Donald Trump a publié mardi 18 août 2026 sur Truth Social une carte présentant le détroit d’Ormuz comme un « nouveau territoire américain », nouvelle étape dans l’escalade verbale engagée par le président des États-Unis autour de ce passage maritime stratégique entre l’Iran et Oman. La publication ne s’accompagne d’aucun acte juridique susceptible de modifier la souveraineté sur le détroit. Elle intervient toutefois après plusieurs déclarations dans lesquelles Donald Trump a affirmé que Washington contrôlait désormais le passage grâce à son dispositif militaire et envisagé ouvertement de le déclarer territoire américain. Téhéran a immédiatement rejeté cette prétention. Au-delà de sa dimension provocatrice, l’image touche l’un des points les plus sensibles du conflit entre les États-Unis et l’Iran : le contrôle d’une voie maritime essentielle aux exportations mondiales de pétrole et de gaz.
Trump publie une carte du détroit d’Ormuz américain
L’image publiée le 18 août sur le compte Truth Social de Donald Trump est explicite. Une carte montre le détroit d’Ormuz, entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, entouré d’un cercle. Au-dessus figure en grandes lettres la mention « NEW U.S. Territory », soit « nouveau territoire américain ». La zone représentée se trouve au contact des côtes iranienne et omanaise, tandis que la carte englobe également une partie de l’environnement maritime des Émirats arabes unis.
Donald Trump n’a accompagné cette publication d’aucune explication détaillée. Il n’a annoncé ni traité, ni procédure législative, ni accord avec les États riverains susceptible de donner un fondement juridique à une acquisition territoriale américaine. La publication doit donc être distinguée d’une modification effective des frontières ou de la souveraineté maritime.
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Elle ne constitue cependant pas une initiative isolée. Depuis plusieurs jours, le président américain prépare publiquement cette idée. Le 14 août, lors d’un déplacement à New York, il avait déclaré qu’après avoir terminé la confrontation avec l’Iran, il pourrait prochainement proclamer le détroit territoire des États-Unis.
Lundi 17 août, interrogé à nouveau dans le Bureau ovale, Donald Trump avait renforcé son propos. Il avait qualifié cette perspective d’excellente idée et affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit grâce au blocus naval. La carte publiée le lendemain transforme donc une série de déclarations orales en message politique visuel adressé directement à l’Iran et aux États du Golfe.
Une revendication sans effet juridique immédiat
Présenter le détroit d’Ormuz comme un territoire américain ne suffit pas à modifier son statut en droit international. Le passage maritime est situé entre l’Iran au nord et Oman au sud. Les deux États disposent de mers territoriales dans cette zone et exercent les droits attachés à leur souveraineté maritime dans les limites prévues par le droit international.
La Convention des Nations unies sur le droit de la mer prévoit qu’un État côtier peut disposer d’une mer territoriale allant jusqu’à 12 milles marins. Elle encadre également les détroits utilisés pour la navigation internationale et prévoit un régime de passage en transit pour les navires et les aéronefs.
Oman a déclaré une mer territoriale de 12 milles marins. La législation iranienne revendique elle aussi une mer territoriale de 12 milles dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz et la mer d’Oman. L’Iran et Oman ont par ailleurs conclu des accords de délimitation maritime.
Une présence navale américaine, même importante, ne transfère donc pas automatiquement la souveraineté. Le contrôle militaire temporaire d’une voie de navigation et l’acquisition légale d’un territoire sont deux notions distinctes. Aucun élément publié le 18 août n’établit qu’Oman ou l’Iran aurait accepté de céder aux États-Unis des droits territoriaux sur le détroit.
Téhéran promet de répondre à la « prétention » américaine
La réaction iranienne n’a pas tardé. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi a répondu le 18 août à la publication de Donald Trump en rejetant sa revendication. Il a averti que les prétentions du président américain seraient soit corrigées, soit confrontées à une réponse iranienne.
Le responsable iranien a également relevé que la carte diffusée par Donald Trump utilisait l’appellation « Persian Gulf », ou golfe Persique. Téhéran accorde une importance politique particulière à cette dénomination et s’oppose régulièrement aux appellations alternatives utilisées dans certains pays arabes ou à Washington.
Cette réaction intervient après plusieurs jours d’échanges particulièrement tendus. Les responsables iraniens soutiennent que la décision concernant l’ouverture ou la fermeture du détroit relève de l’Iran, tandis que Washington affirme pouvoir garantir la navigation grâce à sa présence militaire.
Le conflit dépasse ainsi la question du vocabulaire employé par Donald Trump. Derrière la carte se trouve une confrontation sur la capacité de l’Iran à perturber la navigation et sur celle des États-Unis à garantir le passage des navires malgré l’opposition de Téhéran.
Le détroit d’Ormuz, artère énergétique mondiale
L’importance du détroit explique la portée internationale de cette confrontation. Cette étroite voie maritime relie le golfe Persique au golfe d’Oman puis à la mer d’Arabie. Elle constitue l’un des principaux points de passage de l’énergie mondiale.
Selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers par jour transitaient par Ormuz en 2024, soit l’équivalent d’environ 20 % de la consommation mondiale de liquides pétroliers. Le passage représentait également plus du quart du commerce maritime mondial de pétrole.
Le gaz est lui aussi concerné. Environ un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transitait par le détroit en 2024, principalement en raison des exportations du Qatar.
Les données de 2026 montrent cependant l’impact du conflit sur ces flux. Au premier trimestre, le volume de pétrole et de produits pétroliers passant par Ormuz était tombé à environ 14,6 millions de barils par jour, contre plus de 20 millions de barils quotidiennement au cours des trimestres précédents.
Une perturbation durable concerne donc bien davantage que l’Iran et les États-Unis. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Irak et surtout le Qatar dépendent à des degrés divers de cette route pour leurs exportations énergétiques.
Les États-Unis eux-mêmes dépendent moins directement d’Ormuz
L’un des paradoxes de la confrontation tient au fait que l’économie américaine dépend aujourd’hui moins directement du pétrole du Golfe que de nombreuses économies asiatiques. Les États-Unis ont importé environ 490 000 barils de brut par jour depuis les pays du Golfe en 2025. Cela représentait environ 8 % de leurs importations américaines de pétrole brut.
L’enjeu américain dépasse donc largement l’approvisionnement national. Washington cherche à garantir une route dont dépendent les marchés mondiaux, ses alliés du Golfe et plusieurs grandes économies importatrices d’énergie.
Une fermeture ou une perturbation prolongée peut entraîner une augmentation des prix mondiaux. Même si les États-Unis produisent une grande quantité de pétrole, les consommateurs américains restent exposés aux variations d’un marché largement mondialisé.
La revendication de Donald Trump touche ainsi directement à la sécurité énergétique internationale. La simple perspective d’une nouvelle confrontation autour du détroit peut influencer les anticipations des marchés, le coût du transport maritime et les primes d’assurance des navires.
Une confrontation militaire devenue centrale depuis des mois
La publication du 18 août intervient dans le contexte du conflit qui oppose depuis près de six mois Washington et Téhéran. Le détroit d’Ormuz en est progressivement devenu l’un des principaux enjeux stratégiques.
Donald Trump avait déjà multiplié les déclarations sur le contrôle de cette voie maritime. Il avait notamment évoqué la possibilité pour les États-Unis de conserver le détroit et affirmé que le dispositif naval américain permettait désormais à Washington d’en contrôler l’accès.
Téhéran défend une lecture opposée. Les responsables iraniens ont conditionné la normalisation complète de la navigation au respect des engagements qu’ils attribuent aux États-Unis dans le cadre des arrangements négociés entre les deux pays.
Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est lui aussi saisi de la sécurité de la navigation. Dans le contexte des tensions de 2026, il a réaffirmé le droit de passage en transit des navires et aéronefs à travers le détroit conformément au droit international.
Cette dimension est essentielle : le principe défendu au niveau international est celui de la liberté de navigation dans un détroit international, et non celui de son appropriation par une puissance extérieure.
Oman directement concerné par la carte de Trump
La géographie rend également la déclaration américaine particulièrement sensible pour Oman. Le sultanat constitue l’État riverain de la rive méridionale du détroit. Une partie des eaux traversées par les routes de navigation se trouve donc sous le régime applicable aux eaux territoriales omanaises.
Toute revendication territoriale américaine ne concernerait par conséquent pas uniquement l’Iran. Elle toucherait aussi aux droits souverains d’Oman, partenaire de Washington et acteur traditionnel de la médiation régionale.
Ce point rend la rhétorique présidentielle délicate pour la diplomatie américaine. Les États-Unis peuvent vouloir garantir militairement la liberté de navigation sans pour autant revendiquer juridiquement les eaux territoriales d’un État partenaire.
La carte publiée par Donald Trump ne précise pas les limites exactes de ce qu’il présente comme le nouveau territoire américain. Elle ne permet donc pas de déterminer s’il revendique uniquement une zone maritime de passage ou une portion plus large du détroit. L’absence de précision renforce son caractère politique plutôt que juridique.
Une image qui prolonge la diplomatie par la provocation
Donald Trump utilise régulièrement ses réseaux sociaux pour annoncer, tester ou amplifier des positions diplomatiques. Dans le cas d’Ormuz, la publication intervient après plusieurs déclarations suffisamment explicites pour exclure l’hypothèse d’une image totalement déconnectée de son discours politique.
Elle ne permet toutefois pas d’affirmer que les États-Unis ont juridiquement annexé le détroit. Au 18 août, aucune procédure reconnue ne transforme Ormuz en territoire américain et aucune modification de souveraineté n’est établie.
L’actualité réside donc précisément dans ce contraste. Le président des États-Unis affiche publiquement une revendication territoriale sur l’une des voies maritimes les plus stratégiques au monde, alors que son statut international et les droits des États riverains ne sont pas modifiés par cette publication.
La réponse iranienne montre que Téhéran prend néanmoins le message suffisamment au sérieux pour y répondre officiellement. Le risque est désormais que la bataille symbolique autour de la carte se superpose à la confrontation militaire et aux négociations sur la navigation.
Au 18 août 2026, le détroit d’Ormuz n’est donc pas devenu un territoire américain du seul fait de la publication de Donald Trump. Mais le président a franchi une nouvelle étape dans sa rhétorique en présentant désormais cette revendication non plus comme une possibilité future, mais sous la forme d’une carte affichant directement les mots « nouveau territoire américain ». La prochaine indication déterminante sera de savoir si Washington transforme cette communication présidentielle en revendication diplomatique formelle ou si la Maison-Blanche la maintient au registre de la pression politique.



