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À l’ONU, Macron défend la souveraineté du Liban

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À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, mardi 22 septembre 2026 à New York, Emmanuel Macron a consacré une partie substantielle de son dernier discours devant l’ONU comme président français à la crise du Proche-Orient. Pour le Liban, son message a été particulièrement direct : les destructions dans le Sud et les déplacements de population sont liés à une atteinte à la souveraineté libanaise, tandis que le désarmement du Hezbollah ne peut, selon lui, être obtenu durablement que par le rétablissement de l’autorité d’un État libanais pleinement souverain. Le président français a simultanément durci son discours envers Israël, estimant que la sécurité de l’État hébreu ne pouvait être construite par la violation de la souveraineté de ses voisins.

Le passage consacré au Liban n’a occupé que quelques minutes d’une intervention beaucoup plus vaste. Il concentre pourtant la doctrine que Paris défend depuis plusieurs mois : retrait israélien, restauration de l’autorité de l’État libanais, monopole des armes par les institutions légitimes et règlement politique des questions de sécurité. Macron a ainsi refusé de dissocier les deux dossiers qui dominent le débat libanais. Il a condamné les atteintes à la souveraineté du pays tout en réaffirmant que le Hezbollah devait rendre ses armes.

Macron à l’ONU : le Liban replacé dans la souveraineté

Emmanuel Macron a construit son passage sur le Proche-Orient autour d’un principe : la souveraineté des États. Il a estimé que son respect pouvait seul permettre de rétablir la paix et la sécurité dans la région. Le Liban est arrivé en premier dans cette séquence, avant la Palestine et la Cisjordanie. Ce choix a donné au dossier libanais une place politique particulière dans un discours largement consacré à la défense du droit international et du multilatéralisme.

Le président français a évoqué les Libanais déplacés ainsi que les villages du Sud « détruits les uns après les autres ». Cette formulation désigne directement la réalité territoriale du conflit : des localités du Liban-Sud restent au centre des opérations militaires, des déplacements et du contentieux entre Beyrouth et Israël. Macron n’a donc pas présenté la crise uniquement comme une confrontation entre Israël et le Hezbollah. Il l’a replacée dans le cadre plus large de la souveraineté d’un État et de la protection de sa population.

Il a ensuite lié cette souveraineté au dossier des armes du Hezbollah. « Seul un Liban pleinement souverain pourra conduire à faire rendre les armes au Hezbollah », a déclaré le chef de l’État français. La phrase est importante car elle fixe un ordre politique. Dans le raisonnement français, le désarmement du mouvement chiite ne doit pas résulter d’une substitution durable de l’armée israélienne à l’État libanais. Il doit découler du renforcement des institutions libanaises et du rétablissement de leur autorité sur l’ensemble du territoire.

Cette position ne revient pas à ménager le Hezbollah. Macron demande explicitement que le mouvement rende ses armes. Paris considère depuis plusieurs mois que le monopole de la force doit revenir aux institutions légitimes. Mais le président français place cette exigence dans un cadre qui impose aussi des obligations à Israël. La souveraineté libanaise ne peut être invoquée contre les armes du Hezbollah tout en étant ignorée lorsqu’il s’agit de la présence ou des opérations militaires israéliennes au Liban.

Une critique beaucoup plus directe de la stratégie israélienne

C’est sur ce point que le discours du 22 septembre marque l’un de ses passages les plus fermes. Emmanuel Macron a déclaré que ceux qui prétendent assurer la sécurité d’Israël en violant la souveraineté de ses voisins commettent une « erreur funeste ». Il a ajouté qu’une telle stratégie affaiblissait la sécurité israélienne à court et à long terme. Le propos dépasse donc le seul cas libanais : il vise une conception régionale de la sécurité fondée sur l’intervention militaire au-delà des frontières israéliennes.

Appliqué au Liban, le message est sans ambiguïté. Paris ne considère pas que les préoccupations sécuritaires israéliennes donnent à Israël un droit général d’intervention sur le territoire libanais. La France reconnaît les enjeux de sécurité auxquels Israël est confronté, mais elle conteste que leur traitement puisse passer durablement par des frappes, une présence territoriale ou des opérations qui affaiblissent l’autorité de Beyrouth.

Cette critique s’inscrit dans une ligne déjà formulée par Macron avant l’Assemblée générale. En juillet, lors d’un déplacement en Syrie, il avait résumé la position française en deux exigences parallèles : le Hezbollah doit rendre les armes et Israël doit quitter le Liban. Il avait également défendu un mécanisme de coordination permettant de traiter les inquiétudes sécuritaires sans recourir immédiatement aux bombardements. Le discours de New York reprend cette architecture et lui donne une visibilité internationale.

Le raisonnement français comporte ainsi deux volets qui se répondent. Le premier vise le Hezbollah : aucune organisation armée ne doit se substituer durablement à l’État libanais. Le second vise Israël : aucune puissance voisine ne doit profiter de l’affaiblissement de l’État libanais pour imposer par la force ses propres arrangements sécuritaires. Dans les deux cas, Paris place l’État libanais au centre de la solution.

Le Sud-Liban, point concret du discours français

La référence aux villages détruits et aux populations déplacées donne au discours une dimension concrète. Le Sud n’est pas évoqué comme une simple ligne de confrontation militaire. Macron insiste sur les conséquences pour les habitants et sur la difficulté de restaurer une vie normale tant que la souveraineté libanaise n’est pas effectivement rétablie.

Cette question est centrale pour Beyrouth. Le retour durable des déplacés dépend de conditions de sécurité, de la reconstruction des localités touchées et de la capacité de l’État à reprendre le contrôle du territoire. La présence de forces israéliennes, les frappes et le dossier des armes du Hezbollah restent donc imbriqués. Une solution limitée à l’un de ces éléments laisserait les autres causes de tension intactes.

Pour Paris, l’armée libanaise doit être l’institution autour de laquelle cette reprise de souveraineté s’organise. La France travaille depuis longtemps au renforcement des Forces armées libanaises. Cette priorité a pris une importance supplémentaire avec les discussions sur l’avenir du dispositif international au Sud et le retrait programmé de la FINUL à partir de 2027.

Quelques jours avant son discours à New York, Macron avait reçu à Paris le président libanais Joseph Aoun et le roi Abdallah II de Jordanie. Les discussions du 17 septembre avaient précisément porté sur les besoins de l’armée libanaise, la sécurité du Sud et les options susceptibles d’éviter un vide après la FINUL. La séquence de l’ONU n’est donc pas isolée. Elle prolonge une initiative diplomatique et militaire engagée avant l’Assemblée générale.

Désarmer le Hezbollah sans affaiblir l’État

Le point le plus sensible reste le désarmement du Hezbollah. Emmanuel Macron ne l’a ni évité ni relativisé. Il l’a explicitement présenté comme une condition du rétablissement de la sécurité au Liban et pour les pays voisins. Mais sa formulation diffère d’une logique selon laquelle la pression militaire israélienne constituerait à elle seule le moyen d’obtenir ce résultat.

La position française repose sur un constat politique : demander à l’État libanais de désarmer le Hezbollah suppose de donner à cet État les moyens d’exercer effectivement son autorité. Cela signifie renforcer l’armée, les institutions et les mécanismes de sécurité. Paris redoute qu’un affaiblissement supplémentaire des structures étatiques ne rende au contraire le désarmement plus difficile et augmente le risque de confrontation interne.

Macron avait exposé ce raisonnement avec une grande précision en juillet. Il avait averti qu’on ne pouvait demander le retrait des armes du Hezbollah tout en affaiblissant ceux qui détiennent le monopole légitime de la force. Il avait même évoqué le risque de pousser le pays vers une guerre civile si cette contradiction n’était pas prise en compte. À New York, il a condensé cette doctrine dans la notion de « Liban pleinement souverain ».

Cette formulation est également importante pour les autorités libanaises. Le président Joseph Aoun et le gouvernement de Nawaf Salam ont affirmé leur volonté de rétablir le monopole de l’État sur les armes. La question porte désormais sur le calendrier, les moyens et les garanties permettant de mener ce processus sans provoquer une nouvelle confrontation interne et sans laisser le Sud exposé à une occupation ou à des opérations israéliennes permanentes.

Israël directement visé par le principe de souveraineté

Le discours de Macron ne s’est pas limité au Liban. La séquence consacrée à Gaza et à la Cisjordanie a renforcé la portée de sa critique envers le gouvernement israélien. Le président français a dénoncé l’absence d’amélioration humanitaire réelle à Gaza et s’est interrogé sur la crédibilité internationale face à la poursuite de la crise. Il a également attaqué la logique des opérations israéliennes en Cisjordanie.

Macron a notamment contesté l’utilisation de la lutte contre le Hamas comme justification générale de la politique menée dans les territoires palestiniens. Ses déclarations sur la Cisjordanie ont provoqué une réaction très vive du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui les a qualifiées d’« absurdité grotesque ». Cette réaction montre que la confrontation verbale entre Paris et le gouvernement israélien dépasse désormais les désaccords techniques.

Pour le Liban, cette évolution compte. La critique française des opérations israéliennes n’est plus formulée uniquement au nom de la stabilité de la frontière libano-israélienne. Elle s’insère dans une dénonciation plus générale de l’usage de la force lorsqu’il porte atteinte à la souveraineté des voisins d’Israël ou aux droits des Palestiniens. Macron cherche ainsi à appliquer le même principe à plusieurs théâtres régionaux.

Le président français maintient parallèlement son attachement à la sécurité d’Israël. C’est précisément au nom de cette sécurité qu’il conteste la stratégie suivie par le gouvernement israélien. Son argument n’est pas qu’Israël ne possède pas de préoccupations sécuritaires légitimes, mais que la violation répétée de la souveraineté de ses voisins finit, selon lui, par produire davantage d’instabilité et donc davantage d’insécurité.

Gaza et la Cisjordanie donnent une portée régionale au discours

Le passage consacré à Gaza a été l’un des plus offensifs du discours. Macron a rappelé la reconnaissance de l’État de Palestine annoncée un an auparavant avec plusieurs autres pays. Face aux critiques présentant cette reconnaissance comme purement symbolique, il a renversé l’argument en demandant quelle crédibilité conservait la communauté internationale si elle restait inactive devant la situation à Gaza.

Il a également dénoncé une paix qui, selon lui, n’avait pas permis de rouvrir durablement les voies humanitaires. Puis il a demandé si les dirigeants réunis à New York devaient continuer à contempler un « spectacle qui nous fait honte à tous ». Le ton tranche avec une diplomatie française longtemps soucieuse de maintenir publiquement un équilibre verbal très strict entre la sécurité d’Israël et la critique de ses opérations.

Cette fermeté donne davantage de poids au passage sur le Liban. Lorsque Macron parle des villages détruits du Sud, cette phrase ne constitue pas une remarque isolée. Elle appartient à une séquence où le président français met en cause les conséquences territoriales et humaines de la stratégie israélienne dans plusieurs espaces voisins.

Cela ne signifie pas que Paris adopte les positions du Hezbollah ou abandonne ses exigences à son égard. Au contraire, Macron associe dans le même raisonnement le désarmement du mouvement et la fin des atteintes israéliennes à la souveraineté libanaise. Cette simultanéité constitue le cœur de la position française : le Liban ne doit être ni un territoire utilisé par une organisation armée autonome pour agir contre Israël, ni un espace dans lequel Israël pourrait intervenir durablement au nom de sa sécurité.

Une doctrine française fondée sur le « même droit pour tous »

Le fil conducteur du discours dépasse le Proche-Orient. Emmanuel Macron a défendu un ordre international dans lequel la souveraineté ne dépend pas de la puissance militaire d’un État ni de ses alliances. Il a opposé cette conception à ce qu’il décrit comme le retour de la force sans règle et de la logique de puissance.

Pour Paris, cette cohérence est aussi une question de crédibilité diplomatique. La France ne peut défendre l’intégrité territoriale de l’Ukraine face à la Russie tout en traitant différemment les violations de souveraineté au Moyen-Orient. Macron avait déjà formulé ce principe lors de son déplacement en Syrie : le droit international ne peut changer selon les latitudes et les longitudes.

Dans le dossier libanais, cette doctrine conduit à une équation exigeante. Le Hezbollah doit abandonner son arsenal autonome. Israël doit respecter l’intégrité territoriale du Liban. L’armée libanaise doit pouvoir se déployer. Les institutions de Beyrouth doivent récupérer l’exercice réel de la souveraineté. Enfin, un dispositif de sécurité doit empêcher que la frontière redevienne un front permanent.

Cette approche tente de sortir du choix binaire entre les arguments sécuritaires israéliens et ceux du Hezbollah. Paris veut déplacer le centre de gravité vers l’État libanais. Cela suppose toutefois que celui-ci dispose de moyens militaires, politiques et financiers suffisants. Or cette condition reste l’un des principaux obstacles à l’application de la doctrine française.

La FINUL et l’après-2026 en toile de fond

La question de la FINUL donne au discours une urgence supplémentaire. Le dispositif international dans le Sud doit connaître une transformation majeure, avec un retrait prévu à partir de janvier 2027. Pour le Liban, le risque est celui d’un vide sécuritaire dans une zone où les équilibres restent fragiles.

La France travaille donc avec le Liban, la Jordanie et plusieurs partenaires européens et arabes à des solutions susceptibles d’accompagner l’armée libanaise. Les discussions portent notamment sur la formation, l’équipement, le renseignement, l’assistance et les mécanismes internationaux qui pourraient succéder à certaines fonctions actuellement assumées par la FINUL.

La difficulté est politique autant que militaire. Un nouveau dispositif ne peut être efficace si les principales questions de souveraineté restent ouvertes. Le retrait israélien, le contrôle des armes, le déploiement de l’armée libanaise et la sécurité des populations doivent avancer de manière coordonnée. Faute de quoi, le remplacement d’une mission internationale par une autre architecture ne ferait que gérer temporairement les symptômes de la crise.

Le discours de Macron à l’ONU doit donc être lu à la lumière de cette échéance. En insistant sur un « Liban pleinement souverain », le président français fixe moins un slogan qu’un objectif opérationnel : transférer progressivement la responsabilité sécuritaire aux institutions libanaises, tout en obtenant des garanties extérieures permettant à cette transition de ne pas se transformer en nouvelle confrontation.

Ce que le discours change, et ce qu’il ne règle pas

Pour Beyrouth, la principale portée politique du discours réside dans le fait que la France lie publiquement le désarmement du Hezbollah au respect de la souveraineté libanaise par Israël. Cette articulation permet aux autorités libanaises de défendre le monopole des armes sans présenter cette politique comme l’exécution d’une exigence israélienne. Elle replace le processus dans une logique institutionnelle libanaise.

Le discours renforce aussi la pression diplomatique sur Israël. En évoquant les villages détruits, les déplacés et la souveraineté libanaise devant l’Assemblée générale, Macron internationalise de nouveau une question que les rapports de force militaires pourraient réduire à un tête-à-tête entre Israël et le Hezbollah. Paris affirme que la frontière et le territoire libanais relèvent du droit international et non du seul rapport de forces.

Mais cette position française ne suffit pas à régler les questions concrètes. Le calendrier d’un retrait israélien, les modalités du désarmement du Hezbollah, la capacité de l’armée libanaise à se déployer partout, les garanties de sécurité demandées par Israël et le futur dispositif international restent des dossiers distincts, même s’ils sont liés.

Le discours du 22 septembre ne fournit donc pas un plan d’exécution détaillé. Il fixe plutôt les principes que la France veut voir guider la prochaine phase. Son intérêt pour le Liban réside précisément dans la combinaison de ces principes : refus d’une souveraineté armée concurrente incarnée par le Hezbollah, refus d’une souveraineté libanaise amputée par les interventions israéliennes, et soutien à l’armée comme institution chargée de reprendre le contrôle du territoire.

À New York, Macron a ainsi replacé le Liban dans une bataille diplomatique plus large sur la valeur du droit international. La prochaine étape se jouera moins dans les déclarations que dans la capacité de Paris et de ses partenaires à transformer cette doctrine en mécanismes concrets : soutien aux Forces armées libanaises, organisation de l’après-FINUL, reconstruction du Sud, retour des déplacés, retrait israélien et transfert effectif des armes aux institutions de l’État. À quelques mois du début du retrait de la FINUL, c’est désormais sur cette mise en œuvre que la position française sera mesurée.

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Newsdesk Libnanews
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