L’armée libanaise a dû abandonner vendredi 18 septembre une position nouvellement installée aux abords de Deir Mimas, dans le caza de Marjayoun, après l’avancée de forces israéliennes qui exigeaient son évacuation. Deux chars israéliens se sont approchés du dispositif libanais, tandis que des grenades assourdissantes ont été lancées à proximité des soldats. Les militaires libanais se sont repliés avant de se repositionner dans le secteur de la route de Burj al-Moulouk. Les forces israéliennes ont alors fouillé plusieurs habitations avant de regagner leur position de Tall al-Nahhas. L’incident constitue un test particulièrement sensible pour l’armée libanaise, appelée à prendre progressivement le contrôle du Sud dans le cadre de l’accord conclu avec Israël.
À Deir Mimas, deux armées face à face
L’incident a commencé vendredi matin aux abords de Deir Mimas, village du secteur oriental du sud du Liban situé à la limite de la zone actuellement occupée par Israël. L’armée libanaise venait d’établir une nouvelle position sur un axe reliant notamment Deir Mimas à Burj al-Moulouk.
Une force israélienne a avancé vers cette position. Deux chars ont progressé sur la route avant de s’arrêter face à un remblai de terre, derrière lequel se trouvaient des véhicules de l’armée libanaise. La distance entre les deux dispositifs s’est alors fortement réduite.
L’armée libanaise a envoyé des renforts. La situation s’est transformée pendant plusieurs heures en confrontation directe, sans échange de tirs à balles réelles entre les deux armées.
Les militaires israéliens ont toutefois lancé six grenades assourdissantes autour de la position. Selon des informations rapportées par plusieurs médias libanais, Israël avait auparavant demandé que le nouveau point militaire libanais soit évacué.
Le rapport de force était particulièrement déséquilibré. L’armée israélienne avait engagé des blindés à proximité immédiate du dispositif, tandis que les soldats libanais avaient reçu pour mission de tenir une position située aux marges d’une zone sous contrôle militaire israélien.
Israël exige le retrait de la position libanaise
C’est cette exigence israélienne qui donne à l’incident de Deir Mimas sa portée politique. Il ne s’agissait pas simplement d’une patrouille israélienne passant à proximité d’un poste libanais. La confrontation concernait directement la possibilité pour l’armée libanaise d’installer une position sur le territoire qu’elle est appelée à contrôler.
Selon les informations disponibles, Israël a contesté l’établissement de ce point et demandé son évacuation. Des informations locales ont également fait état d’une menace contre la position si les soldats libanais refusaient de partir.
L’armée libanaise a finalement reculé. Les estimations concernant la distance du repli diffèrent selon les témoignages. Un photographe présent sur place a fait état d’un repositionnement d’environ 100 mètres dans une première phase. D’autres informations locales ont évoqué un mouvement plus important vers le nord et la route de Burj al-Moulouk.
Ce qui est établi est que le dispositif installé aux abords de Deir Mimas n’a pas été défendu par les armes lorsque les forces israéliennes ont avancé. L’armée libanaise a privilégié le repli et le recours aux mécanismes de liaison destinés à empêcher un affrontement direct.
Qualifier cet épisode de « capitulation » relève donc d’une appréciation politique. Militairement, les faits montrent un repli sous pression d’une force étrangère, sans engagement armé de l’armée libanaise pour conserver la position.
Des soldats libanais visés par des grenades assourdissantes
L’épisode ne s’est pas limité à une confrontation statique. Lorsque les militaires libanais ont tenté de maintenir ou de rétablir leur présence, les forces israéliennes ont lancé des grenades assourdissantes dans leur environnement immédiat.
Six grenades de ce type ont été signalées. Aucun échange de tirs entre les deux armées n’a été rapporté et aucune victime parmi les militaires libanais n’était annoncée dans les premières informations disponibles.
Des habitants se sont retrouvés bloqués chez eux pendant la confrontation. Les mouvements à l’entrée de Deir Mimas ont été fortement perturbés, tandis que les blindés israéliens occupaient les accès au secteur.
L’incident s’est ensuite déplacé autour des habitations proches de la position abandonnée. Des militaires israéliens ont procédé à la fouille de plusieurs maisons. L’armée libanaise s’était alors repositionnée vers la route principale de Burj al-Moulouk.
Les forces israéliennes ont finalement quitté le secteur où elles avaient avancé et regagné Tall al-Nahhas. L’armée libanaise a maintenu sa présence sur l’axe de Burj al-Moulouk et dans d’autres positions autour de Deir Mimas.
Le « mécanisme » utilisé pour empêcher l’affrontement
Des contacts ont été engagés pendant la confrontation par l’intermédiaire du mécanisme chargé de gérer les incidents entre les parties. Ils ont permis d’éviter que le face-à-face ne dégénère en échange de tirs.
Ce choix correspond à la doctrine suivie jusqu’à présent par l’armée libanaise face aux forces israéliennes. L’institution militaire ne participe pas directement à la guerre menée contre Israël et cherche à éviter une confrontation conventionnelle qu’elle n’a ni reçu l’ordre politique ni les moyens matériels d’engager.
Cette prudence prend cependant une dimension nouvelle à Deir Mimas. L’armée libanaise n’était pas confrontée à une attaque contre une position du Hezbollah. C’était sa propre implantation qui était contestée par les militaires israéliens.
L’épisode pose ainsi une question concrète : jusqu’où l’armée peut-elle effectivement se déployer dans les territoires où elle est censée remplacer progressivement les autres forces armées et rétablir l’autorité exclusive de l’État ?
À Deir Mimas, vendredi, cette limite a été fixée sur le terrain par les forces israéliennes.
Un incident au cœur de l’accord avec Israël
Le face-à-face intervient dans le cadre particulièrement sensible de l’accord conclu le 26 juin après plusieurs séries de négociations sous médiation américaine. Le dispositif prévoit notamment un retrait progressif des forces israéliennes des territoires qu’elles contrôlent dans le sud du Liban et un déploiement de l’armée libanaise.
Il est également lié au désarmement du Hezbollah et au rétablissement du monopole de l’État sur les armes.
Sur le papier, les deux mouvements doivent donc se répondre : retrait israélien d’un côté, extension de l’autorité de l’armée libanaise de l’autre. Sur le terrain, leur synchronisation reste beaucoup plus difficile.
Israël conserve le contrôle de secteurs du sud du Liban et justifie sa présence par la nécessité, selon lui, de prévenir les menaces contre son territoire. L’armée israélienne continue parallèlement de mener des frappes, des opérations terrestres et des destructions dans plusieurs zones.
L’armée libanaise cherche de son côté à élargir progressivement son déploiement. Mais l’incident de Deir Mimas montre ce qui se produit lorsque ces deux logiques se rencontrent physiquement : une position libanaise peut se retrouver directement face à une force israélienne refusant son implantation.
Le paradoxe du désarmement du Hezbollah
L’incident touche directement au débat sur le désarmement du Hezbollah. Le principe défendu par les autorités libanaises repose sur le monopole de l’État en matière de défense et sur le déploiement de l’armée dans les secteurs où les structures militaires du Hezbollah doivent disparaître.
Cette stratégie suppose cependant que l’armée puisse effectivement exercer son autorité sur le territoire concerné.
Deir Mimas met cette condition à l’épreuve. Si l’armée libanaise remplace progressivement le Hezbollah dans certaines zones mais doit ensuite abandonner une position lorsqu’Israël exige son retrait, la question de sa capacité à assurer concrètement la souveraineté de l’État devient inévitable.
Cela ne signifie pas que les militaires libanais avaient pour mission d’ouvrir le feu vendredi. Une telle décision aurait pu provoquer un affrontement militaire direct entre le Liban et Israël et entraîner une escalade beaucoup plus importante.
Mais l’alternative retenue a également un coût politique. Les images d’une armée libanaise se repositionnant face à des blindés israéliens peuvent alimenter les arguments des adversaires du désarmement du Hezbollah, qui soutiennent depuis longtemps que l’armée régulière ne dispose pas des moyens nécessaires pour protéger seule le territoire.
L’incident intervient ainsi à un moment particulièrement délicat pour les autorités libanaises, qui tentent précisément d’obtenir davantage de moyens pour l’institution militaire.
L’incident survient au lendemain des réunions de Paris
Le calendrier est particulièrement frappant. Le face-à-face de Deir Mimas survient au lendemain des consultations menées à Paris autour du soutien international à l’armée libanaise.
Le président Joseph Aoun a rencontré le président français Emmanuel Macron et le roi Abdallah II de Jordanie. Des discussions préparatoires ont également porté sur la conférence internationale destinée à soutenir l’armée libanaise et les Forces de sécurité intérieure.
Vendredi matin, Joseph Aoun a rendu compte de ces rencontres au premier ministre Nawaf Salam. Les deux responsables ont précisément évoqué la situation dans le Sud et la poursuite des attaques israéliennes.
Quelques heures auparavant, sur le terrain, les militaires libanais se retrouvaient face à des chars israéliens à Deir Mimas.
Cette succession d’événements illustre l’écart entre l’objectif diplomatique et la réalité militaire. Les partenaires internationaux demandent à l’armée libanaise d’assumer davantage de responsabilités dans le Sud. Beyrouth réclame en retour des équipements, des financements et un soutien politique. Mais son déploiement s’effectue dans un environnement où l’armée israélienne conserve une supériorité militaire considérable et contrôle toujours des portions du territoire libanais.
Une armée qui évite la confrontation directe
L’absence de riposte libanaise ne constitue pas une nouveauté dans la doctrine de l’armée depuis le début de la guerre. Les forces armées libanaises ont cherché à rester en dehors de la confrontation entre Israël et le Hezbollah, même lorsque des militaires ou des positions de l’armée ont été touchés.
Cette posture repose sur une réalité stratégique. Les capacités militaires des deux armées ne sont pas comparables. Israël dispose notamment d’une aviation de combat, de moyens de renseignement considérables, de blindés lourds et d’une puissance de feu très supérieure.
Une décision locale d’ouvrir le feu à Deir Mimas aurait donc dépassé très rapidement le cadre du village. Elle aurait pu engager directement l’État libanais dans une confrontation militaire avec Israël.
La question soulevée vendredi n’est dès lors pas seulement celle du comportement de quelques soldats à un barrage. Elle concerne les instructions politiques données à l’armée lorsqu’une force israélienne avance sur une position libanaise et exige son évacuation.
Aucune annonce officielle n’indiquait vendredi après-midi que l’armée avait reçu l’ordre d’engager les forces israéliennes dans ce type de situation.
Israël se retire, mais conserve l’initiative
La confrontation s’est finalement terminée sans échange de tirs. Après avoir avancé, imposé le recul de la position libanaise et fouillé des habitations, les forces israéliennes ont quitté les abords immédiats de Deir Mimas pour retourner vers leur position de Tall al-Nahhas.
L’armée libanaise est restée déployée sur la route principale de Burj al-Moulouk. Elle n’a donc pas quitté l’ensemble du secteur et l’incident ne peut pas être décrit comme un abandon de Deir Mimas par l’institution militaire.
Mais le déroulement de la confrontation reste significatif. La position libanaise contestée n’a pas été maintenue face à l’avancée israélienne. Israël a pu pénétrer dans le secteur, lancer des grenades assourdissantes, procéder à des fouilles, puis se retirer sans affrontement avec l’armée.
C’est cette séquence, davantage que la durée de l’incursion, qui fait de Deir Mimas un précédent à surveiller. Le déploiement progressif de l’armée libanaise dans le Sud doit nécessairement produire d’autres situations où ses positions se rapprocheront des zones encore contrôlées par Israël.
Le prochain test sera donc de savoir si le mécanisme de coordination permet d’établir des règles empêchant la répétition de tels face-à-face, ou si chaque nouvelle implantation libanaise située à proximité de la zone occupée pourra être contestée sur le terrain par Israël.
Vendredi soir, les blindés israéliens avaient regagné Tall al-Nahhas et l’armée libanaise demeurait présente sur l’axe de Burj al-Moulouk. Mais la position à l’origine de la confrontation avait, elle, démontré en quelques heures toute la difficulté de transformer le principe du déploiement de l’État dans le Sud en contrôle effectif du territoire.


