2 novembre 2026
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Prix Liban-France : six produits, des écarts à expliquer

La polémique lancée par Fady Abboud sur le prix d’un camembert conduit à examiner six références vendues au Liban et en France. Les écarts sont considérables pour certains fromages, plus faibles pour les pâtes et inversés pour un beurre. Ce relevé documenté distingue les offres, les promotions et les limites de comparaison. Il examine aussi les droits de douane, les exclusivités commerciales et les coûts bancaires, sans transformer une différence de prix en marge nette ni en preuve d’infraction.

Rayon de camemberts photographié à Fécamp en 2025, illustrant une comparaison de six références alimentaires entre Liban et France ; le ratio 6,8 concerne uniquement Le Rustique 250 g.
Rayon de camemberts dans un supermarché de Fécamp, France, le 29 mars 2025. Photo d’archive illustrative : elle ne montre ni le relevé de novembre 2026 ni les six références comparées. Photo : Hayden Soloviev / Wikimedia Commons, CC BY 4.0. Recadrage, redimensionnement et habillage éditorial Libnanews ; aucune modification des produits ni des étiquettes photographiées.

Un camembert Le Rustique de 250 grammes affiché à 18,24 dollars au Liban, contre l’équivalent de 2,68 dollars en France. La comparaison des prix Liban-France, relancée par Fady Abboud sur X le 1er novembre, mérite mieux qu’une indignation passagère. Le relevé des offres disponibles confirme cet écart spectaculaire pour cette référence. Il révèle aussi une situation moins uniforme : les différences sont importantes pour deux autres fromages, beaucoup plus faibles pour les pâtes et inversées pour un beurre.

Les six comparaisons ci-dessous portent sur des offres de Carrefour au Liban et en France. Elles rapprochent les marques, les variantes et les formats. Elles ne constituent ni un indice des prix national ni une comparaison de toute l’Europe. Les prix français proviennent de pages officielles indexées, dont certaines sont anciennes de deux semaines. Le constat justifie une enquête sur la formation des prix, sans permettre d’attribuer mécaniquement tout l’écart au bénéfice d’un importateur.

Prix Liban-France : six références, des écarts très différents

Au Liban, les offres ont été relevées le 2 novembre entre 19 h 59 et 20 h 09, heure de Beyrouth. Le site utilisait la zone Hazmieh-Baabda. Aucun magasin français précis n’a été sélectionné. Les chiffres ne doivent donc pas être présentés comme une comparaison garantie entre deux points de vente de Beyrouth et de Paris.

Les conversions utilisent 89 500 livres libanaises pour un dollar et 1,1216 dollar pour un euro, références officielles du 2 novembre. Elles servent uniquement à comparer les montants. Elles ne représentent pas un cours garanti pour un paiement bancaire.

Offres de détail consultées le 2 novembre 2026, hors livraison. Comparaison indicative, non représentative.
Produit et format Liban, livres Liban, dollars France, euros France, dollars Écart indicatif
Le Rustique, camembert 250 g 1 632 170 18,24 2,39 2,68 +580,3 %
Boursin ail et fines herbes, 150 g 887 753 9,92 2,25 2,52 +293,1 %
Caprice des Dieux, 200 g 1 340 876 14,98 2,95 3,31 +352,8 %
Président gastronomique doux, beurrier 250 g 289 444 3,23 3,29 3,69 −12,4 %
Barilla Penne Rigate n°73, 500 g 130 065* 1,45 0,99 1,11 +30,9 %
Barilla Spaghettini n°3, 500 g 103 155* 1,15 0,99 1,11 +3,8 %

* Promotions affichées au Liban, sans date de fin établie. Calcul des écarts avant arrondi. Les pages françaises indexées étaient datées du jour pour Boursin, Caprice des Dieux et Penne, de la veille pour Le Rustique, et d’environ deux semaines pour Président et Spaghettini. Des listes officielles plus récentes corroborent ces deux derniers prix. La fiche Boursin française porte une mention de catalogue, sans conditions promotionnelles entièrement établies. Les tarifs français peuvent varier selon le magasin et le mode de retrait.

Le camembert coûte ainsi environ 6,8 fois le montant français retenu. Boursin approche quatre fois ce montant et Caprice des Dieux dépasse quatre fois et demie. Ces écarts ne disparaissent pas avec quelques centimes de variation du change. Ils sont assez grands pour appeler une explication détaillée de la chaîne commerciale.

Le beurre apporte un contre-exemple indispensable. La comparaison porte bien sur un beurrier Président de 250 grammes, pas sur une plaquette moins chère. À ces prix, le produit libanais ressort environ 12 % en dessous de l’offre française. Quant aux pâtes, les promotions réduisent sensiblement la différence. Une sélection limitée aux fromages les plus chers aurait donné une image trompeuse de l’ensemble des importations.

Un écart de détail ne donne pas la marge de l’importateur

Le prix français comprend déjà les coûts et la marge du commerce français. Il ne correspond pas à la facture du fournisseur à l’importateur libanais. Soustraire 2,68 dollars de 18,24 dollars donne une différence entre deux prix de détail. Cette opération ne mesure ni le bénéfice du distributeur ni celui de son fournisseur.

Pour expliquer cette différence, il faut connaître le prix d’achat, le transport, l’assurance, les droits et les taxes effectivement acquittés. S’y ajoutent le stockage, le froid, les pertes éventuelles et le financement du stock. Les marges successives doivent ensuite être distinguées : importateur, grossiste éventuel et détaillant. Aucun de ces montants n’est documenté pour les six références étudiées.

Cette limite n’exonère pas les professionnels d’une explication. Invoquer globalement « les coûts du Liban » ne suffit pas à justifier un prix multiplié par presque sept. À l’inverse, la comparaison ne démontre pas à elle seule une surfacturation illégale ou une entente. La question économique précise est de savoir quelle part du supplément correspond à des dépenses vérifiables et quelle part traduit une faible pression concurrentielle.

Les produits européens ne sont pas tous exempts de douane

La polémique repose aussi sur l’idée qu’une origine européenne supprimerait nécessairement les droits d’entrée. Cette affirmation est trop générale. L’accord commercial distingue les produits industriels et les produits agricoles. Pour ces derniers, les préférences varient selon la classification douanière et les conditions d’origine.

Le protocole agricole original prévoit, par exemple, la franchise pour le beurre de la ligne 040510. Il maintient des droits préférentiels sur certaines catégories de fromages. Ses concessions conduisent arithmétiquement à 28 % pour les autres fromages hors kashkaval et à 49 % pour certains fromages frais. Ce sont les dispositions du texte d’origine, pas un tarif courant certifié pour chaque boîte vendue aujourd’hui.

Le classement exact des références, les amendements applicables et les justificatifs d’origine restent à vérifier. Il serait donc tout aussi imprudent d’affirmer une absence totale de droits que de présenter ces pourcentages comme les prélèvements effectivement payés sur les produits du tableau. La pièce décisive serait la déclaration d’importation correspondante, accompagnée de la facture fournisseur.

Les exclusivités doivent être examinées dans les faits

La loi libanaise sur la concurrence de 2022 a modifié la protection des exclusivités. Son article 5 rend la clause exclusive inopposable aux tiers et ouvre l’importation aux personnes libanaises remplissant les conditions prévues. Les produits alimentaires sont expressément visés. Cela ne revient pas à interdire tout contrat privé de représentation exclusive.

La question pratique reste l’accès au marché. Un distributeur concurrent peut-il acheter la référence, l’importer et la vendre dans des conditions économiquement viables ? Les fournisseurs acceptent-ils de l’approvisionner ? Les coûts de transport, les volumes minimaux ou les conditions de paiement rendent-ils cette concurrence possible ? Un droit d’importer produit peu d’effet si personne ne peut réellement l’exercer.

Ces questions appellent des vérifications, pas une accusation automatique contre une enseigne ou une marque. Un prix élevé ne prouve pas une exclusivité, et une exclusivité ne prouve pas, à elle seule, une infraction. En revanche, les autorités disposent d’un motif concret pour examiner les barrières à l’entrée lorsque des écarts importants persistent.

Le Conseil des ministres a approuvé de nouvelles nominations au Conseil de concurrence le 10 septembre 2026. Présenter aujourd’hui cette instance comme n’ayant jamais été constituée serait inexact. L’enjeu est désormais son action effective : demandes de documents, examen des pratiques et publication de décisions motivées. Aucun dossier concernant ces six produits n’a été établi dans les éléments consultés.

Les banques ont un coût, mais lequel ?

La crise bancaire a aussi détérioré le financement du commerce. Le gel des dépôts et l’affaiblissement du crédit, documentés par les institutions internationales, compliquent la trésorerie des entreprises. Un importateur peut devoir avancer davantage de liquidités ou immobiliser ses fonds plus longtemps. Ces contraintes peuvent peser sur les prix. Leur effet doit toutefois être chiffré pour chaque circuit.

Les commissions de paiement offrent un exemple plus concret. Une brochure de Byblos Bank, datée d’août 2025, indiquait pour certains virements internationaux d’entreprises en fonds frais une commission de 4 pour mille, avec un minimum de 25 dollars, plus 25 dollars de frais SWIFT. Quatre pour mille signifient 0,4 %, pas 4 %. Ce tarif historique n’établit ni le coût actuel d’un importateur ni les conditions négociées de son transfert.

Les frais fixes pèsent davantage sur une petite opération que sur une grosse facture. Leur répartition entre les unités dépend donc du montant du paiement et du volume importé. Certains importateurs utilisent aussi des comptes à l’étranger. Il serait abusif d’imputer tout le supplément observé à un passage obligé par une banque libanaise.

La critique du système bancaire doit porter sur son service réel à l’économie : accès au crédit, coût des paiements et disponibilité des fonds. Elle perdrait sa précision si une commission non documentée devenait l’explication universelle de chaque prix excessif.

Ce que les enseignes et les autorités peuvent documenter

Ce relevé reste un instantané imparfait. Les codes-barres communs aux versions vendues dans les deux pays n’ont pas été établis. Les recettes d’exportation, les lots et les dates limites n’ont pas été comparés. Aucun achat ni passage en caisse n’a confirmé les disponibilités. Les six références ne représentent pas le panier alimentaire d’une famille.

Pour autant, les offres affichées suffisent à poser des questions précises. Les enseignes peuvent confirmer les prix et leurs dates d’application. Les importateurs peuvent documenter les coûts rendus au Liban. L’administration peut vérifier les droits réellement acquittés et les obstacles à la concurrence. La prochaine étape utile est cette décomposition, référence par référence, plutôt qu’une justification globale que les consommateurs ne peuvent contrôler.

Sources et méthode

Fiches commerciales consultées le 2 novembre 2026. Les prix français proviennent des versions indexées indiquées dans la note du tableau. Les documents juridiques et bancaires sont datés : ils ne remplacent pas une facture ou une liquidation douanière actuelle.

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