Dans « Tajribati », « Mon expérience », Jean Hawat raconte l’État à travers son parcours politique. L’avocat et ancien responsable du Bloc national situe l’origine du livre en 2020 : l’année de ses quatre-vingts ans coïncidait avec le centenaire du Grand Liban. Ce rapprochement lui a donné le point de départ d’un récit qui relie sa vie publique à l’histoire du pays.
Dans un entretien publié le 4 novembre, il présente l’ouvrage comme le résultat d’un besoin de consigner ce qu’il a vécu, les responsabilités qu’il a exercées et les enseignements qu’il en tire. Ce témoignage porte le regard d’un acteur engagé sur les événements auxquels il a participé.
Le livre a fait l’objet d’une séance de dédicace au Musée national de Beyrouth. Lors de cette rencontre, Hawat a expliqué vouloir réunir mémoire, documents et prises de position pour interroger les difficultés du Liban.
Jean Hawat raconte l’État depuis le Bloc national
Hawat rappelle son engagement au Bloc national avant 1965, puis les missions qu’il y a assumées. Son récit accorde une place particulière à la période ouverte en 1976, lorsque Raymond Eddé s’installe à Paris. Il explique avoir alors dû suivre des activités et des dossiers en son absence.
La continuité de cet engagement s’inscrit, selon lui, dans une histoire familiale attachée à Émile Eddé, puis à Raymond Eddé. C’est aussi une manière d’expliquer depuis quelle position il observe les événements. L’appartenance politique n’est pas effacée du témoignage : elle en constitue l’un des cadres.
Une critique de la manière de construire l’État
Le jugement qu’il porte sur la trajectoire libanaise est sévère. À ses yeux, le pays n’est pas parvenu à bâtir durablement un État efficace. Il met en cause les divisions internes, les affrontements autour des choix nationaux et la place prise par les intérêts particuliers.
Hawat lit l’affaiblissement de l’État à travers la difficulté à dépasser les fidélités et les gains immédiats pour défendre un bien commun.
Il critique également la recherche de l’argent, des positions et des avantages dans l’exercice du pouvoir. Sa réponse prend la forme d’une exigence de responsabilité publique, d’intégrité et de bonne administration. Dans cette perspective, transmettre une expérience ne consiste pas seulement à raconter les dirigeants rencontrés, mais à interroger leurs choix et leurs effets.
Un espoir politique soumis à l’exécution
Hawat exprime un espoir prudent à l’égard du président Joseph Aoun et du gouvernement de Nawaf Salam. Il dit avoir apprécié les orientations exposées dans le discours d’investiture et la déclaration ministérielle. Il insiste cependant sur le passage à l’application.
Cette réserve prolonge le fil du livre tel qu’il le présente : les intentions affichées ne suffisent pas à construire des institutions. Il met en garde contre la répétition des divisions qui ont, selon lui, empêché le pays d’avancer. La continuité du travail public compte davantage que l’adhésion momentanée à un discours.
La jeunesse comme destinataire
Le message s’adresse enfin aux jeunes Libanais. Hawat les invite à connaître leur histoire et à faire du Liban leur référence commune. Pour lui, conserver une mémoire implique une responsabilité : dire ce que l’on estime vrai et permettre à d’autres générations de reprendre la discussion.
Il ne décrit pas le redressement comme l’affaire d’un homme ou d’une seule décision. Son appel porte sur une génération capable de travailler à un État plus solide. « Mon expérience » se présente ainsi comme une contribution à cette transmission, avec la force et les limites d’une parole personnelle assumée.


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