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Liban : les banques pèsent sur la compétitivité

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La perte de compétitivité des produits libanais s’aggrave alors que la demande en provenance des pays du Golfe s’affaiblit. Le constat rapporté le 18 août 2026 met en évidence un problème plus profond que le seul recul des exportations : les entreprises continuent de produire avec une énergie chère, des infrastructures dégradées et surtout un système bancaire qui ne remplit plus normalement son rôle de financement de l’économie. Six ans après le début de la crise financière, les banques restent au cœur du problème. L’absence de crédit, le poids des pertes accumulées et le retard de leur restructuration privent les producteurs d’un levier indispensable pour investir, moderniser leurs équipements et financer leurs exportations. La baisse de la demande du Golfe intervient ainsi au moment où l’appareil productif libanais reste particulièrement fragile.

Les produits libanais perdent du terrain

La détérioration de la compétitivité constitue l’un des principaux signaux économiques de ce 18 août. La production libanaise rencontre davantage de difficultés pour conserver ses débouchés extérieurs, tandis que la demande des marchés du Golfe recule. Cette évolution touche directement les entreprises qui avaient construit une partie importante de leur activité sur les exportations vers les pays arabes.

Le problème ne se résume pas à une baisse ponctuelle des commandes. Une entreprise libanaise doit aujourd’hui absorber des coûts de production élevés tout en affrontant des concurrents bénéficiant souvent d’un accès plus régulier à l’électricité, au financement et aux infrastructures logistiques. Lorsque la demande ralentit, ces handicaps deviennent plus difficiles à compenser par les volumes exportés ou par les marges commerciales.

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Les conséquences se diffusent ensuite dans l’économie intérieure. Une entreprise exportatrice achète des matières premières, emploie des salariés, travaille avec des transporteurs et fait vivre des fournisseurs. La diminution de ses ventes à l’étranger réduit donc l’activité de plusieurs maillons de la chaîne productive.

Cette situation fragilise aussi l’ambition affichée depuis la crise de 2019 de rééquilibrer le modèle économique libanais. Après des décennies marquées par une forte dépendance aux services, aux capitaux extérieurs et aux transferts de la diaspora, le développement de la production locale est régulièrement présenté comme une condition d’un redressement plus durable. La perte actuelle de compétitivité va dans la direction inverse.

Le Golfe reste un marché essentiel pour le Liban

Le recul de la demande des pays du Golfe est particulièrement sensible en raison de la place historique de ces marchés dans le commerce libanais. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et les autres économies de la région disposent d’un pouvoir d’achat élevé et constituent des débouchés naturels pour plusieurs catégories de produits libanais.

Les industries agroalimentaires sont directement concernées, tout comme certains produits agricoles, les boissons, les produits manufacturés et différentes productions à valeur ajoutée. La proximité géographique, les liens humains entre le Liban et le Golfe et la présence d’une importante diaspora libanaise ont longtemps facilité ces échanges.

Cette dépendance représente cependant une vulnérabilité lorsque la demande ralentit ou lorsque les relations politiques se détériorent. Les entreprises doivent alors trouver rapidement d’autres marchés, ce qui exige des investissements commerciaux, des certifications, une logistique adaptée et souvent des financements supplémentaires.

Or c’est précisément sur ce dernier point que le système libanais reste déficient. Une entreprise confrontée à une baisse de ses débouchés devrait normalement pouvoir emprunter pour moderniser sa production, améliorer sa productivité ou financer son développement sur un nouveau marché. Le fonctionnement actuel du secteur bancaire rend cette adaptation beaucoup plus difficile.

Les banques ne financent plus normalement la production

La perte de compétitivité ne peut donc être dissociée de la crise bancaire. Avant 2019, le système financier occupait une place disproportionnée dans l’économie libanaise. Les banques attiraient les dépôts grâce à des taux élevés et finançaient massivement l’État et la Banque du Liban. Lorsque ce modèle s’est effondré, les pertes ont été répercutées sur l’ensemble de l’économie.

Les restrictions imposées aux déposants ont constitué la manifestation la plus visible de la crise. Mais pour les entreprises, une autre conséquence a été déterminante : la contraction du crédit. Le système bancaire a cessé de jouer pleinement son rôle d’intermédiaire entre l’épargne et l’investissement productif.

Cette rupture modifie profondément les conditions de fonctionnement d’une entreprise. Le crédit bancaire sert normalement à financer les stocks, acheter des machines, couvrir un décalage entre une commande et son paiement ou préparer une exportation. Sans ces instruments, les producteurs doivent utiliser leurs propres liquidités ou rechercher des financements alternatifs.

Les grandes entreprises peuvent parfois mobiliser des capitaux à l’étranger ou s’appuyer sur leurs actionnaires. Les petites et moyennes entreprises disposent de beaucoup moins de possibilités. Cette différence accroît les inégalités entre producteurs et peut conduire les entreprises les plus fragiles à réduire leur activité ou à renoncer à investir.

Six ans de crise ont profondément réduit le crédit

L’effondrement bancaire commencé en 2019 a ainsi laissé une empreinte durable sur l’économie réelle. Les banques ont réduit leurs bilans, les anciens crédits ont été remboursés ou restructurés et l’octroi de nouveaux prêts est resté très inférieur aux niveaux qui existaient avant la crise.

Le fonctionnement quotidien de l’économie s’est parallèlement déplacé vers les paiements en espèces et l’utilisation directe du dollar. Cette dollarisation de fait a permis à une partie des échanges de reprendre, mais elle ne remplace pas un système financier capable de transformer les dépôts en investissements.

Une économie peut fonctionner avec des transactions en espèces. Elle peut beaucoup plus difficilement se développer durablement sans crédit. L’investissement industriel nécessite des horizons de plusieurs années. Une entreprise ne finance généralement pas une nouvelle ligne de production, un entrepôt ou une modernisation technologique uniquement avec ses recettes courantes.

Cette faiblesse du financement devient un handicap de compétitivité. Les concurrents étrangers peuvent emprunter pour augmenter leur productivité tandis que les producteurs libanais doivent souvent autofinancer leurs investissements. Même lorsqu’un produit libanais conserve une bonne réputation, son fabricant peut donc perdre du terrain faute de pouvoir réduire ses coûts ou augmenter ses capacités.

La restructuration bancaire reste une condition du redressement

La restructuration des banques ne concerne donc pas uniquement les déposants et les actionnaires. Elle détermine aussi la capacité du Liban à reconstruire une économie productive. Tant que les pertes du secteur financier ne sont pas reconnues et réparties selon un mécanisme crédible, le retour à un fonctionnement bancaire normal restera difficile.

Depuis le début de la crise, la question centrale porte sur la répartition des pertes entre l’État, la Banque du Liban, les établissements bancaires, leurs actionnaires et les déposants. Cette question a retardé plusieurs réformes et compliqué les négociations avec les institutions financières internationales.

L’enjeu est considérable. Une restructuration mal conçue pourrait laisser subsister des banques incapables de financer réellement l’économie. À l’inverse, une restructuration crédible devrait permettre d’identifier les établissements viables, de recapitaliser ceux qui peuvent l’être et de traiter les pertes des autres selon des règles transparentes.

Pour les producteurs, le résultat compte davantage que l’architecture juridique. Ils ont besoin de banques capables d’accorder des crédits à des conditions compatibles avec leurs investissements et leurs cycles commerciaux. Sans cette fonction, la reprise reste dépendante des liquidités détenues par chaque entreprise.

L’électricité renchérit chaque produit fabriqué au Liban

Le système bancaire n’est toutefois qu’une partie du problème. Le coût de l’énergie reste l’un des principaux handicaps structurels de la production libanaise. Les entreprises ne disposent toujours pas d’une fourniture publique d’électricité suffisamment stable pour assurer leur activité dans des conditions comparables à celles de nombreux concurrents étrangers.

Elles doivent donc compléter l’électricité publique par des générateurs privés ou par leurs propres installations. Certaines ont investi dans le solaire afin de réduire leur dépendance au carburant, mais ces équipements exigent eux-mêmes un capital initial important. Une nouvelle fois, l’absence de financement bancaire limite la capacité des petites entreprises à réaliser ces investissements.

Le coût énergétique se répercute directement sur le prix final. Une usine qui paie davantage pour alimenter ses machines, refroidir ses installations ou conserver des produits alimentaires doit intégrer cette dépense dans ses prix ou réduire sa marge.

Pour une entreprise tournée vers l’exportation, la difficulté est immédiate. Le consommateur étranger compare le produit libanais avec des marchandises fabriquées dans des pays où l’électricité industrielle est plus stable et où les producteurs disposent de financements moins coûteux.

Les infrastructures ajoutent un deuxième handicap

Les entreprises supportent également les conséquences de la dégradation des infrastructures publiques. Les routes, les réseaux d’électricité, les télécommunications et les équipements logistiques déterminent directement le coût d’acheminement d’une marchandise.

Ces difficultés sont particulièrement importantes pour les exportateurs de produits agricoles et alimentaires. Les délais de transport, le maintien de la chaîne du froid et la rapidité des procédures douanières peuvent déterminer si une cargaison arrive sur son marché dans des conditions commerciales acceptables.

Chaque surcoût réduit la marge du producteur. Les entreprises peuvent tenter de le répercuter sur leurs prix, mais elles risquent alors de perdre des clients. Elles peuvent aussi l’absorber, au prix d’une rentabilité plus faible et donc d’une capacité d’investissement encore réduite.

La compétitivité devient ainsi le résultat d’une accumulation. Aucun de ces handicaps ne suffit nécessairement à rendre un produit invendable. Mais l’association d’une énergie chère, d’infrastructures déficientes, d’un crédit rare et d’une demande extérieure moins dynamique finit par peser lourdement sur les entreprises.

La dollarisation n’a pas réglé le problème

La stabilisation relative de l’usage du dollar dans les transactions a permis à une partie du secteur privé de retrouver une visibilité sur ses prix. Après l’effondrement de la livre libanaise, de nombreuses entreprises ont adopté des tarifs directement libellés en dollars afin de limiter l’impact des variations monétaires.

Cette adaptation a réduit une partie de l’incertitude, mais elle n’a pas restauré la compétitivité. Une entreprise peut connaître précisément ses coûts en dollars tout en restant trop chère face à ses concurrents.

La dollarisation pose également un problème de financement. Les entreprises ont besoin de revenus ou de liquidités en devises pour payer certaines matières premières et équipements importés. Les exportateurs disposent d’un avantage lorsqu’ils encaissent directement des devises, mais la baisse de la demande extérieure réduit précisément cette source de liquidités.

Le ralentissement des commandes du Golfe produit donc un effet supplémentaire : il ne réduit pas seulement le chiffre d’affaires, mais aussi l’entrée de devises dans les entreprises concernées.

L’emploi productif directement menacé

La dégradation de la compétitivité peut finalement se transmettre au marché du travail. Lorsqu’une entreprise perd des commandes, elle commence généralement par réduire ses dépenses, reporter ses investissements ou limiter ses recrutements. Si le ralentissement se prolonge, les emplois existants peuvent être concernés.

Ce risque est particulièrement important dans un pays qui a déjà connu une forte émigration de travailleurs qualifiés depuis 2019. Les entreprises ont besoin d’ingénieurs, de techniciens, de commerciaux et de personnels spécialisés pour maintenir une production capable de répondre aux normes des marchés internationaux.

La perte de ces compétences crée un cercle difficile à inverser. Une entreprise moins compétitive réduit ses investissements et ses recrutements. Les salariés les plus qualifiés recherchent alors des opportunités à l’étranger. L’entreprise dispose ensuite de moins de compétences pour moderniser sa production et conquérir de nouveaux marchés.

La question des exportations dépasse ainsi largement la balance commerciale. Elle touche directement la capacité du Liban à conserver des emplois productifs et à maintenir sur son territoire des compétences nécessaires à une reprise durable.

Produire davantage exige un changement de modèle

Depuis l’effondrement financier, la nécessité de rééquilibrer le modèle économique libanais fait l’objet d’un large consensus. La crise a montré les limites d’une économie trop dépendante des entrées de capitaux, de l’immobilier, des services financiers et des transferts provenant de l’étranger.

Renforcer l’industrie, l’agriculture et les exportations permettrait théoriquement de générer davantage de revenus extérieurs par la production. Mais le constat du 18 août montre que cet objectif ne peut pas reposer uniquement sur les entrepreneurs.

Un producteur peut améliorer son organisation et chercher de nouveaux clients. Il ne peut pas reconstruire le réseau électrique, restructurer les banques ou réformer seul les infrastructures publiques. La compétitivité dépend donc aussi de décisions collectives et institutionnelles.

C’est à ce niveau que le rôle de l’État redevient central. Il doit créer un environnement permettant aux entreprises viables d’investir et de produire à un coût raisonnable, plutôt que de compenser individuellement les défaillances des services publics.

Les banques deviennent un test de la capacité de réforme

Le dossier bancaire constitue dans ce contexte un indicateur décisif. Six ans après le début de la crise, l’incapacité à retrouver un système de crédit normal continue de peser sur l’investissement. Le problème ne peut plus être considéré comme un simple héritage du choc financier de 2019.

Une restructuration crédible doit permettre de restaurer progressivement la confiance, mais aussi de rétablir la fonction économique fondamentale des banques. Leur rôle ne consiste pas seulement à recevoir des dépôts ou à effectuer des paiements. Elles doivent sélectionner et financer des projets productifs.

Sans cette transformation, les entreprises libanaises continueront de fonctionner avec un désavantage structurel. Les producteurs les mieux capitalisés pourront survivre grâce à leurs propres ressources. Les autres resteront privés du financement nécessaire pour grandir, exporter ou moderniser leurs équipements.

Le recul de la demande du Golfe rend cette faiblesse plus visible. Lorsque les débouchés étaient dynamiques, certaines entreprises pouvaient compenser leurs coûts élevés par leurs ventes. Avec une demande moins forte, chaque handicap interne pèse davantage.

Le recul du Golfe sonne comme un avertissement

L’évolution signalée le 18 août constitue donc un avertissement pour l’économie libanaise. Le pays ne peut pas présumer que ses marchés traditionnels absorberont durablement sa production indépendamment de son prix et de ses conditions de fabrication.

Les producteurs doivent pouvoir conserver la qualité et l’identité qui distinguent certaines marchandises libanaises, tout en réduisant leurs coûts et en diversifiant leurs débouchés. Cette transformation nécessite des investissements, donc du financement, mais aussi une amélioration de l’énergie et de la logistique.

Le recul de la demande du Golfe révèle ainsi les faiblesses accumulées depuis la crise. Il intervient au moment où le secteur bancaire n’a pas encore retrouvé son rôle de financement, où l’électricité reste coûteuse et où les infrastructures continuent d’imposer des charges supplémentaires aux entreprises.

Au 18 août 2026, la question immédiate n’est donc plus seulement de savoir si les exportations libanaises peuvent retrouver leurs anciens volumes. Elle consiste à déterminer si les réformes bancaire, énergétique et institutionnelle avanceront assez vite pour permettre aux producteurs de reconquérir les marchés perdus. Sans retour du crédit et sans réduction des coûts structurels, la baisse de la demande du Golfe risque de devenir le révélateur durable d’une perte de compétitivité plus profonde.

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