Le groupe Al Habtoor a annoncé, lundi 2 novembre 2026, sa décision de vendre l’ensemble de ses actifs et investissements au Liban. Le conglomérat émirati entend se recentrer sur des marchés jugés plus stables. Cette décision prolonge l’arrêt des activités annoncé en janvier. Elle ne signifie pas que les ventes ont déjà eu lieu.
Le conseil d’administration vise un retrait complet du portefeuille libanais. Le périmètre comprend les hôtels, les propriétés commerciales et résidentielles, les terrains et les autres actifs du groupe. Aucun acquéreur, montant de cession ou calendrier d’exécution ne figure dans l’annonce.
Al Habtoor organise un retrait actif par actif
Le groupe prévoit une procédure structurée, fondée sur des critères commerciaux. Chaque bien fera l’objet d’une évaluation distincte. Les transactions dépendront des conditions de marché et des valorisations retenues. L’annonce n’établit donc pas qu’un repreneur rachètera l’ensemble en une seule opération.
Al Habtoor présente ce choix comme le résultat d’une révision stratégique de ses investissements. Il invoque la stabilité à long terme, la prévisibilité de l’environnement d’affaires et les perspectives de croissance. Il ne désigne pas de marché appelé à recevoir précisément le produit des futures ventes.
Deux hôtels de Sin el-Fil au cœur du patrimoine
La présence du groupe au Liban dépasse une seule adresse hôtelière. Son portefeuille officiel mentionne l’Al Habtoor Grand Beirut et le Metropolitan Palace Beirut, à Sin el-Fil, dans l’agglomération beyrouthine. Ces établissements associent hébergement, restauration et espaces de réception. Leur activité concerne ainsi aussi les réunions professionnelles et l’événementiel.
La chronologie publiée par Al Habtoor situe l’ouverture du Metropolitan Palace en 2001. Elle indique aussi sa réouverture le 30 décembre 2022, avec 185 chambres et suites. Ce chiffre décrit l’établissement à cette date : il ne constitue pas un inventaire actualisé des chambres disponibles au moment de la décision de vente.
Le volet commercial fait également partie de cette implantation. Le 25 avril 2023, le groupe avait annoncé la relance de l’espace marchand de son complexe de Sin el-Fil sous le nom The Sooq Avenue. Il prévoyait alors une période de grâce de douze mois pour les locataires. Cette initiative visait à faciliter leur installation malgré la crise économique.
Le patrimoine historique comprend aussi Habtoor Land, à Jamhour, au Mont-Liban. La chronologie du groupe situe l’exploitation de ce parc de loisirs entre 2004 et 2011. Il serait donc inexact de présenter son arrêt comme une conséquence nouvelle de l’annonce de novembre 2026. Le communiqué ne fournit pas d’inventaire détaillé des parcelles ni des participations à céder.
Une fermeture annoncée en janvier, sans bilan social chiffré
Le 28 janvier 2026, Al Habtoor avait annoncé la fermeture de ses opérations au Liban, y compris de ses hôtels. Il avait également annoncé vouloir mettre fin aux contrats de l’ensemble de ses salariés dans le pays. Le groupe expliquait alors chercher à interrompre les pertes et à protéger ses intérêts.
Le groupe dénonçait une instabilité prolongée, des campagnes hostiles et des attaques publiques visant ses activités. Il reprochait aussi aux institutions libanaises de ne pas apporter de solutions structurelles et de protection suffisante. Selon sa direction, l’accumulation des charges financières et des risques rendait la poursuite de l’exploitation insoutenable. Ces griefs constituent la position du groupe, pas les conclusions d’une décision judiciaire.
L’ampleur sociale du retrait reste difficile à chiffrer. Lors de l’annonce de janvier, une agence de presse n’avait pas obtenu de réponse du siège sur le nombre de salariés concernés. Le communiqué du 2 novembre ne fournit pas davantage de bilan des licenciements, de montant d’indemnisation ou de détail sur d’éventuelles reprises d’emplois.
La décision de fermer, l’exécution des licenciements et la cession des immeubles correspondent donc à des étapes différentes. Les annonces disponibles ne permettent pas de dater précisément l’achèvement de chacune d’elles, établissement par établissement.
Des menaces dénoncées et un espoir de relance déçu
Les inquiétudes sécuritaires précèdent la fermeture générale. Le 11 juin 2024, le groupe avait renoncé à lancer sa chaîne de télévision depuis le Liban. Il invoquait des menaces physiques contre son fondateur et ses équipes, ainsi que des campagnes de diffamation. Khalaf Ahmad Al Habtoor expliquait alors privilégier leur sécurité et chercher un autre pays pour ce projet. Le communiqué annonçait aussi des plaintes pénales et civiles, sans établir judiciairement l’identité ou la responsabilité des auteurs présumés.
Le discours n’avait pourtant pas suivi une trajectoire uniquement négative. Dans un entretien publié le 16 janvier 2025 par la presse saoudienne, le dirigeant envisageait de relancer le centre commercial et Habtoor Land. Il exprimait sa confiance envers Joseph Aoun et Nawaf Salam, tout en exigeant des garanties de sécurité et de gouvernance. Il disait avoir maintenu les salaires pendant les fermetures temporaires, y compris durant la guerre et après l’explosion du port.
Ces déclarations éclairent le changement de cap, sans constituer une promesse encore valable aujourd’hui. En janvier 2025, Al Habtoor conditionnait la relance à l’action des nouveaux dirigeants. En janvier 2026, son groupe estimait que les conditions d’exploitation n’étaient plus réunies. En novembre, il ne propose plus seulement d’interrompre l’activité : il décide de céder la propriété de ses investissements.
Les fonds bloqués, autre motif du désengagement
Le retrait s’inscrit aussi dans un différend financier ancien. Le 26 janvier 2026, Al Habtoor évaluait à plus de 1,7 milliard de dollars les pertes et dommages subis au Liban. Il mettait notamment en cause les restrictions empêchant l’accès à ses dépôts bancaires et leur transfert. Le différend ne porte donc pas uniquement sur la fréquentation des hôtels ou leur rentabilité opérationnelle. Il concerne aussi la possibilité de disposer des fonds placés dans les banques libanaises.
Dans ce même communiqué, la direction accusait les autorités libanaises et la Banque du Liban d’avoir porté atteinte à ses investissements. Elle leur reprochait aussi l’absence de mesures correctrices après ses démarches amiables. Le groupe indiquait avoir notifié le différend dès janvier 2024. Cette chronologie distingue le conflit bancaire de la décision commerciale de vendre.
Ce montant correspond à une estimation avancée par le groupe. Il ne représente ni le prix demandé pour ses biens, ni leur valeur de marché, ni une indemnité déjà accordée. Le communiqué de vente ne publie aucune valorisation globale permettant de comparer ces données.
Le 23 avril, Al Habtoor avait annoncé l’engagement d’un arbitrage international contre la République libanaise. Représenté par White & Case, il disait avoir transmis sa demande par l’intermédiaire du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, à Washington. Il invoquait les protections prévues par l’accord bilatéral d’investissement applicable.
Cette démarche ne préjuge ni de la responsabilité de l’État ni du montant d’une éventuelle réparation. L’annonce du 2 novembre ne présente pas la vente comme le résultat d’un règlement du contentieux.
Un départ qui ne résume pas toute l’hôtellerie libanaise
La stratégie d’Al Habtoor ne suffit pas, à elle seule, à démontrer un retrait général des investisseurs étrangers. D’autres projets suivent un calendrier différent. Le site officiel du Four Seasons Hotel Beirut annonce actuellement une réouverture à l’été 2027, avec 230 chambres et suites rénovées.
L’établissement avait subi d’importants dommages dans l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020. Sa réouverture, annoncée initialement pour début 2026, dépend donc d’une reconstruction et d’une rénovation. Il s’agit toujours d’une réouverture attendue, non d’un établissement déjà remis en service. Cette perspective ne compense pas automatiquement les conséquences du retrait d’Al Habtoor. Elle rappelle seulement que les décisions d’investissement doivent s’examiner entreprise par entreprise.
Pour le portefeuille d’Al Habtoor, les prochaines informations décisives seront les actifs effectivement proposés, les acquéreurs retenus et les conditions des transactions. Le groupe prévoit de communiquer ultérieurement les détails de la procédure de cession.


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