La réunion du 3 novembre entre Nawaf Salam et le directeur général de la Sûreté de l’État, Edgar Lawandos, précise le dispositif mobilisé après les alertes sur les viandes. L’enquête doit associer services de contrôle, Autorité libanaise de sécurité alimentaire et autorités judiciaires. Cette organisation repose sur une distinction essentielle : inspecter un établissement, confirmer un risque sanitaire et établir une responsabilité pénale ne sont pas une seule et même opération.
L’entretien s’inscrit dans le suivi de la réunion d’urgence du 2 novembre. Il ne correspond pas à l’annonce d’une nouvelle autorité remplaçant les ministères. La priorité affichée est de faire travailler ensemble les organismes déjà concernés, en remontant de la vente au détail vers le stockage, les abattoirs et l’origine des produits.
Contrôles alimentaires au Liban : une coordination centrale
L’Autorité libanaise de sécurité alimentaire est placée au centre du dispositif annoncé par le gouvernement. Elle doit coordonner avec les ministères l’examen des installations, notamment les abattoirs et les entrepôts de viande, et l’évaluation de leur conformité aux conditions requises.
Ce rôle vise à suivre la chaîne alimentaire dans son ensemble. Un constat effectué dans un restaurant peut appeler une vérification chez son fournisseur. Une anomalie dans un entrepôt peut, à l’inverse, conduire à rechercher les points de vente ayant reçu les produits. La coordination doit permettre de relier ces informations plutôt que de traiter chaque contrôle comme un dossier isolé.
Elle ne dispense pas les administrations de leurs missions techniques. Le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, a notamment évoqué la mobilisation des inspecteurs sanitaires et agricoles ainsi que la coopération avec le ministère de l’Industrie. Les moyens de plusieurs services sont donc sollicités, sans qu’un effectif total mobilisé ait été rendu public.
La Santé suit les cas, l’Économie recense les circuits
Le ministère de la Santé intervient sur les signalements de malades, les investigations épidémiologiques et les examens nécessaires à l’identification des infections. Ses résultats peuvent orienter la recherche d’un aliment ou d’un lieu d’exposition. Ils doivent ensuite être rapprochés des éléments recueillis sur les produits.
Le ministère de l’Économie et du Commerce a, pour sa part, donné le 3 novembre une instruction précise à la protection du consommateur : recenser en quarante-huit heures les entrepôts de viande, y compris ceux qui ne disposent pas d’une autorisation. Il demande aussi des vérifications sur l’origine, la conservation, la réfrigération et la validité des viandes.
Les informations doivent être transmises à l’Autorité de sécurité alimentaire. Ce recensement est un outil de repérage et de contrôle. Il ne signifie pas que chaque entreprise identifiée est en infraction, et l’absence d’autorisation, lorsqu’elle est constatée, ne prouve pas à elle seule une contamination.
La Sûreté de l’État enquête sous supervision judiciaire
Dans le suivi présenté le 3 novembre, la Sûreté de l’État participe à la recherche d’infractions et de soupçons de fraude. Son intervention est coordonnée avec l’Autorité, les ministères et les administrations concernées, sous la supervision du parquet de cassation.
La présence d’un service de sécurité ne remplace pas une expertise sanitaire. Elle ne transforme pas non plus une suspicion en condamnation. Les analyses établissent ce que contient un prélèvement ; l’enquête doit ensuite documenter sa provenance, les opérations qu’il a subies et les responsabilités éventuelles.
Cette séparation protège aussi la qualité de l’information publique. Une fermeture administrative, une saisie, une enquête judiciaire et une décision de justice décrivent des situations différentes. Les réunir sous une même accusation empêcherait de comprendre ce qui a réellement été établi.
Les moyens de l’Autorité restent un enjeu concret
Le 2 novembre, la commission parlementaire de la Santé a examiné les difficultés de démarrage de l’Autorité. Son président, Bilal Abdallah, a demandé qu’elle dispose des compétences, des moyens et d’un siège stable nécessaires à son fonctionnement, puis d’un appareil administratif et de terrain renforcé.
Le député défend un contrôle continu, depuis l’origine des aliments jusqu’au consommateur. Sa demande met en évidence un point distinct de l’urgence actuelle : une coordination annoncée ne suffit pas à constituer une capacité permanente d’inspection. Le ministre de la Santé reconnaît, de son côté, un manque d’inspecteurs dans son administration.
Pour apprécier les résultats, il faudra donc regarder au-delà du nombre de réunions. Les éléments attendus sont les établissements effectivement contrôlés, les analyses réalisées, les anomalies documentées et les suites administratives ou judiciaires. Ce bilan permettra de distinguer une campagne ponctuelle d’une organisation capable de suivre durablement les risques alimentaires.


Commentaires