Le Liban veut rendre à l’État son autorité et son droit exclusif de décider de la guerre et de la paix, a affirmé Youssef Raji depuis le Canada. Le ministre des Affaires étrangères et des Émigrés s’exprimait lors de la levée du drapeau libanais devant le Parlement, à Ottawa, à l’occasion du Mois du patrimoine libanais. Dans ses propos rapportés jeudi 5 novembre par l’Agence nationale d’information, il a aussi adressé un message à la diaspora : sa générosité ne doit plus servir à compenser les défaillances de l’État.
« Les décisions doivent se traduire en actes », a déclaré le ministre, selon la première dépêche de la NNA. Il a reconnu la difficulté du chemin à parcourir tout en assurant que la détermination des autorités ne faiblirait pas. La déclaration associe ainsi une ligne politique, le rétablissement de l’autorité publique, à une exigence de mise en œuvre.
La guerre et la paix sous l’autorité de l’État
Dans le compte rendu développé de la cérémonie, Raji estime que le Liban a payé pendant des décennies le prix de l’imbrication de sa politique intérieure avec les conflits régionaux et les agendas extérieurs. Il réaffirme la volonté de restaurer la capacité de décision de l’État, notamment sur la guerre et la paix.
Le propos porte sur un enjeu central pour le pays : l’autorité habilitée à engager le Liban et à répondre des conséquences de ses décisions. Le discours ne présente toutefois ni nouvelle mesure d’application ni calendrier. La distinction compte entre l’affirmation d’un principe de souveraineté et les moyens politiques, administratifs et sécuritaires nécessaires pour le faire respecter.
Raji a lui-même souligné que la reconstruction d’un État affaibli pendant des décennies ne pouvait se faire du jour au lendemain. La référence aux actes donne donc un critère pour apprécier la suite : les annonces devront être suivies de décisions effectives et d’institutions capables de les exécuter.
Une diaspora qui ne doit plus suppléer l’État
Le ministre a remercié les Libano-Canadiens pour leur soutien au pays d’origine, tout en refusant d’en faire un modèle durable de fonctionnement. Selon la NNA, il a déclaré que le Liban ne voulait plus dépendre de la générosité de ses expatriés pour compenser les échecs de l’État. Il a appelé à construire des institutions dignes de leur confiance, de leurs talents et de leurs aspirations.
Cette formulation déplace l’accent. La diaspora est régulièrement sollicitée comme une ressource ; Raji la place aussi parmi ceux auxquels l’État doit rendre des comptes sur sa capacité à fonctionner. La confiance invoquée ne se limite pas à l’attachement au pays. Elle suppose que les institutions assurent leurs responsabilités, au lieu de demander aux familles et aux réseaux de solidarité de combler durablement leurs insuffisances.
Le discours ne contient pas d’engagement budgétaire nouveau en faveur des expatriés. Il exprime un objectif politique : reconstruire la relation avec eux sur la crédibilité de l’État. Le ministre s’est également adressé aux jeunes générations, auxquelles il a rappelé que le Liban était aussi leur pays.
Le soutien canadien à l’armée au programme de vendredi
Raji a salué l’appui canadien aux institutions nationales, en particulier à l’armée et aux forces de sécurité. Ce thème figure aussi dans le programme annoncé par Ottawa pour sa rencontre avec Anita Anand. Selon le communiqué d’Affaires mondiales Canada publié le 4 novembre, la ministre canadienne des Affaires étrangères doit recevoir son homologue libanais vendredi 6 novembre.
Les échanges prévus doivent porter sur la coopération bilatérale, l’appui aux forces armées et aux autres institutions libanaises, ainsi que sur la stabilité et la souveraineté du Liban. Les développements régionaux et les initiatives destinées à résoudre les conflits en cours sont également à l’ordre du jour. Il s’agit donc d’une rencontre annoncée, dont les conclusions ne sont pas encore connues.
Ottawa rappelle avoir fourni, depuis mai 2025, plus de 83 millions de dollars canadiens d’aide humanitaire au Liban, auxquels s’ajoutent 9 millions pour le développement, 8 millions pour la paix et la stabilisation, et 6 millions en soutien aux forces armées libanaises. Ces montants figurent dans le bilan canadien communiqué avant la visite. Ils ne constituent pas une nouvelle enveloppe accordée à l’occasion du discours de Raji.
Le patrimoine libanais, un lien reconnu au Canada
La cérémonie s’est déroulée en présence notamment de Lena Metlege Diab, ministre canadienne de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, d’élus d’origine libanaise et de représentants de la communauté. Raji et Diab ont levé le drapeau libanais à l’issue des interventions, selon la NNA.
Le Mois du patrimoine libanais bénéficie d’une reconnaissance nationale depuis une loi sanctionnée le 20 juin 2023, qui désigne novembre. Dans sa déclaration du 1er novembre, le gouvernement canadien présente l’édition 2026 comme la quatrième célébration officielle. Il rappelle l’ancienneté d’une présence libanaise dont les premières implantations à Montréal et Halifax remontent au début des années 1880.
À Ottawa, cette reconnaissance culturelle a donc servi de cadre à un message directement tourné vers le Liban. Le ministre demande le maintien du soutien extérieur, tout en reconnaissant que la reconstruction de l’État reste une responsabilité libanaise. La rencontre de vendredi permettra de préciser les moyens de la coopération ; la crédibilité de la promesse formulée devant la diaspora dépendra, elle, des actes qui suivront au pays.
Photographie : Agence nationale d’information (NNA), image jointe à la dépêche du 5 novembre sur l’intervention de Youssef Raji au Canada.


Commentaires
Merci pour les bonnes nouvelles qui améliorent la renommée du Liban de par le monde!