Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a annoncé le 18 août 2026 la construction d’une installation destinée aux pendaisons au sein d’une aile pénitentiaire spécialement aménagée dans le centre d’Israël pour les condamnés à mort. Cette étape donne une traduction matérielle à la loi adoptée en mars par la Knesset, qui rend la peine capitale applicable à des Palestiniens condamnés pour des attaques meurtrières. Le dispositif avait suscité une forte réaction des Nations unies, de plusieurs gouvernements européens et d’organisations de défense des droits humains. Le contraste est d’autant plus net au Liban voisin, où le Parlement vient au contraire de voter l’abolition de la peine de mort après vingt-deux années sans exécution.
Ce n’est plus seulement une loi votée par le Parlement israélien. C’est désormais une infrastructure en construction.
Itamar Ben-Gvir a présenté le 18 août une installation destinée à permettre l’exécution par pendaison de condamnés à mort dans une prison située dans le centre d’Israël. Les images diffusées par son bureau montrent les travaux entrepris à l’intérieur d’une aile déjà construite pour accueillir les futurs condamnés à la peine capitale.
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Le ministre, qui exerce son autorité politique sur le système pénitentiaire israélien, a directement relié cette installation à la législation qu’il défend depuis plusieurs années. Il a présenté les travaux comme l’étape suivante après l’adoption, le 30 mars 2026, de la loi dite sur la « peine de mort pour les terroristes ».
L’annonce constitue donc un changement de nature. Le débat israélien ne porte plus seulement sur la possibilité juridique d’exécuter certains condamnés palestiniens. L’administration pénitentiaire prépare désormais les moyens matériels nécessaires à la mise en œuvre des sentences.
La mesure reste cependant contestée devant les juridictions israéliennes et continue de soulever de sérieuses objections au regard du droit international.
Une loi adoptée par 62 voix contre 48
La Knesset a adopté le texte le 30 mars 2026 par 62 voix contre 48.
La loi prévoit notamment la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens de Cisjordanie reconnus coupables, devant les tribunaux militaires israéliens, d’attaques meurtrières répondant aux critères définis par le texte.
Elle fait de la peine capitale la sanction de référence dans certaines de ces affaires, tout en laissant une marge limitée aux juridictions pour retenir une autre peine dans des circonstances particulières.
Le texte prévoit également un calendrier particulièrement contraignant pour l’exécution d’une condamnation définitive. Les exécutions doivent intervenir dans un délai de 90 jours après que les voies de recours prévues ont été épuisées.
La législation n’est pas rétroactive. Elle ne s’applique donc pas automatiquement aux Palestiniens déjà détenus pour des faits commis avant son entrée en vigueur, notamment aux auteurs des attaques du 7 octobre 2023 actuellement poursuivis ou incarcérés.
Cette limitation n’a pas réduit la portée politique du texte.
Depuis plusieurs années, Ben-Gvir fait de la peine capitale l’un des marqueurs de sa politique à l’égard des prisonniers palestiniens. L’annonce d’une aile spécifique et d’une installation de pendaison vise à montrer que le gouvernement est désormais capable de passer du vote parlementaire à l’exécution concrète de la loi.
Une prison organisée autour de la peine de mort
Les informations rendues publiques permettent de préciser ce qui est effectivement en préparation.
Il ne s’agit pas seulement de constituer administrativement une équipe chargée d’exécuter des condamnés. Une aile pénitentiaire réservée aux prisonniers condamnés à mort a déjà été construite, et une installation destinée aux pendaisons est désormais en cours d’aménagement à l’intérieur du complexe.
Le dispositif matérialise une chaîne pénitentiaire spécifique : détention après condamnation, isolement dans une aile dédiée puis, en cas d’épuisement des recours et d’exécution de la sentence, transfert vers le lieu prévu pour la pendaison.
Cette organisation est exceptionnelle dans l’histoire récente d’Israël.
L’État israélien possède juridiquement la peine de mort pour certaines infractions exceptionnelles depuis sa création, mais son utilisation a été extrêmement rare. L’exécution la plus connue reste celle d’Adolf Eichmann, architecte de la déportation des Juifs d’Europe sous le régime nazi, pendu en 1962 après son procès à Jérusalem.
Pendant des décennies, la peine capitale n’a donc pratiquement joué aucun rôle dans le système pénal israélien.
Le texte de mars 2026 rompt avec cette retenue historique en organisant son emploi dans le cadre du conflit israélo-palestinien.
Les Nations unies dénoncent une loi discriminatoire
Cette évolution avait provoqué dès mars une réaction internationale particulièrement forte.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, avait demandé l’abrogation rapide de la loi. Il estimait que le dispositif soulevait de graves problèmes de respect du droit à un procès équitable et qu’il présentait un caractère discriminatoire.
L’un des principaux points de contestation concerne en effet la différence entre les juridictions applicables.
Les Palestiniens de Cisjordanie sont jugés pour ces infractions devant des tribunaux militaires israéliens. Les citoyens israéliens relèvent, eux, des juridictions civiles.
Bien que le texte comporte également des dispositions concernant certains crimes commis devant les tribunaux israéliens ordinaires, plusieurs juristes et organisations de défense des droits humains considèrent que sa rédaction conduit, dans la pratique, à faire peser essentiellement la peine de mort sur des Palestiniens.
Les Nations unies ont également contesté le délai imposé pour procéder aux exécutions et les limitations entourant la possibilité de grâce.
Le Haut-Commissariat a averti que l’application discriminatoire de la peine capitale dans un territoire occupé pourrait constituer une violation particulièrement grave du droit international.
Plusieurs États européens avaient condamné le texte
Les critiques ne sont pas venues uniquement des organisations internationales.
Après le vote de mars, plusieurs gouvernements occidentaux, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, avaient exprimé leur opposition au dispositif. L’Union européenne avait également rappelé son opposition de principe à la peine de mort.
Plusieurs pays arabes et musulmans avaient simultanément condamné la législation, qu’ils jugeaient discriminatoire à l’égard des Palestiniens.
La réaction américaine avait été plus prudente. Washington n’avait pas rejoint les condamnations les plus sévères, tout en insistant sur la nécessité de respecter les garanties judiciaires.
L’annonce du 18 août intervient donc dans un contexte diplomatique déjà chargé.
À ce stade, aucune vague comparable de réactions gouvernementales n’a encore accompagné publiquement la présentation de l’installation de pendaison. Mais les travaux donnent un caractère beaucoup plus immédiat aux critiques formulées au printemps : ce qui était alors dénoncé comme un risque juridique est désormais préparé comme une procédure pénitentiaire effective.
Un contexte pénitentiaire déjà sous surveillance
L’annonce intervient également alors que les conditions de détention des Palestiniens dans les prisons israéliennes font l’objet de critiques répétées.
Depuis le 7 octobre 2023, organisations israéliennes, internationales et palestiniennes ont documenté une dégradation des conditions de détention, notamment concernant l’alimentation, l’accès aux soins, les mauvais traitements et les restrictions imposées aux détenus.
Ben-Gvir revendique lui-même un durcissement des conditions de détention des prisonniers classés par Israël comme détenus de sécurité.
La Cour suprême israélienne a déjà été saisie de plusieurs aspects de cette politique.
La préparation d’exécutions s’inscrit donc dans un environnement où la politique pénitentiaire est devenue un terrain politique à part entière en Israël, et non plus seulement une question relevant de l’administration carcérale.
Ce contexte explique aussi pourquoi les opposants à la loi ne concentrent pas leurs critiques sur le seul principe de la peine capitale. Ils interrogent les conditions dans lesquelles les condamnations seront prononcées, les possibilités de recours et le traitement des détenus pendant la procédure.
Le contraste libanais : vingt-deux ans sans exécution
À quelques centaines de kilomètres, le Liban vient précisément d’emprunter la direction inverse.
Le Parlement libanais a voté le 11 août 2026 l’abolition de la peine de mort, après plusieurs décennies de débats et vingt-deux années de moratoire de fait.
La dernière exécution au Liban remonte à 2004.
Depuis cette date, les tribunaux continuaient à pouvoir prononcer des condamnations à mort, mais aucune n’avait été exécutée. Le pays se trouvait donc dans une situation intermédiaire : abolitionniste dans la pratique, mais pas dans sa législation.
Le vote parlementaire du 11 août vise à supprimer cette contradiction.
La nouvelle législation remplace la peine capitale par une peine de réclusion à perpétuité assortie de conditions sévères.
Le texte doit cependant suivre la procédure constitutionnelle nécessaire avant son entrée en vigueur définitive. Au 19 août, il convient donc de distinguer le vote de l’abolition par le Parlement, qui est acquis, et sa formalisation juridique complète.
Cette nuance n’enlève rien au changement politique.
Le Liban avait maintenu la peine de mort dans ses codes
Jusqu’au vote d’août, plusieurs dispositions du droit libanais prévoyaient encore la peine capitale, notamment pour certains meurtres aggravés, des crimes contre la sûreté de l’État et certaines infractions militaires.
Les juridictions continuaient donc à prononcer ponctuellement des condamnations à mort, même si celles-ci n’étaient plus exécutées.
Le moratoire reposait surtout sur une pratique politique : une exécution exigeait notamment que le décret nécessaire soit signé par les autorités compétentes. Depuis 2004, aucun gouvernement n’avait renoué avec cette procédure jusqu’à son terme.
Le passage à l’abolition législative modifie cette logique.
Il ne s’agit plus simplement de ne pas exécuter les condamnés. Le principe même de la peine capitale doit disparaître de l’arsenal pénal au profit d’une peine d’emprisonnement.
Cette évolution avait été préparée pendant plusieurs mois au Parlement. Les commissions compétentes avaient approuvé le projet au cours de l’été avant son examen en séance plénière.
Deux trajectoires opposées dans une même région
Le contraste entre les décisions israélienne et libanaise est particulièrement saisissant par leur proximité dans le temps.
Le 11 août, le Parlement libanais vote pour sortir juridiquement de la peine capitale après plus de deux décennies sans exécution.
Une semaine plus tard, le 18 août, le ministre israélien chargé des prisons montre l’installation destinée à rendre opérationnelles des exécutions par pendaison après l’adoption d’une nouvelle législation quelques mois auparavant.
Les deux situations ne sont pas juridiquement identiques.
Le système judiciaire libanais, le système israélien et les tribunaux militaires israéliens appliqués aux Palestiniens de Cisjordanie relèvent de cadres différents. Le Liban sort par ailleurs d’un moratoire de longue durée, tandis qu’Israël disposait déjà théoriquement de la peine capitale pour un nombre très restreint d’infractions exceptionnelles.
Mais le mouvement politique est inverse.
Beyrouth transforme un moratoire de fait en abolition législative. Israël transforme une peine historiquement exceptionnelle en sanction explicitement prévue pour une nouvelle catégorie d’affaires liées au conflit avec les Palestiniens.
Une première exécution constituerait le véritable basculement
La construction de l’installation ne signifie pas qu’une exécution aura lieu immédiatement.
Les futures condamnations dépendront des dossiers portés devant les juridictions compétentes, des décisions des juges et des recours engagés. Le texte lui-même fait par ailleurs l’objet de contestations judiciaires.
Mais la construction d’une aile réservée aux condamnés à mort et d’un lieu de pendaison réduit désormais la distance entre la loi et son application.
C’est ce qui donne à l’annonce de Ben-Gvir sa portée politique.
Après le vote de la Knesset, le débat international portait sur ce qu’Israël pourrait faire. Depuis le 18 août, l’administration pénitentiaire prépare concrètement les moyens de le faire.
Les prochaines étapes seront donc suivies sur deux fronts : devant les juridictions israéliennes, où la législation reste contestée, et sur le terrain diplomatique, où une première condamnation à mort susceptible d’être exécutée pourrait provoquer une réaction internationale beaucoup plus forte que celle suscitée par la seule construction de l’installation.


