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Syrie : des tonnes de matière nucléaire refont surface

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Les nouvelles autorités syriennes ont révélé à l’Agence internationale de l’énergie atomique l’existence de plusieurs tonnes de matière nucléaire sur un site qui n’avait jamais été déclaré sous Bachar Al-Assad. Des inspecteurs ont désormais accès au matériau et à plusieurs installations liées aux anciennes activités nucléaires syriennes. La découverte ne signifie pas que Damas possède plusieurs tonnes de matière utilisable directement pour fabriquer une arme atomique. Elle rouvre en revanche un dossier vieux de près de vingt ans : celui du programme clandestin associé au réacteur d’Al-Kibar, détruit par Israël en 2007. Pour le nouveau pouvoir syrien, l’enjeu consiste désormais à identifier, sécuriser et déclarer cet héritage tout en convainquant l’AIEA qu’il ne subsiste plus d’activité nucléaire cachée.

Plusieurs tonnes. Le chiffre suffit à attirer l’attention, mais il risque aussi d’induire en erreur sur la nature exacte de ce qui vient d’être révélé en Syrie.

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a confirmé lors de sa visite des 17 et 18 août 2026 que les nouvelles autorités syriennes avaient signalé l’existence d’une quantité importante de matière nucléaire sur un emplacement qui n’avait pas été déclaré à l’agence sous le régime de Bachar Al-Assad.

Damas avait officiellement informé l’AIEA de cette découverte le 17 juillet 2026. Les autorités syriennes avaient alors invité l’agence à examiner le site et le matériau. Un mois plus tard, les inspecteurs disposent d’un accès qui doit leur permettre de déterminer précisément la nature, la quantité et l’origine des matières concernées.

Rafael Grossi a évoqué « quelques tonnes ». Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad Al-Shaibani, assure de son côté que ces matières ne présentent pas de danger et qu’elles resteront en Syrie, sous les garanties internationales de l’AIEA.

La formulation appelle une première distinction essentielle : matière nucléaire ne signifie pas matière immédiatement utilisable dans une arme nucléaire.

Les informations disponibles ne permettent pas de parler de plusieurs tonnes d’uranium hautement enrichi, encore moins d’un stock de matière directement utilisable pour fabriquer des bombes. Des informations médiatiques évoquent de l’uranium métal conservé depuis plus de vingt ans et susceptible d’être lié aux anciennes activités nucléaires clandestines syriennes. La caractérisation complète relève désormais du travail de l’AIEA.

L’actualité du 19 août est donc moins la découverte d’un « arsenal nucléaire » que l’apparition au grand jour d’une partie matérielle d’un programme dont Damas avait pendant des années refusé de livrer toutes les clés.

La Syrie a elle-même déclaré la matière nucléaire

Ce détail modifie profondément la lecture politique de l’affaire.

La matière n’a pas été découverte à l’issue d’une inspection imposée aux nouvelles autorités syriennes. C’est Damas qui a informé l’AIEA de son existence et demandé l’intervention de ses inspecteurs.

Cette initiative s’inscrit dans le changement de politique engagé depuis la chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024. Le nouveau pouvoir syrien cherche à solder les contentieux internationaux hérités de l’ancien régime, dont le dossier nucléaire constitue l’un des plus sensibles.

Lors de la visite de Rafael Grossi, Damas a réaffirmé son engagement envers le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires et son accord de garanties avec l’AIEA. Les autorités présentent leur coopération comme une rupture avec les pratiques de l’ancien régime.

L’agence dispose désormais d’un accès au site où se trouvent les matières nouvellement déclarées. Elle travaille également sur des installations associées aux interrogations anciennes concernant le programme syrien.

À Deir ez-Zor, Rafael Grossi a pu observer des travaux d’excavation sur un site lié aux activités nucléaires passées. Ces opérations doivent permettre de retrouver des éléments susceptibles d’éclairer ce qui s’y déroulait avant sa destruction.

L’objectif est désormais de reconstituer une chaîne que l’AIEA n’avait jamais pu établir complètement : quelles matières la Syrie possédait-elle, où étaient-elles entreposées, quelles installations devaient les utiliser et que reste-t-il aujourd’hui de cet ensemble ?

Pourquoi quelques tonnes ne signifient pas quelques tonnes de combustible pour une bombe

La nature du matériau constitue le point le plus important pour éviter une interprétation erronée.

Le mot « uranium » recouvre des réalités extrêmement différentes.

L’uranium naturel contient principalement de l’uranium 238 et une faible proportion d’uranium 235. Pour la plupart des technologies de réacteurs et, à plus forte raison, pour fabriquer une arme utilisant de l’uranium, des étapes techniques supplémentaires sont nécessaires.

Le degré d’enrichissement est donc déterminant.

Or les autorités et l’AIEA n’ont pas annoncé la découverte de plusieurs tonnes d’uranium hautement enrichi. Les informations disponibles évoquent une matière dont la composition et l’histoire doivent encore être vérifiées.

Cela ne la rend pas insignifiante.

Une quantité de plusieurs tonnes de matière nucléaire non déclarée constitue un problème majeur pour le système international de non-prolifération. L’AIEA doit savoir d’où elle provient, pourquoi elle n’avait pas été déclarée, à quelles installations elle était destinée et si l’intégralité du stock a désormais été identifiée.

La question est donc comptable autant que stratégique.

Dans le système des garanties nucléaires, une matière ne doit pas simplement être physiquement sécurisée. Elle doit être déclarée, caractérisée et suivie afin que l’agence puisse vérifier qu’elle n’est pas détournée vers des usages interdits.

C’est pourquoi l’inventaire syrien devient central.

L’ombre d’Al-Kibar réapparaît

Pour comprendre pourquoi cette découverte provoque une telle attention, il faut revenir au 6 septembre 2007.

Cette nuit-là, l’aviation israélienne détruit une installation syrienne située dans la région de Deir ez-Zor. Pendant plusieurs mois, Israël garde officiellement le silence sur l’opération.

Le site devient ensuite connu sous le nom d’Al-Kibar, ou Dair Alzour dans la terminologie utilisée par l’AIEA.

Les investigations internationales vont progressivement renforcer les soupçons. En 2011, l’AIEA estime qu’il est très probable que le bâtiment détruit ait été un réacteur nucléaire qui aurait dû être déclaré à l’agence.

La Syrie avait rejeté cette conclusion.

L’une des questions les plus importantes concernait la ressemblance de l’installation avec un réacteur nord-coréen. Les soupçons portaient sur un projet susceptible de produire du plutonium après irradiation et retraitement du combustible.

Mais la destruction du bâtiment avant sa mise sous contrôle international avait compliqué l’enquête.

L’AIEA avait également détecté des particules d’uranium d’origine anthropique dans le cadre de ses investigations et demandé l’accès à plusieurs emplacements considérés comme potentiellement liés aux activités de Deir ez-Zor.

Pendant des années, le dossier est resté inachevé.

C’est précisément cet héritage que les inspecteurs tentent aujourd’hui de reconstituer.

Des traces d’uranium avaient déjà relancé l’enquête

Le dossier avait commencé à évoluer avant même les révélations d’août 2026.

En 2024, les autorités syriennes avaient permis à l’AIEA de visiter trois emplacements soupçonnés d’avoir eu un lien fonctionnel avec le site de Deir ez-Zor. Des prélèvements environnementaux avaient alors été effectués.

Les analyses ont ensuite révélé sur l’un de ces emplacements un nombre significatif de particules d’uranium naturel d’origine anthropique.

Cette formulation est importante.

« D’origine anthropique » signifie que la matière avait été soumise à une activité humaine ou à un processus industriel. Sa présence ne pouvait donc pas être simplement assimilée à de l’uranium naturellement contenu dans le sol.

L’agence avait effectué des prélèvements supplémentaires afin de déterminer la signification de ces particules.

La chute du régime Assad a ensuite changé les conditions de l’enquête.

En juin 2025, Rafael Grossi avait obtenu des nouvelles autorités syriennes un engagement d’accès destiné à résoudre les questions restées ouvertes. Puis, le 17 juillet 2026, Damas a franchi une étape supplémentaire en déclarant lui-même la présence de matière nucléaire sur un emplacement jusque-là non déclaré.

Les événements des 17 et 18 août constituent donc l’aboutissement provisoire d’une séquence commencée bien avant la visite actuelle.

Un deuxième dossier radioactif avait été découvert à Homs

La révélation intervient un mois après un autre événement qui pourrait facilement être confondu avec elle.

Le 16 juillet 2026, les autorités syriennes avaient annoncé avoir sécurisé un conteneur blindé contenant des matières radioactives à la périphérie du quartier d’Al-Waer, à Homs.

Le conteneur était extérieurement détérioré. Des équipes spécialisées de l’Autorité syrienne de l’énergie atomique avaient établi un périmètre de sécurité et effectué des mesures radiologiques.

Selon les autorités, aucune fuite radioactive significative n’avait été détectée. Les niveaux mesurés ne présentaient pas de menace pour la population ou l’environnement. Le conteneur avait ensuite été transféré vers les laboratoires centraux de l’autorité atomique syrienne.

Il faut donc séparer clairement les deux affaires.

Le conteneur de Homs relevait d’un problème de sûreté radiologique concernant une source découverte dans un environnement civil.

Le dossier révélé à l’AIEA concerne, lui, des matières nucléaires non déclarées et les obligations internationales de la Syrie en matière de garanties et de non-prolifération.

La différence est fondamentale.

Toutes les matières radioactives ne relèvent pas d’un programme nucléaire militaire. Des sources radioactives sont utilisées dans la médecine, l’industrie, la recherche et de nombreux équipements techniques.

Le dossier actuel possède une portée stratégique parce qu’il pourrait être lié aux activités nucléaires clandestines conduites sous l’ancien régime.

L’AIEA doit maintenant déterminer ce que Damas possède réellement

Le travail des inspecteurs commence donc par une opération apparemment simple : identifier précisément le matériau.

Sa composition isotopique peut fournir des informations sur son origine et son traitement. Les experts doivent également déterminer son état, son conditionnement, sa masse exacte et l’historique disponible de son stockage.

Ces données pourront ensuite être confrontées aux informations recueillies sur les anciens sites nucléaires syriens.

L’enjeu consiste à vérifier si les différents éléments racontent une histoire cohérente.

Si plusieurs tonnes de matière ont été conservées pendant plus de vingt ans, l’AIEA doit notamment comprendre leur provenance et leur destination initiale. Elle doit également déterminer si d’autres stocks ou équipements liés à ces activités pourraient encore exister ailleurs.

Le nouveau gouvernement syrien affirme vouloir fournir les informations nécessaires.

Rafael Grossi considère cette coopération comme l’avancée la plus importante obtenue jusqu’ici dans le règlement des questions de garanties laissées par les activités non déclarées de l’ancien régime.

Mais une coopération politique ne remplace pas la vérification technique.

La fermeture du dossier ne pourra intervenir que lorsque l’agence estimera disposer de suffisamment d’éléments pour expliquer les matières, les sites et les activités passées.

Pourquoi Damas veut conserver les matières en Syrie

Asaad Al-Shaibani a indiqué que les matières resteraient sur le territoire syrien.

Cette position introduit une autre dimension du dossier.

La Syrie ne renonce pas au principe d’une utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Comme les autres États parties au Traité sur la non-prolifération, elle revendique le droit de développer des activités nucléaires civiles dans le respect de ses obligations internationales.

Damas présente donc les matières découvertes non comme un stock dont il faudrait nécessairement se débarrasser, mais comme un matériau susceptible d’être conservé sous contrôle.

Cela implique des obligations.

L’AIEA devra pouvoir appliquer ses garanties, vérifier l’inventaire et contrôler les usages futurs. Les matières devront également être protégées contre le vol, le trafic ou une utilisation non autorisée.

Cette question est particulièrement sensible dans un pays qui sort de plus d’une décennie de guerre et dont certaines institutions sont encore en reconstruction.

Le problème ne réside donc pas seulement dans ce que voulait faire l’ancien régime avec ces matières. Il concerne aussi leur sécurité aujourd’hui.

Israël reste directement concerné par le dossier

Le passé du programme explique également l’attention israélienne.

Israël a démontré en 2007 qu’il était prêt à employer la force pour empêcher l’apparition en Syrie d’une capacité nucléaire qu’il considérait comme menaçante.

La situation de 2026 est cependant différente.

Les nouvelles autorités syriennes ont choisi d’informer l’AIEA et d’ouvrir les sites aux inspecteurs. Cette internationalisation du dossier fournit un mécanisme de vérification qui n’existait pas dans les mêmes conditions lorsque les soupçons entouraient Al-Kibar.

Des informations médiatiques ont évoqué des discussions associant les États-Unis, Israël, la Syrie et l’AIEA autour de la sécurisation des matières. Damas a toutefois contesté l’existence d’un rôle israélien dans le processus actuel.

Il faut donc distinguer les éléments confirmés des informations attribuées à des sources diplomatiques.

Ce qui est établi est que Damas coopère avec l’AIEA, que les inspecteurs ont obtenu accès aux emplacements concernés et que les États-Unis suivent étroitement le dossier.

Le degré d’implication israélienne dans les arrangements entourant les matières reste, lui, sujet à des versions divergentes.

Pour le nouveau pouvoir, solder l’héritage Assad

L’affaire possède enfin une dimension politique intérieure et internationale pour le président Ahmed Al-Charaa.

Son gouvernement hérite d’un ensemble de contentieux laissés par l’ancien régime : armes chimiques, sanctions, personnes disparues, détentions, archives sécuritaires et désormais dossier nucléaire.

La stratégie suivie sur le nucléaire consiste à séparer le nouvel État syrien des pratiques du pouvoir précédent.

Damas présente la déclaration du 17 juillet comme une initiative volontaire. Le message adressé à l’extérieur est clair : les nouvelles autorités ne veulent pas protéger les secrets nucléaires de Bachar Al-Assad et acceptent que l’AIEA reconstitue les activités passées.

Cette coopération peut contribuer à la normalisation internationale de la Syrie.

Mais elle comporte également un risque politique : plus les inspecteurs avancent, plus ils peuvent mettre au jour des informations nouvelles sur l’ampleur réelle du programme clandestin.

La transparence annoncée sera donc jugée non sur la première visite, mais sur ce qui se produira si l’AIEA demande de nouveaux documents, de nouveaux prélèvements ou l’accès à d’autres emplacements.

Le mystère se déplace désormais vers l’inventaire

La découverte de plusieurs tonnes de matière nucléaire ne ferme donc pas le dossier syrien. Elle lui donne au contraire une dimension matérielle nouvelle.

Pendant près de vingt ans, la question centrale était de savoir ce que Bachar Al-Assad avait cherché à construire à Deir ez-Zor et quels autres sites avaient participé au projet. L’AIEA possède désormais une possibilité qu’elle n’avait jamais obtenue dans les mêmes conditions : confronter les traces laissées sur le terrain à des matières nucléaires déclarées par les autorités qui ont succédé au régime.

Trois questions doivent encore recevoir une réponse précise : de quelle matière s’agit-il exactement, pourquoi était-elle stockée sur un emplacement non déclaré et existe-t-il d’autres quantités ou installations encore inconnues ?

Damas affirme qu’il n’existe aucun danger pour la population et veut conserver le matériau sous garanties internationales. L’AIEA doit maintenant vérifier l’inventaire et poursuivre ses investigations à Deir ez-Zor. Les prochaines analyses détermineront si les quelques tonnes révélées en juillet constituent le dernier élément manquant du dossier nucléaire syrien ou seulement la première partie d’un héritage que le nouveau pouvoir commence à ouvrir.

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