ce serait alors l’autre paradoxe de cette élection : les Arabes israéliens détiennent peut-être la clé du pouvoir précisément aussi longtemps que les partis juifs ne parviennent pas à s’entendre entre eux.

Bernard Raymond Jabre

Note : article actualisé le 28 octobre 2026 à partir de résultats partiels. Le dépouillement n’est pas définitif et la répartition des sièges peut encore évoluer.

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Bernard Raymond Jabre

Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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