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À l’ONU, Nawaf Salam expose la feuille de route du Liban

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Le Premier ministre Nawaf Salam a défendu vendredi 25 septembre devant l’Assemblée générale des Nations unies une ligne articulée autour de deux objectifs qu’il présente comme indissociables : récupérer l’intégralité du territoire libanais encore occupé par Israël et rétablir l’autorité exclusive de l’État sur le territoire, les armes et la décision de guerre et de paix. À New York, le chef du gouvernement a également demandé l’arrêt des attaques israéliennes, la libération des prisonniers libanais, la reconstruction des régions détruites et un soutien accru à l’armée. Il a insisté sur la nécessité de préparer l’après-FINUL sans créer de vide sécuritaire au Liban-Sud, tout en présentant les réformes économiques et institutionnelles engagées par son gouvernement.

Nawaf Salam a utilisé la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies pour présenter la situation du Liban comme une question de souveraineté à reconstruire sur plusieurs fronts. Le Premier ministre n’a pas limité son intervention au conflit avec Israël. Il a placé dans une même architecture le retrait israélien, le monopole des armes, la reconstruction, les réformes de l’État, les relations avec la Syrie et la place du Liban dans son environnement arabe et international.

Le fil directeur de son discours tient dans une responsabilité que le gouvernement revendique directement. Le Liban, a-t-il expliqué en substance, ne peut pas demander à la communauté internationale d’assumer les obligations qui relèvent de l’État libanais. Mais il attend en retour que les autres acteurs respectent leurs propres obligations, en particulier lorsqu’il s’agit de l’occupation et des opérations israéliennes.

« Le Liban qui se tient aujourd’hui devant vous ne se dérobe pas à ses responsabilités et ne demande pas aux autres de faire ce qu’il lui incombe de faire », a déclaré Nawaf Salam.

Cette formulation résume une grande partie de son intervention : Beyrouth affirme vouloir reprendre le contrôle de son territoire et de sa décision nationale, mais demande que cette démarche s’accompagne d’un retrait israélien et d’un soutien international à la reconstruction et aux institutions de l’État.

Salam place la souveraineté au centre de son discours

Le Premier ministre a présenté la récupération de la décision nationale comme l’une des responsabilités essentielles de l’État. Pour lui, cette souveraineté passe d’abord par l’absence d’armes et d’autorité militaire échappant aux institutions légales.

Salam a ainsi réaffirmé le principe selon lequel les armes doivent être exclusivement détenues par l’État. La décision de guerre et de paix doit également revenir aux seules institutions constitutionnelles libanaises.

Cette position s’inscrit directement dans le débat sur l’arsenal du Hezbollah, même lorsque le mouvement n’est pas systématiquement nommé. Depuis son arrivée au Grand Sérail, Nawaf Salam défend avec le président Joseph Aoun le principe d’un État disposant seul de la force armée légitime.

À l’ONU, le Premier ministre a toutefois placé cette question dans une conception plus large de la souveraineté. Le Liban doit récupérer sa décision nationale, mais aussi l’ensemble de son territoire.

Les deux objectifs ont ainsi été présentés dans le même discours : aucune autorité militaire parallèle ne doit concurrencer l’État à l’intérieur, et aucune occupation étrangère ne doit subsister sur le territoire.

« Récupérer l’intégralité de notre territoire »

Le volet israélien a occupé une place importante dans l’intervention. Nawaf Salam a demandé l’arrêt immédiat des attaques israéliennes et le retrait d’Israël de l’ensemble du territoire libanais.

Il a également réclamé la libération des prisonniers libanais détenus par Israël, affirmant qu’ils ne seraient « ni oubliés ni abandonnés ».

Le Premier ministre a appelé à l’application complète de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Adoptée en août 2006, celle-ci constitue depuis vingt ans l’un des principaux cadres internationaux régissant la situation au Liban-Sud et à la frontière avec Israël.

La situation a profondément évolué depuis la guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah. Le cessez-le-feu du 27 novembre 2024 avait prévu le retrait des forces israéliennes et le renforcement du déploiement de l’armée libanaise au Sud. Les hostilités et opérations israéliennes n’ont toutefois pas complètement cessé.

Depuis, Beyrouth réclame régulièrement le retrait israélien des positions encore occupées et dénonce les frappes menées sur le territoire libanais.

Salam a replacé ces demandes au niveau international. Pour son gouvernement, le retour à une souveraineté complète ne peut pas concerner uniquement les armes du Hezbollah : il doit également entraîner la fin de la présence militaire israélienne et des attaques contre le Liban.

L’après-FINUL déjà au programme

Le discours a également abordé l’avenir de la présence internationale au Liban-Sud.

Nawaf Salam avait déjà indiqué à New York que son gouvernement préparait la période qui suivra la fin du mandat de la FINUL. Devant l’Assemblée générale, il a réaffirmé l’importance d’éviter un vide sécuritaire et institutionnel dans cette région.

Le gouvernement souhaite qu’une présence internationale puisse continuer à remplir certaines fonctions de surveillance, de rapport et de communication sous l’autorité d’une résolution du Conseil de sécurité.

Cette question devient particulièrement sensible à mesure que l’armée libanaise assume davantage de responsabilités au Sud. Beyrouth demande parallèlement un renforcement de ses capacités militaires afin qu’elle puisse assurer seule, à terme, la défense et le contrôle du territoire.

Salam a ainsi appelé les partenaires internationaux du Liban à fournir aux forces armées les moyens nécessaires pour accomplir leurs missions.

Cette demande rejoint les déclarations du président Joseph Aoun. Ancien commandant de l’armée, celui-ci a encore affirmé cette semaine que les armes de l’institution militaire étaient les seules armes légitimes au Liban.

Reconstruire les villages détruits

La souveraineté ne se limite toutefois pas, dans le discours de Salam, au contrôle militaire du territoire. Le Premier ministre a consacré un volet important à la reconstruction.

Les destructions provoquées par les opérations israéliennes ont touché des villages, des habitations et des infrastructures dans plusieurs régions, particulièrement au Liban-Sud. Le retour durable des habitants dépend donc de la reconstruction des logements et du rétablissement des services essentiels.

Salam a demandé une mobilisation internationale en faveur de ce chantier.

Pour le gouvernement, la reconstruction remplit aussi une fonction politique. L’État doit pouvoir revenir matériellement dans les régions frontalières à travers ses administrations, ses infrastructures, ses services publics et son armée. Le retour de la population doit accompagner ce processus.

Le Premier ministre a donc relié reconstruction, retour des habitants et restauration de l’autorité publique.

Il a rappelé que le Liban ne demandait pas à ses partenaires de se substituer à lui. Il leur demande en revanche de contribuer aux moyens financiers nécessaires à un redressement dont le coût dépasse les capacités actuelles d’un État toujours confronté aux conséquences de plusieurs années de crise économique.

Réformes bancaires, justice et lutte contre le blanchiment

Nawaf Salam a aussi consacré une partie substantielle de son intervention à la situation intérieure.

Il a présenté les mesures engagées pour sortir le pays de la crise financière et restaurer la confiance dans les institutions. Le Premier ministre a évoqué la restructuration du secteur bancaire, l’assainissement financier, la modernisation de l’administration et la lutte contre la corruption.

Il a également insisté sur l’indépendance de la justice et sur le renforcement des mécanismes destinés à lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.

Ces dossiers sont directement liés aux discussions du Liban avec ses partenaires internationaux et les institutions financières. Le gouvernement cherche à montrer que le soutien demandé à la communauté internationale s’accompagne de réformes internes.

Salam a présenté ces transformations comme une condition du rétablissement de la confiance entre les Libanais et leur État, mais également entre le Liban et ses partenaires étrangers.

Son message rejoint ici celui développé tout au long de son déplacement à New York : le gouvernement veut sortir d’une logique dans laquelle le Liban sollicite une aide extérieure sans modifier le fonctionnement de ses institutions.

Les déplacés syriens également évoqués

Le dossier syrien a constitué un autre volet du discours.

Nawaf Salam a rappelé le poids que représente pour le Liban la présence d’un très grand nombre de déplacés syriens par rapport à sa population. Il a défendu la poursuite du travail avec les Nations unies et avec les nouvelles autorités syriennes pour permettre leur retour.

Le Premier ministre a également évoqué les discussions directes entre Beyrouth et Damas, ainsi que la médiation et l’accompagnement de l’Arabie saoudite sur certains dossiers bilatéraux.

L’objectif affiché est double : permettre aux Syriens présents au Liban de rentrer dans leur pays dans des conditions sûres et reconstruire les relations libano-syriennes sur une base différente de celle des décennies précédentes.

Salam veut inscrire ces relations dans une logique d’État à État. Cette formule rejoint celle qu’il a employée la veille lors de sa rencontre avec le président iranien Massoud Pezeshkian.

Après l’Iran, le rappel du principe de non-ingérence

La veille de son discours, Nawaf Salam avait rencontré Massoud Pezeshkian à New York. Il lui avait déclaré que le Liban ne voulait plus être une arène pour les conflits régionaux ni un lieu utilisé pour l’échange de messages entre puissances.

Salam avait également demandé une relation libano-iranienne « d’État à État », fondée sur la souveraineté, l’indépendance et la non-ingérence.

Son discours à l’Assemblée générale prolonge cette ligne sans transformer la tribune en règlement de comptes avec Téhéran.

La priorité reste la restauration de la décision libanaise. Le message s’adresse donc autant aux acteurs extérieurs qu’aux forces politiques libanaises : les choix concernant la guerre, la paix, la sécurité et les relations internationales doivent revenir aux institutions de la République.

Cette orientation prend une importance particulière au moment où l’Iran négocie avec les États-Unis et inclut le Liban parmi les fronts régionaux dont il demande l’apaisement.

Beyrouth cherche au contraire à faire reconnaître que le dossier libanais doit être traité d’abord à travers les institutions de l’État.

Solidarité avec les pays arabes face aux attaques iraniennes

Salam a également abordé les tensions provoquées par les opérations iraniennes dans la région.

Le Premier ministre a exprimé la solidarité du Liban avec les États du Golfe et avec la Jordanie face aux attaques iraniennes. Il a souligné les risques que celles-ci font peser sur la sécurité régionale ainsi que sur la liberté et la sécurité de la navigation maritime.

Cette prise de position est significative dans le contexte de la confrontation entre Washington et Téhéran et de la fermeture du détroit d’Ormuz.

Elle intervient également alors que l’Iran vient de proposer aux États-Unis une feuille de route pour rouvrir Ormuz dans un délai de sept jours, en incluant parmi ses conditions une cessation des hostilités au Liban.

Le gouvernement Salam cherche parallèlement à renforcer les relations du Liban avec les pays arabes du Golfe après plusieurs années de tensions diplomatiques et politiques.

La Palestine et la solution à deux États

Le Premier ministre a également replacé le conflit israélo-palestinien dans son discours.

Il a défendu une solution durable et juste fondée sur les résolutions internationales et sur le principe de deux États. Salam a fait référence à l’adoption de la déclaration de New York et à la majorité obtenue à l’Assemblée générale en faveur de cette orientation.

Le chef du gouvernement a associé la stabilité du Liban à celle de son environnement régional. Un règlement durable au Sud ne peut donc, selon cette approche, être complètement isolé de la question palestinienne et de l’évolution du conflit israélo-arabe.

Le Liban maintient parallèlement son refus de toute implantation définitive des réfugiés palestiniens sur son territoire.

« Ne laissez pas le Liban »

Nawaf Salam a terminé son intervention en revenant sur le contraste entre le projet défendu par son gouvernement et la réalité quotidienne d’un pays toujours soumis à la guerre.

Il a rappelé qu’il parlait de paix devant l’Assemblée générale alors que des Libanais continuaient d’être tués et que des parties du territoire continuaient d’être détruites.

Le Premier ministre a présenté l’alternative en termes simples : soit le Liban retrouve sa vocation de pays de vie, de liberté et de pluralisme, soit il demeure un terrain de guerres et de confrontations qui le dépassent.

Son gouvernement, a-t-il affirmé, a fait son choix.

Son dernier appel s’est adressé directement aux États membres des Nations unies : « Soyez avec nous. Ne laissez pas le Liban. »

Cette demande résume le contrat politique que Salam a cherché à présenter à New York : le Liban affirme vouloir assumer lui-même la restauration de son État, de son autorité et de sa décision nationale, mais demande en retour à la communauté internationale de contribuer au retrait israélien, à la sécurité du Sud, au renforcement de l’armée et à la reconstruction.

Discours de Nawaf Salam : restitution exhaustive

La restitution qui suit reprend l’intégralité des thèmes et du déroulement substantiel de l’intervention de Nawaf Salam devant l’Assemblée générale, sans reproduire mot pour mot le texte publié.

Nawaf Salam ouvre son intervention par une réflexion sur la confiance. Sans confiance mutuelle, explique-t-il, la paix et la sécurité ne peuvent s’installer durablement entre les États et la coopération ne peut pas se développer. Il rattache cette idée à la situation du Liban et au besoin de reconstruire simultanément la confiance entre l’État et les citoyens, entre les Libanais eux-mêmes et entre le Liban et ses partenaires internationaux.

Le Premier ministre présente ensuite la responsabilité de son gouvernement. Le Liban qui s’adresse à l’Assemblée générale, explique-t-il, n’entend pas se soustraire à ses obligations ni demander aux autres pays de faire ce qui relève de la responsabilité des autorités libanaises. L’État doit récupérer sa décision nationale et exercer son autorité sur l’ensemble du territoire. Les armes ainsi que la décision de guerre et de paix doivent relever exclusivement de l’État et de ses institutions.

Salam associe immédiatement cette responsabilité intérieure à une exigence extérieure. Le Liban doit récupérer l’intégralité de son territoire encore soumis à l’occupation israélienne. Les attaques israéliennes doivent cesser et Israël doit se retirer des positions qu’il maintient sur le territoire libanais. Les prisonniers libanais détenus par Israël doivent également être libérés. Le Premier ministre assure qu’ils ne seront ni oubliés ni abandonnés.

Il réclame ensuite l’application complète de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et aborde le rôle de la FINUL. La présence internationale au Liban-Sud a accompagné l’armée pendant une période déterminante, mais Beyrouth doit désormais préparer la phase suivante. Salam refuse qu’un vide apparaisse après la fin du mandat de la force internationale. Il demande donc qu’une formule permette de maintenir des fonctions internationales de surveillance, de rapport et de communication sous l’autorité du Conseil de sécurité, parallèlement au renforcement des responsabilités de l’armée libanaise.

Le chef du gouvernement demande à ce titre un soutien accru aux forces armées. L’armée doit disposer des moyens matériels nécessaires pour exercer le contrôle du territoire et assurer la défense du pays. Cette montée en puissance doit accompagner l’extension de l’autorité de l’État et permettre aux institutions légales d’assumer seules les fonctions de sécurité et de défense.

Salam passe ensuite à la reconstruction. Les opérations israéliennes ont détruit des maisons, des villages et des infrastructures indispensables au retour de l’État et des populations dans les régions frontalières. La reconstruction devient donc une condition du retour durable des habitants et de la stabilisation du Sud. Le Premier ministre appelle les partenaires du Liban à contribuer aux initiatives et conférences internationales destinées à financer cette reconstruction et à renforcer les forces armées.

Il élargit ensuite son propos à la situation intérieure. Le Liban, explique-t-il, a engagé un programme de redressement économique et financier. Celui-ci passe par davantage de transparence, la restructuration du secteur bancaire, la modernisation de l’administration et la lutte contre la corruption et la criminalité organisée. Le gouvernement veut ainsi rétablir la confiance des citoyens dans l’État et celle des partenaires internationaux dans le Liban.

Le Premier ministre évoque également le renforcement de l’indépendance de la justice et la consolidation des institutions. Pour Nawaf Salam, le rétablissement de l’autorité de l’État ne se limite pas aux questions de sécurité ou au contrôle des armes. Il passe aussi par des institutions capables d’appliquer la loi, de garantir les droits des citoyens et de restaurer une confiance profondément affectée par les crises successives. Le redressement économique et la reconstruction institutionnelle sont ainsi présentés comme deux dimensions d’un même projet : reconstruire un État capable d’exercer pleinement ses responsabilités.

Dans cette perspective, Salam insiste sur la nécessité de poursuivre les réformes engagées par son gouvernement. Le Liban sort de plusieurs années de crise financière, monétaire et institutionnelle qui ont fortement affaibli les administrations publiques et les services essentiels. Le chef du gouvernement présente les mesures économiques et financières non comme un objectif isolé, mais comme une condition de la restauration de l’État. La restructuration du secteur bancaire, la transparence financière et la lutte contre la corruption doivent notamment permettre de rétablir des relations plus solides avec les institutions internationales et les partenaires susceptibles d’accompagner le redressement du pays.

La reconstruction du Sud comme priorité nationale

Nawaf Salam revient ensuite sur les conséquences humaines et matérielles de la guerre. Il évoque les populations déplacées, les villages détruits ou endommagés et les infrastructures touchées. Pour le gouvernement, la reconstruction du Liban-Sud ne peut pas être séparée du rétablissement de la souveraineté. Le retour durable des habitants suppose que leur sécurité soit assurée, que les services publics soient restaurés et que l’État puisse exercer son autorité dans les régions frontalières.

Le Premier ministre appelle dans ce cadre la communauté internationale à soutenir le Liban dans son effort de reconstruction. Les besoins dépassent les capacités financières actuelles de l’État, déjà confronté aux conséquences d’une crise économique prolongée. Salam présente donc l’aide internationale comme un élément nécessaire pour permettre aux populations touchées de retrouver leurs villages et leurs moyens de subsistance, mais aussi pour éviter que les destructions laissées par la guerre ne deviennent une nouvelle source d’instabilité.

Cette reconstruction doit cependant s’effectuer sous l’autorité de l’État. Le gouvernement entend conserver la maîtrise des projets, des financements et des priorités afin que le relèvement des régions sinistrées accompagne le retour des institutions publiques. Cette approche rejoint la ligne défendue par Salam depuis son arrivée à la tête du gouvernement : la reconstruction ne doit pas conduire au rétablissement de structures parallèles à celles de l’État.

Salam insiste sur le retour des déplacés

La question du retour des habitants occupe également une place importante dans l’intervention du Premier ministre. De nombreuses familles originaires des zones frontalières ont été déplacées par les combats, les bombardements et les destructions. Certaines ont pu regagner leurs localités, tandis que d’autres restent confrontées à l’état de leurs maisons, à l’absence de services essentiels ou à une situation sécuritaire qui demeure instable.

Pour Salam, leur retour ne peut être durable tant que les conditions qui ont provoqué leur déplacement persistent. Il associe donc directement ce dossier au retrait israélien, à l’arrêt des opérations militaires et au déploiement effectif de l’armée libanaise. Le gouvernement veut que les habitants puissent revenir sous la protection des institutions nationales et non dans un environnement où le risque d’une nouvelle confrontation resterait permanent.

Le chef du gouvernement replace ainsi la question humanitaire au centre du dossier sécuritaire. Derrière les négociations sur les frontières, les armes et les mécanismes internationaux se trouvent des communautés dont les villages ont subi directement la guerre. Leur retour constitue, dans son discours, l’un des critères permettant de mesurer la réussite d’un éventuel règlement au Liban-Sud.

L’après-FINUL doit être préparé

Nawaf Salam aborde également l’avenir de la présence internationale au Liban-Sud. Le retrait programmé de la Force intérimaire des Nations unies au Liban ouvre une période délicate pour Beyrouth. La FINUL est présente dans le Sud depuis 1978 et son rôle a été considérablement renforcé après la guerre de 2006 par la résolution 1701 du Conseil de sécurité.

Le Premier ministre avertit contre la création d’un vide sécuritaire après son départ. Le gouvernement libanais souhaite que la transition soit organisée de manière à permettre à l’armée de renforcer progressivement son contrôle sur la zone tout en conservant un accompagnement international. Salam défend ainsi le maintien d’une présence des Nations unies sous une forme adaptée et placée sous l’autorité du Conseil de sécurité.

L’objectif affiché est d’éviter qu’une diminution de la présence internationale ne fragilise la frontière au moment même où l’État cherche à y étendre son autorité. L’armée doit pouvoir reprendre les missions nécessaires, mais cette montée en puissance exige des effectifs, des équipements, des financements et un soutien extérieur. Le gouvernement demande donc à ses partenaires de continuer à aider l’institution militaire.

L’armée au centre du rétablissement de la souveraineté

Le rôle confié à l’armée constitue l’un des fils conducteurs du discours de Nawaf Salam. Le Premier ministre présente l’institution militaire comme l’outil principal de l’État pour restaurer son autorité sur l’ensemble du territoire. Son déploiement au Sud doit accompagner le retrait israélien et permettre à Beyrouth d’assumer directement la sécurité des zones frontalières.

Cette mission rejoint la position défendue par le président Joseph Aoun. Le chef de l’État a encore affirmé cette semaine que les armes de l’armée étaient les seules armes légitimes. Aoun et Salam convergent ainsi sur le principe d’un État disposant seul du droit de détenir les armes et de décider de la guerre et de la paix.

Cette orientation concerne directement le Hezbollah, même lorsque le mouvement n’est pas systématiquement nommé. Son arsenal constitue le principal appareil militaire organisé situé en dehors du contrôle de l’État. Le gouvernement veut progressivement mettre fin à cette dualité, tout en affirmant vouloir éviter une confrontation intérieure susceptible de menacer la paix civile.

Le discours de Salam à l’ONU inscrit cette question dans un ensemble plus large. Le monopole des armes n’est pas présenté séparément du retrait israélien, de l’arrêt des attaques et du renforcement de l’armée. Le gouvernement défend ces objectifs comme les différentes composantes du rétablissement de la souveraineté libanaise.

Le Liban refuse de redevenir un terrain de confrontation

Le Premier ministre revient également sur la place du Liban dans les conflits régionaux. Son message prolonge celui qu’il avait adressé au président iranien Massoud Pezeshkian lors de leur rencontre à New York : le pays ne veut plus être utilisé comme un champ de bataille ou comme un espace permettant à des puissances extérieures d’échanger des messages.

Cette position prend une importance particulière alors que le Liban apparaît à nouveau dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis. Téhéran a inclus une cessation des hostilités au Liban parmi les conditions présentées à Washington dans son plan visant à mettre fin à la guerre et à rouvrir le détroit d’Ormuz.

Pour le gouvernement Salam, la souveraineté suppose précisément que les décisions concernant le Liban soient prises par ses institutions. Beyrouth cherche à éviter que le dossier du Sud ou celui du Hezbollah ne deviennent uniquement des éléments d’une négociation plus large entre Washington, Téhéran et Israël.

Le Premier ministre défend donc une diplomatie libanaise propre, fondée sur les résolutions internationales et sur les intérêts de l’État. Cette ligne ne signifie pas que Beyrouth puisse se soustraire aux rapports de force régionaux. Elle vise plutôt à empêcher que ceux-ci déterminent seuls l’avenir du pays.

La Syrie et la relation entre les deux États

Nawaf Salam aborde aussi les relations avec la Syrie, autre dossier majeur pour le gouvernement libanais. Beyrouth cherche à reconstruire ses relations avec Damas sur des bases différentes de celles qui ont marqué plusieurs décennies de rapports entre les deux pays. Le gouvernement défend une relation institutionnelle entre États, fondée sur le respect de leur souveraineté respective.

Plusieurs dossiers restent à régler. Ils concernent notamment la frontière, les personnes disparues, les détenus et les questions sécuritaires. Le Liban veut également éviter que les zones frontalières ne servent aux trafics d’armes, de drogue ou à d’autres activités illégales susceptibles de fragiliser les deux pays.

La stabilisation de la Syrie présente par ailleurs un intérêt direct pour le Liban. Depuis le début du conflit syrien en 2011, le pays a accueilli un nombre très important de réfugiés. Leur présence a exercé une pression supplémentaire sur les infrastructures, les services publics et une économie déjà affaiblie.

Salam revient sur la question des réfugiés syriens

Le Premier ministre réaffirme à l’ONU la nécessité d’avancer sur le retour des réfugiés syriens. Beyrouth considère que les évolutions intervenues en Syrie permettent désormais d’aborder ce dossier dans un contexte différent de celui des années de guerre.

Le gouvernement libanais demande que la communauté internationale accompagne les retours plutôt que de concentrer durablement son aide sur le maintien des réfugiés au Liban. Il souhaite que les financements puissent également soutenir leur réinstallation dans leurs régions d’origine et contribuer à la reconstruction des infrastructures nécessaires en Syrie.

Salam replace ce dossier dans les capacités limitées du Liban. Après plusieurs années d’effondrement économique, l’État dispose de ressources réduites pour assurer les services essentiels à sa propre population. La présence prolongée d’une importante population réfugiée constitue donc, selon Beyrouth, une charge que le pays ne peut assumer indéfiniment.

La question reste toutefois encadrée par les exigences internationales relatives à la sécurité et au caractère volontaire des retours. Le gouvernement cherche ainsi à accélérer le processus tout en obtenant un soutien international permettant de le rendre durable.

La Palestine et la solution à deux États

Le Premier ministre consacre également une partie de son intervention à la question palestinienne. Il réaffirme le soutien du Liban au droit des Palestiniens à disposer d’un État et à une solution politique fondée sur le droit international et les résolutions des Nations unies.

Cette position s’inscrit dans la ligne diplomatique traditionnelle de Beyrouth. Le Liban soutient la création d’un État palestinien indépendant et rejette toute solution qui conduirait à l’installation définitive des réfugiés palestiniens sur son territoire.

La question est particulièrement sensible au Liban en raison de la présence de camps palestiniens et de plusieurs centaines de milliers de réfugiés enregistrés au cours des décennies écoulées. Beyrouth continue donc de lier la création d’un État palestinien au règlement de la question des réfugiés conformément aux résolutions internationales.

Salam insiste également sur la nécessité de mettre fin aux guerres qui frappent les populations civiles dans la région. Le Liban, directement touché par les conséquences des conflits israélo-palestiniens successifs, considère qu’un règlement durable de la question palestinienne constitue une condition de stabilité régionale.

Le Liban demande un soutien international concret

Au-delà des différentes crises, Nawaf Salam utilise la tribune de l’ONU pour demander aux partenaires du Liban de transformer leur soutien politique en aide concrète. Les besoins concernent simultanément l’armée, la reconstruction, les institutions publiques et la relance économique.

Le gouvernement cherche notamment des moyens supplémentaires pour l’armée. Son déploiement sur l’ensemble du territoire nécessite des équipements, des infrastructures et des ressources humaines dont le financement reste difficile dans le contexte budgétaire actuel.

La reconstruction représente un autre besoin majeur. Les destructions accumulées au Liban-Sud dépassent les possibilités immédiates du Trésor libanais. Sans financements extérieurs, le retour des habitants et la remise en état des villages pourraient prendre plusieurs années.

Salam cherche donc à convaincre les partenaires internationaux que le soutien au Liban ne doit pas seulement répondre à une urgence humanitaire. Il doit permettre de renforcer les institutions de l’État afin qu’elles puissent progressivement assumer les fonctions aujourd’hui fragilisées par la crise économique, la guerre et les divisions politiques.

Une souveraineté déclinée sur plusieurs fronts

L’ensemble du discours est ainsi structuré autour d’une même notion : la souveraineté. Nawaf Salam l’applique au territoire, aux armes, aux institutions, à la justice, aux frontières et aux relations du Liban avec les puissances étrangères.

Sur le plan territorial, elle suppose le retrait israélien et le contrôle de l’ensemble du pays par les institutions libanaises. Sur le plan militaire, elle implique le monopole des armes par l’État. Sur le plan institutionnel, elle exige une administration, une justice et un secteur financier capables de fonctionner selon des règles claires.

Sur le plan diplomatique, enfin, Salam veut que le Liban entretienne avec ses voisins et les puissances régionales des relations d’État à État. Cette approche avait déjà été formulée la veille lors de sa rencontre avec Massoud Pezeshkian, lorsqu’il avait demandé l’ouverture d’une nouvelle étape dans les relations avec l’Iran fondée sur la souveraineté, l’indépendance et la non-ingérence.

Le Premier ministre ne présente pas ces différents chantiers comme achevés. Plusieurs restent au stade de décisions politiques ou de négociations. L’armée n’exerce pas encore seule le contrôle de toutes les armes présentes au Liban, Israël maintient une présence et poursuit des opérations sur le territoire, la reconstruction du Sud reste incomplète et les réformes économiques doivent encore être mises en œuvre dans leur totalité.

C’est précisément sur ces dossiers que Salam sollicite l’appui international. Son intervention à New York présente le retour de l’État comme le cadre commun dans lequel le gouvernement veut traiter simultanément la sécurité, la reconstruction et le redressement économique.

La prochaine étape se jouera surtout sur le terrain. Beyrouth devra obtenir des avancées sur le retrait israélien, renforcer le déploiement de l’armée au Sud et préciser les modalités du monopole des armes, alors que le Hezbollah maintient ses propres conditions pour toute évolution de son statut militaire. Dans le même temps, le gouvernement devra trouver les financements nécessaires à la reconstruction et poursuivre les réformes promises aux Libanais et aux partenaires internationaux.

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