Le président Joseph Aoun a reçu, mercredi 19 août 2026, une invitation d’Emmanuel Macron à participer le 17 septembre à Paris à une réunion préparatoire de la conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure. Des délégations militaires et des experts de plusieurs pays doivent y participer. Derrière cette réunion technique se joue un dossier politique central : les partenaires du Liban demandent à l’État d’étendre son autorité et le monopole des armes, mais cette ambition suppose une armée capable de tenir durablement le terrain, notamment dans le Sud. Paris cherche désormais à transformer ce principe en besoins militaires précis et en engagements internationaux.
La lettre d’Emmanuel Macron a été remise mercredi au président Joseph Aoun par le chargé d’affaires français au Liban, Bruno da Silva. Elle fixe une première échéance : le 17 septembre à Paris, soit dans moins d’un mois.
La réunion ne constitue pas encore la conférence internationale de soutien à l’armée libanaise. Elle doit la préparer. La distinction est importante, car l’objectif du rendez-vous parisien sera précisément de passer d’un soutien politique général à une évaluation plus concrète des besoins des institutions sécuritaires libanaises.
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Des délégations militaires et des experts de plusieurs pays doivent participer aux travaux. Les Forces de sécurité intérieure sont également concernées par le dispositif, même si l’armée occupe une place centrale en raison des responsabilités supplémentaires qui lui sont confiées dans le contexte sécuritaire actuel.
Le rendez-vous du 17 septembre intervient surtout après plusieurs mois de reports et de bouleversements régionaux. Une conférence internationale de soutien aux forces armées et de sécurité libanaises devait initialement se tenir le 5 mars 2026. La reprise de la guerre dans la région et des opérations israéliennes au Liban avait empêché son organisation dans les conditions prévues.
Paris remet donc aujourd’hui le processus en mouvement.
Le 17 septembre, préparer la conférence plutôt que l’annoncer
La nature préparatoire de la réunion donne une indication sur la méthode choisie.
Une conférence internationale de soutien ne peut produire des résultats concrets si les besoins libanais restent formulés en termes généraux. Les partenaires doivent savoir quels effectifs doivent être équipés, quelles unités seront déployées, quels matériels manquent, quels besoins relèvent de la mobilité, des communications, de la surveillance ou de la logistique et quelles dépenses devront être assumées durablement par l’État libanais.
La réunion de septembre doit permettre de rapprocher les besoins exprimés par Beyrouth des capacités de contribution des États participants.
Elle intervient également alors que l’armée doit assumer des missions qui dépassent la seule protection des frontières. Les autorités libanaises lui attribuent un rôle central dans l’application du principe du monopole des armes par l’État et dans l’extension de l’autorité publique sur le territoire.
La question n’est donc plus seulement de maintenir une institution qui a résisté à l’effondrement financier libanais. Il s’agit de déterminer si elle possède les moyens d’exercer les responsabilités politiques et sécuritaires que le gouvernement lui confie.
Cette différence explique pourquoi la future conférence dépasse largement une opération classique d’aide militaire.
Le monopole des armes exige des moyens supplémentaires
Depuis le début de 2026, le dossier du soutien à l’armée est directement lié aux décisions prises par les autorités libanaises concernant les armes du Hezbollah et l’autorité de l’État.
Le gouvernement a engagé une politique visant à placer les armes sous le contrôle exclusif des institutions étatiques. Cette orientation est soutenue par plusieurs partenaires occidentaux et européens, qui considèrent l’armée et les Forces de sécurité intérieure comme les institutions appelées à garantir durablement la souveraineté libanaise.
Mais une décision politique ne produit pas automatiquement une capacité militaire.
Si l’armée doit élargir son déploiement, contrôler davantage de territoires, sécuriser des infrastructures, surveiller les frontières et reprendre des positions auparavant occupées par d’autres forces, ses besoins augmentent mécaniquement.
Il faut des soldats disponibles, mais aussi des véhicules, du carburant, des équipements de communication, des moyens de surveillance, des infrastructures, des capacités de déminage, des pièces de rechange et des budgets permettant de maintenir l’ensemble en état de fonctionnement.
L’enjeu est particulièrement important dans le sud du Liban.
L’armée doit y évoluer dans un environnement où les opérations israéliennes, les destructions et les arrangements sécuritaires successifs ont profondément modifié les conditions de son déploiement. La question du retrait israélien et celle de la présence de l’État libanais sont étroitement liées : Beyrouth veut pouvoir reprendre le contrôle effectif des secteurs évacués sans créer de vide sécuritaire.
C’est précisément ce que les partenaires étrangers devront financer s’ils veulent que leurs demandes politiques puissent être appliquées sur le terrain.
Une armée fragilisée par six années de crise
La question financière reste d’autant plus importante que l’armée libanaise a traversé la crise économique commencée en 2019.
L’effondrement de la livre a réduit brutalement la valeur réelle des rémunérations des militaires. Les difficultés budgétaires ont affecté l’entretien, le carburant, l’alimentation, les équipements et le fonctionnement quotidien de l’institution.
L’aide extérieure a alors changé de nature.
Avant la crise, les partenaires internationaux concentraient largement leurs contributions sur les équipements, la formation et les capacités opérationnelles. Avec l’effondrement financier, il a fallu contribuer davantage au maintien même du fonctionnement de l’institution.
Plusieurs États ont fourni du carburant, des pièces détachées, des équipements, des formations et différentes formes d’assistance. Des mécanismes internationaux ont également été utilisés pour soutenir les militaires et préserver les capacités opérationnelles.
Cette aide a permis d’éviter une dégradation beaucoup plus importante, mais elle pose désormais une nouvelle question.
Une armée ne peut pas durablement exercer des missions croissantes en dépendant d’aides ponctuelles pour certaines dépenses essentielles. La future conférence devra donc articuler deux temporalités : répondre aux besoins immédiats tout en aidant le Liban à reconstruire un financement national plus soutenable de ses forces de sécurité.
Paris avait déjà promis de relancer la conférence
L’invitation adressée par Emmanuel Macron à Joseph Aoun ne constitue pas une initiative isolée.
Après le report de la conférence initialement envisagée en mars, la France avait maintenu le dossier à son agenda diplomatique. Lors de la visite du premier ministre Nawaf Salam à Paris, le 21 avril, Emmanuel Macron avait réaffirmé la volonté française de soutenir l’armée libanaise et de reprogrammer la conférence dès que les conditions le permettraient.
Le président français avait alors directement relié ce soutien à la question du monopole des armes. Il avait reconnu que celui-ci ne pouvait pas être réalisé instantanément et qu’il nécessitait une stratégie politique plus large, tout en promettant un soutien concret de la France et de ses partenaires.
Nawaf Salam avait encore évoqué le dossier en juin après de nouveaux échanges avec Emmanuel Macron. Les deux responsables avaient convenu de travailler aux conditions nécessaires pour organiser à la fois la conférence consacrée aux forces de sécurité et les efforts internationaux concernant la reconstruction.
L’invitation du 19 août marque donc le passage à l’étape suivante : une date existe désormais pour préparer concrètement la conférence militaire.
La France veut mobiliser au-delà de son aide bilatérale
Paris possède une relation militaire ancienne avec le Liban, mais la France ne peut pas financer seule l’augmentation des besoins de l’armée.
L’objectif d’une conférence internationale consiste précisément à répartir l’effort.
Plusieurs partenaires ont continué à fournir des équipements ou une assistance au cours des derniers mois. Le Canada, la France, les Pays-Bas, l’Espagne et l’Union européenne figurent notamment parmi les contributeurs mentionnés dans les mécanismes internationaux de coordination.
Les États-Unis restent également un partenaire militaire majeur du Liban. Leur aide a joué un rôle central dans l’équipement et la formation de l’armée au cours des dernières années.
Le défi de Paris sera donc moins de créer un soutien international qui n’existerait pas que de le coordonner autour des nouvelles missions attribuées aux forces libanaises.
Cette coordination est essentielle pour éviter la multiplication d’aides dispersées ou d’équipements difficiles à intégrer. Une armée utilisant de nombreux matériels provenant de fournisseurs différents doit gérer des chaînes de maintenance, des pièces détachées, des formations et des standards techniques multiples.
La préparation militaire de la conférence doit permettre d’identifier ces contraintes avant que les États n’annoncent leurs contributions.
Du Sud aux frontières, quels besoins pour l’armée ?
Les missions susceptibles d’être discutées dépassent largement un seul secteur.
Dans le Sud, l’armée doit assurer une présence plus importante et travailler dans un environnement lié aux arrangements sécuritaires, au retrait israélien et à l’évolution du dispositif international.
À l’est et au nord, la frontière avec la Syrie pose d’autres problèmes : passages clandestins, contrebande, circulation d’armes et mouvements de personnes. Le changement de pouvoir à Damas ouvre de nouvelles possibilités de coopération, mais ne supprime pas les difficultés du terrain.
À l’intérieur du pays, l’armée reste également sollicitée pour la sécurité et la stabilité, tandis que les Forces de sécurité intérieure doivent renforcer leurs propres capacités.
Ces missions ne nécessitent pas toutes les mêmes équipements.
La surveillance d’une frontière montagneuse demande des moyens d’observation et de mobilité. Le contrôle d’un territoire anciennement militarisé exige des capacités de génie et de déminage. La sécurisation d’infrastructures nécessite des effectifs et des communications. Le maintien d’une présence permanente suppose surtout une logistique capable de fonctionner chaque jour.
C’est pourquoi la réunion de Paris avec des militaires et des experts peut être plus déterminante qu’une simple conférence politique.
Elle doit permettre de transformer des objectifs — souveraineté, monopole des armes, contrôle des frontières — en capacités quantifiables.
Le précédent de Rome II
La future conférence s’inscrit aussi dans une histoire déjà ancienne de mobilisation internationale autour de l’armée libanaise.
En mars 2018, la conférence dite Rome II avait réuni plus de quarante pays et organisations afin de soutenir les Forces armées libanaises et les Forces de sécurité intérieure. Elle avait confirmé la volonté internationale de renforcer les institutions légales de sécurité.
Huit ans plus tard, le contexte est radicalement différent.
En 2018, l’objectif consistait principalement à renforcer les capacités de l’État et à préserver la stabilité. En 2026, le soutien international intervient alors que l’armée se voit confier une responsabilité beaucoup plus directement liée à la restructuration du rapport de force intérieur et à la sécurité du Sud.
Le principe du monopole étatique des armes donne ainsi à la nouvelle conférence une dimension politique que les précédentes initiatives n’avaient pas au même degré.
Les contributeurs ne financeront pas seulement une institution considérée comme stabilisatrice. Ils seront appelés à soutenir l’instrument sur lequel repose une partie de la stratégie libanaise de restauration de la souveraineté.
Soutenir l’armée sans remplacer l’État libanais
Cette ambition comporte cependant une limite.
L’aide internationale peut fournir des véhicules, des systèmes de communication, des équipements, de la formation et un soutien financier. Elle ne peut pas remplacer durablement le budget libanais de la défense et de la sécurité.
La question des salaires est particulièrement révélatrice.
Un partenaire étranger peut mettre en place une assistance exceptionnelle lorsqu’une crise monétaire détruit le pouvoir d’achat des militaires. Mais une armée dont les rémunérations resteraient structurellement dépendantes de financements extérieurs rencontrerait un problème évident de soutenabilité.
La même logique vaut pour le carburant, l’entretien et les pièces de rechange.
Le succès de la conférence devra donc être mesuré autrement que par le montant total des promesses annoncées. Il faudra distinguer les dons immédiatement disponibles, les équipements livrés, les programmes pluriannuels et les dépenses que le budget libanais devra progressivement reprendre.
Le soutien extérieur n’a de sens à long terme que s’il permet à l’État de renforcer sa propre capacité.
Le 17 septembre devra transformer une doctrine en inventaire
L’invitation adressée à Joseph Aoun arrive ainsi à un moment charnière.
Le consensus international autour du soutien à l’armée existe déjà largement. En avril, plusieurs États européens avaient réaffirmé leur volonté de participer activement à la conférence dès que les conditions le permettraient. Les partenaires occidentaux ont parallèlement soutenu les décisions libanaises visant à renforcer l’autorité de l’État et le monopole des armes.
La difficulté commence maintenant.
Il faut transformer cette convergence politique en engagements opérationnels : combien d’unités supplémentaires faut-il déployer, où, avec quels véhicules, quelles capacités de surveillance, quel soutien logistique et quel financement annuel ?
Le profil de Joseph Aoun donne à cette discussion une dimension particulière. Avant son élection à la présidence de la République en janvier 2025, il a commandé l’armée pendant près de huit ans. Il connaît donc directement les contraintes budgétaires et opérationnelles que les experts réunis à Paris devront examiner.
Le rendez-vous du 17 septembre ne permettra pas à lui seul de résoudre ces difficultés. Il devra surtout établir le cahier des charges qui permettra ensuite aux États contributeurs de déterminer leurs engagements.
La date de la conférence internationale elle-même n’a pas encore été annoncée. C’est précisément ce que la réunion parisienne doit préparer : avant de réunir les donateurs autour de nouvelles promesses, définir ce que l’armée et les forces de sécurité devront réellement être capables de faire dans le Liban qui se dessine après les arrangements militaires actuels.



