Ce jour dans l’histoire du Liban. Le 4 novembre 1989, Michel Aoun annonce la dissolution du Parlement libanais. Le chef du gouvernement militaire entend empêcher les députés de poursuivre le processus engagé à Taëf et d’élire un président. Contestée par ses adversaires, cette décision ne bloque pas le scrutin : René Moawad accède à la présidence dès le lendemain.
La dissolution du Parlement libanais annoncée à l’aube
À cinq heures du matin, ce samedi 4 novembre, le général franchit une étape dans son affrontement avec la Chambre. Il annonce sa dissolution et prévoit de nouvelles élections législatives à partir du 7 janvier 1990. La décision intervient alors que les députés préparent une réunion destinée à relancer les institutions.
Le calendrier explique l’urgence de l’annonce. Les parlementaires doivent donner une traduction institutionnelle au compromis négocié en Arabie saoudite. Ils veulent notamment mettre fin à la vacance présidentielle, ouverte depuis septembre 1988. Michel Aoun rejette cette démarche et exige que les députés viennent le rencontrer avant de procéder à l’élection.
Le décret ne produit cependant pas un accord entre les institutions. Pour le général, il retire aux élus leur capacité d’agir. Pour les partisans du règlement de Taëf, la Chambre conserve sa légitimité et peut poursuivre ses travaux. La dissolution devient ainsi un nouvel objet du conflit, au lieu de le résoudre.
Deux gouvernements depuis septembre 1988
Cette confrontation s’inscrit dans une crise commencée plus d’un an auparavant. À la fin du mandat d’Amine Gemayel, le Parlement n’a pas réussi à élire un successeur. Le 22 septembre 1988, le président sortant nomme Michel Aoun à la tête d’un gouvernement militaire de transition.
Le général dirige alors l’armée libanaise. Mais sa nomination ne réunit pas les différentes forces politiques. Sélim Hoss maintient un gouvernement rival. Le pays possède désormais deux autorités exécutives concurrentes, tandis que la présidence demeure vacante. Cette division s’ajoute aux territoires contrôlés par les milices et aux présences militaires étrangères.
Michel Aoun invoque les prérogatives présidentielles exercées pendant la vacance pour justifier sa décision du 4 novembre. Ses opposants contestent cette lecture et son autorité. Le désaccord porte donc autant sur la personne habilitée à décider que sur le contenu du règlement proposé pour sortir de la guerre.
Taëf, au centre de l’épreuve de force
La médiation arabe a conduit les députés libanais à se réunir à Taëf à l’automne 1989. Après plusieurs semaines de discussions, ils y ont accepté un document d’entente nationale. Ce texte propose une réorganisation des pouvoirs et un cadre pour rétablir l’autorité de l’État.
Il prévoit notamment une répartition égale des sièges parlementaires entre chrétiens et musulmans. Il renforce le rôle du Conseil des ministres dans l’exercice du pouvoir exécutif. Le document prévoit aussi la dissolution des milices libanaises et non libanaises, ainsi que la remise de leurs armes à l’État.
La présence syrienne constitue un point central du refus de Michel Aoun. Le texte prévoit une aide des forces syriennes au rétablissement de l’autorité libanaise, puis un redéploiement. Il renvoie à un accord entre les deux gouvernements la définition de la durée et des modalités de leur présence ultérieure. Il ne fixe donc pas une date de retrait total et immédiat.
Le général avait lancé, le 14 mars 1989, une guerre contre les forces syriennes, présentée comme une guerre de libération. Son opposition à Taëf prolonge cet affrontement. Il considère que le compromis ne garantit pas suffisamment la souveraineté libanaise. Les défenseurs de l’accord y voient, au contraire, une voie de sortie après quatorze années de guerre.
Une Chambre élue en 1972
La composition du Parlement nourrit également le conflit. Les dernières élections législatives remontent à 1972. La guerre a empêché le renouvellement normal de la Chambre, dont le mandat a été prolongé. En novembre 1989, plusieurs des députés élus dix-sept ans plus tôt sont morts ou ont quitté leur siège.
Michel Aoun conteste la représentativité d’une assemblée aussi ancienne pour engager l’avenir du pays. Les députés favorables à Taëf s’appuient sur la continuité institutionnelle pour poursuivre le règlement. Ils entendent élire un président avec la Chambre existante, sans attendre l’organisation de nouvelles législatives.
L’annonce d’élections en janvier ne répond pas, à elle seule, aux obstacles matériels. Le territoire reste divisé et les autorités concurrentes ne contrôlent pas l’ensemble du pays. Organiser un scrutin national suppose des conditions de sécurité et une administration que la dissolution ne peut rétablir par décret.
Le 4 novembre, la mobilisation gagne Baabda
Dans la journée, des milliers de partisans de Michel Aoun se rassemblent devant le palais de Baabda. Drapeaux libanais et portraits du général accompagnent leur soutien à son opposition au compromis. Cette mobilisation donne une traduction populaire à la bataille institutionnelle.
Le camp chrétien ne présente toutefois pas un front commun. Des responsables politiques et religieux appuient le processus de Taëf. Des parlementaires chrétiens souhaitent poursuivre l’élection présidentielle malgré le refus du général. L’affrontement dépasse donc une simple opposition entre communautés : il divise aussi les acteurs d’une même communauté.
Le président de la Chambre, Hussein Husseini, travaille à réunir les députés. Certains se trouvent encore à Paris, tandis que d’autres gagnent le nord du Liban. Le choix du lieu devient déterminant : la séance doit pouvoir se tenir hors de la zone contrôlée par Michel Aoun.
Dès le lendemain, René Moawad est élu
Le 5 novembre, les parlementaires se réunissent sur la base aérienne de Qleiat, dans le nord du pays. Ils passent outre à la dissolution annoncée la veille. La séance aboutit à l’élection de René Moawad, député de Zghorta, à la présidence de la République.
Cette élection ne met pas fin à la confrontation. Michel Aoun refuse de reconnaître le nouvel ordre institutionnel issu du processus de Taëf. René Moawad est assassiné à Beyrouth le 22 novembre, dix-sept jours après son élection. Le 24 novembre, les députés se réunissent de nouveau et choisissent Elias Hraoui pour lui succéder.


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