4 novembre 2026
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Analyses · Moyen Orient

Iran : les appels à la bombe défient la doctrine

En Iran, des responsables religieux et politiques réclament une révision de la doctrine nucléaire après les attaques américaines et israéliennes. Le porte-parole de la diplomatie reconnaît la réalité du débat, tout en rappelant les engagements du pays. Aucune nouvelle décision officielle ne ressort des déclarations examinées. La fatwa, le traité de non-prolifération et les inspections répondent à des questions différentes. Les constats de l’AIEA montrent surtout les limites persistantes de la vérification, avec une coopération particulière à Bouchehr.

Iran : des responsables réclament la bombe, sans décision officielle annoncée. Photographie d’archives de drapeaux à Qom.
Drapeaux iraniens à Qom, 6 mai 2011. Photo d’archives entière redimensionnée, sans retouche de la scène. Mostafa Meraji / Wikimedia Commons, CC0 ; composition graphique classique Libnanews. © Mostafa Meraji / Wikimedia Commons, CC0 1.0 ; composition Libnanews.

En Iran, les appels à la bombe nucléaire ne se limitent plus à des déclarations parlementaires isolées. Des responsables religieux défendent désormais publiquement cette option. Le 2 novembre, le porte-parole de la diplomatie a lui-même reconnu la portée du débat. Mais aucun de ces propos ne démontre une décision de fabriquer l’arme. Entre pression politique, doctrine officielle et capacités vérifiables, trois questions différentes se superposent.

Le débat intervient après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et ses installations nucléaires. Ses partisans invoquent la vulnérabilité du pays pour contester sa retenue déclarée. Ses adversaires redoutent qu’un changement de doctrine n’aggrave précisément les menaces qu’il prétend prévenir.

Des appels à la bombe nucléaire, pas un mandat populaire

Mohammad Javad Haj Ali Akbari, imam intérimaire de la prière du vendredi à Téhéran, a demandé une révision de la doctrine lors de son sermon du 30 octobre. Dans des propos rapportés par plusieurs médias, il présente l’acquisition de l’arme comme une demande nationale. Il souhaite transmettre des propositions au guide Mojtaba Khamenei.

Le député Ahmad Naderi défend, lui aussi, une rupture. Il estime que le nouveau guide pourrait adopter une position différente de celle de son père. Cette anticipation appartient au député. Elle ne constitue ni une nouvelle fatwa ni une annonce du guide.

Ces interventions attestent l’existence d’une campagne publique en faveur de l’option nucléaire. Elles ne permettent pas de mesurer son soutien dans la population. Sans enquête représentative identifiable, transformer la formule « demande nationale » en opinion majoritaire serait un raccourci.

La diplomatie entretient deux messages

Le 2 novembre, Esmaïl Baghaei a qualifié la discussion sur un changement de doctrine de question réelle. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères l’a reliée aux attaques américaines et israéliennes. Il a notamment invoqué la mort d’Ali Khamenei, auteur de l’interdiction religieuse régulièrement citée par les autorités.

Baghaei a simultanément réaffirmé la vocation pacifique du programme. Il a aussi rappelé que l’Iran reste membre du traité de non-prolifération nucléaire, le TNP, et lié par ses engagements. Ce double discours doit être lu intégralement : une mise en garde politique accompagne le maintien de la position officielle déclarée.

Mohsen Rezaï avait déjà fixé cette distinction lors d’un entretien télévisé du 31 octobre, rapporté le lendemain. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale affirmait qu’aucune nouvelle décision officielle n’avait modifié la doctrine. Il reconnaissait toutefois des demandes de réexamen en cas de reprise de la guerre. Son propos décrit l’état annoncé de la décision, pas l’ensemble des intentions individuelles au sommet du pouvoir.

La fatwa ne remplace pas les engagements du TNP

La discussion religieuse possède une portée politique évidente. Elle touche à un argument que les dirigeants iraniens ont longtemps utilisé pour défendre leurs intentions pacifiques. Mais il faut distinguer une règle religieuse, son application institutionnelle et les obligations internationales d’un État.

Dans une analyse publiée le 1er novembre, les chercheurs Jo Chitlik et Rashid Mehmood proposent précisément cette séparation. Ils invitent à examiner la portée de l’interdiction, l’autorité de son auteur et ses modalités d’application. Leur travail ne tranche pas les intentions iraniennes. Il souligne qu’une assurance religieuse peut compter diplomatiquement sans remplacer une vérification matérielle.

Le TNP pose, lui, des engagements explicites. Son article II interdit aux États non dotés parties au traité de fabriquer ou d’acquérir une arme nucléaire. L’article III prévoit des garanties destinées à vérifier les obligations et à prévenir le détournement de matières. Une nouvelle interprétation religieuse ne modifierait donc pas, à elle seule, ces engagements internationaux.

L’AIEA décrit surtout une vérification incomplète

Le point le plus concret du dossier reste l’accès aux installations et aux matières. Le 7 septembre, Rafael Grossi signalait l’absence d’informations et d’accès nécessaires durant la période couverte par son rapport. Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique soulignait la perte de continuité dans la connaissance des stocks. Il qualifiait cette situation de grave préoccupation pour la non-prolifération.

Le 27 octobre, devant le Conseil de sécurité, Grossi a précisé que les inspections ordinaires n’avaient pas repris. Il a néanmoins mentionné une exception : des activités de vérification à la centrale de Bouchehr. Parler d’une absence absolue de coopération effacerait donc une distinction importante.

Grossi a également indiqué n’avoir identifié aucune activité de réparation ou de reconstruction des installations endommagées depuis juin 2025. Il a aussitôt rappelé que l’accès physique restait indispensable pour vérifier la situation réelle. Ce constat ne prouve ni la disparition du programme ni l’existence d’une arme.

Une lacune de vérification est une incertitude sérieuse. Ce n’est pas une preuve positive de fabrication. Inversement, l’assurance politique d’un programme pacifique ne suffit pas à résoudre cette lacune.

Un pari de sécurité contesté en Iran

Le débat ne se réduit pas à une confrontation entre les autorités iraniennes et leurs adversaires étrangers. Des analystes iraniens contestent aussi la promesse de protection associée à la bombe. Qader Bastani redoute qu’une campagne émotionnelle n’alimente les justifications d’une nouvelle confrontation. Kiomars Ashtarian distingue la dissuasion d’une attaque nucléaire de la protection contre une guerre conventionnelle. Il évoque également le coût de nouvelles sanctions.

Ces objections portent sur le bénéfice attendu de l’arme, pas seulement sur son interdiction. Elles rappellent qu’une capacité nouvelle ne garantit pas automatiquement davantage de sécurité. Le débat public ouvre plusieurs trajectoires possibles ; il n’en rend aucune inévitable.

Pour apprécier la suite, les prochains éléments décisifs seront identifiables : une décision officielle, un texte doctrinal et des changements vérifiés sur le terrain. Dans son intervention du 27 octobre, Grossi proposait des mesures techniques graduelles pour rétablir les inspections. Leur mise en œuvre reste un test concret, distinct du volume des déclarations.

Sources et références

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