La participation à l’apprentissage des adolescentes déplacées au Liban a chuté de 94 % avant l’escalade des hostilités de 2026 à 71 % après celle-ci, selon une analyse rapide publiée par l’UNICEF avec la contribution d’ONU Femmes. Cette baisse de 23 points place la continuité scolaire au cœur de la réponse humanitaire. Jeudi 1er octobre, Imran Riza, coordonnateur résident et coordonnateur humanitaire des Nations unies au Liban, a jugé cette évolution alarmante et appelé à maintenir les filles dans les dispositifs d’éducation.
Une chute de 23 points après les déplacements
Le chiffre constitue le principal signal d’alerte de l’étude consacrée aux adolescentes déplacées et revenues dans leurs régions après l’escalade de 2026. L’analyse porte sur des filles âgées de 11 à 17 ans et cherche à mesurer la manière dont le conflit, les déplacements et les retours ont modifié leurs expériences d’apprentissage.
Avant l’escalade, 94 % des adolescentes interrogées participaient à une forme d’apprentissage. Après les déplacements, cette proportion n’était plus que de 71 %. Il ne s’agit donc pas d’une mesure générale du taux de scolarisation de toutes les filles au Liban, mais d’un indicateur concernant la participation à l’apprentissage au sein du groupe étudié. Cette précision est importante pour interpréter correctement les données.
La baisse atteint 23 points de pourcentage. Autrement dit, près de trois adolescentes sur dix dans l’échantillon ne participaient plus à l’apprentissage après l’escalade, contre environ une sur seize auparavant. L’écart illustre l’effet immédiat du déplacement sur la continuité éducative.
Les organisations onusiennes soulignent toutefois que la rupture scolaire n’a pas fait disparaître les ambitions des adolescentes. Les filles interrogées continuent d’associer l’éducation à leur indépendance, à leur confiance et à leurs perspectives d’avenir. Le problème identifié tient donc moins à un recul de la demande d’éducation qu’aux obstacles créés par la guerre et le déplacement.
Imran Riza alerte sur l’éducation des filles déplacées
Dans un message publié jeudi 1er octobre, Imran Riza a insisté sur l’enjeu que représente le maintien des filles dans l’apprentissage. Le responsable onusien a relié la continuité éducative à leur autonomie et à leurs possibilités futures, mais aussi au redressement du Liban.
Son intervention intervient au moment où l’UNICEF met en avant sa nouvelle « analyse rapide de genre en situation d’urgence », réalisée avec une contribution d’ONU Femmes. Le document se concentre précisément sur les effets de l’escalade de 2026 sur les adolescentes de 11 à 17 ans touchées par le déplacement et le retour.
L’alerte dépasse ainsi la seule question de la fréquentation d’une salle de classe. Une interruption prolongée peut éloigner durablement des adolescentes du système éducatif, surtout lorsque les familles doivent simultanément trouver un logement, assurer leurs besoins essentiels et s’adapter à plusieurs déplacements successifs.
Pour les Nations unies, l’enjeu immédiat consiste donc à éviter qu’une perturbation liée à l’urgence ne se transforme en décrochage durable. Le maintien d’une offre éducative accessible dans les zones d’accueil, les centres d’hébergement et les régions de retour devient déterminant lorsque les conditions de sécurité empêchent une reprise normale.
Des écoles transformées par l’urgence humanitaire
La crise éducative s’inscrit dans un déplacement de population massif déclenché par l’escalade du 2 mars 2026. Dès le mois de mars, plus d’un million de personnes avaient été déplacées au Liban. L’UNICEF estimait alors qu’environ 390 000 enfants avaient dû quitter leur lieu de résidence.
Cette vague a directement affecté le fonctionnement du système scolaire. Des centaines de centres d’hébergement ont été ouverts à travers le pays, dont beaucoup dans des écoles publiques. Dans ces structures, les familles ont dû composer avec la promiscuité, les besoins sanitaires, l’accès à l’eau, les soins et la protection des enfants.
Le recours aux établissements scolaires comme lieux d’accueil crée une double difficulté. Il répond à un besoin immédiat de protection des personnes déplacées, mais réduit en même temps la disponibilité de bâtiments normalement consacrés à l’enseignement. Les déplacements des élèves et des enseignants compliquent encore l’organisation des cours.
Au plus fort de l’urgence en mars, l’UNICEF et le ministère libanais de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur avaient cherché à maintenir l’accès à l’apprentissage à distance. Des comptes et des classes en ligne avaient été préparés pour 390 000 élèves du public et 40 000 enseignants. Des dispositifs temporaires d’apprentissage et des programmes plus flexibles avaient également été déployés pour les enfants déplacés.
Ces réponses montrent l’ampleur du défi logistique. Elles ne garantissent cependant pas qu’une adolescente puisse effectivement suivre les cours. Un accès théorique à une plateforme numérique ne règle pas toutes les difficultés liées au déplacement, à la connectivité, à l’équipement, au changement de lieu de résidence ou aux responsabilités supplémentaires qui peuvent peser sur les membres d’une famille en période de crise.
Les adolescentes restent attachées à l’école
L’un des enseignements importants de l’analyse publiée à l’automne tient au maintien des aspirations éducatives. Malgré la chute de la participation à l’apprentissage, les adolescentes interrogées continuent de considérer l’éducation comme un élément essentiel de leur avenir.
Ce constat change la nature de la réponse à apporter. Les données ne décrivent pas des filles qui renonceraient collectivement à leurs études. Elles montrent plutôt un écart entre leur volonté de poursuivre leur parcours et leur capacité concrète à rester engagées dans l’apprentissage après un déplacement.
Cet écart peut devenir décisif à mesure que l’urgence se prolonge. Plus une interruption dure, plus le retour à un rythme scolaire régulier peut devenir difficile. Les écarts d’apprentissage peuvent s’accumuler et les parcours se fragmenter entre enseignement présentiel, solutions temporaires et cours à distance.
L’UNICEF avait déjà déployé au printemps plusieurs mécanismes destinés à limiter cette rupture. Des kits éducatifs avaient été distribués dans les centres collectifs. Des centres et des écoles situés dans des zones considérées comme sûres accueillaient aussi des enfants dans le cadre de parcours éducatifs flexibles. Des espaces temporaires d’apprentissage étaient prévus dans plusieurs régions, notamment la Békaa, Baalbeck, Saïda, le Mont-Liban et Beyrouth.
La nouvelle donnée de 71 % indique cependant qu’une part importante des adolescentes étudiées reste en dehors de l’apprentissage malgré ces efforts. Elle fournit ainsi un indicateur concret pour mesurer l’ampleur de la continuité éducative encore à rétablir.
Une crise éducative dans une urgence plus large
L’alerte sur les filles déplacées intervient alors que les conséquences humanitaires de l’escalade de 2026 restent lourdes. Dès la fin mars, les Nations unies faisaient état de plus d’un million de personnes déplacées. Au début d’avril, le Fonds des Nations unies pour la population estimait à environ 620 000 le nombre de femmes et de filles déplacées.
Les hostilités ont également touché les infrastructures civiles et perturbé l’accès à plusieurs services essentiels. Dans ce contexte, l’éducation doit rivaliser avec des besoins immédiats de logement, de nourriture, de santé et de sécurité. Pour les enfants, ces dimensions se cumulent plutôt qu’elles ne se remplacent : une famille déplacée peut avoir accès à un enseignement à distance tout en rencontrant des difficultés matérielles qui empêchent un suivi régulier.
Le système éducatif libanais abordait en outre cette nouvelle crise après plusieurs années de fortes tensions économiques et sociales. Le plan de réponse pour le Liban en 2026 estimait que 2,99 millions de personnes avaient besoin d’une forme d’assistance dans le pays et prévoyait une réponse couvrant notamment l’éducation, la protection, la santé et les moyens de subsistance.
Dans ce cadre, le décrochage observé chez les adolescentes déplacées devient un indicateur des effets à plus long terme de l’urgence. L’école ne répond pas seulement à un besoin académique immédiat. Elle structure aussi la vie quotidienne des enfants et maintient un lien avec des institutions qui peuvent repérer d’autres vulnérabilités.
Le prochain enjeu sera donc de mesurer dans quelle proportion les adolescentes ayant interrompu leur apprentissage en raison du déplacement pourront reprendre un parcours régulier. Les données publiées cette semaine établissent désormais un point de référence : après l’escalade de 2026, la participation à l’apprentissage des filles déplacées interrogées est tombée à 71 %, alors que leurs aspirations éducatives demeurent fortes.


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